preparatory:AB 259893
Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-05-04
Wortprotokoll
J'aimerais m'associer à l'éloge et aux remerciements adressés au Conseil fédéral. Je pense que personne dans ce pays, ni ailleurs, que ce soit nos concitoyens, les élus, l'administration, le Conseil fédéral, n'était prêt à faire face à une situation extraordinaire telle que celle que la pandémie a générée. Ce qu'il faut relever, c'est que le Conseil fédéral a fait au mieux en fonction de l'urgence sanitaire pour répondre au défi social, à l'enjeu économique et aux difficultés du fédéralisme avec comme engagement la défense des droits fondamentaux qu'il a fallu, naturellement, à un certain moment, peut-être limiter, tout en étant très conscient, en même temps, que cela ne pouvait pas durer.
Il y a un autre élément que je tiens à souligner, c'est l'arbitrage constant qui a été fait entre la préoccupation sanitaire, qui était naturellement centrale, et la prise en compte des exigences en matière économique, sociale et politique. Je pense qu'on a le meilleur résultat qu'on pouvait espérer. Certes, tout n'a pas été réussi à 100 pour cent et il y a beaucoup de leçons à tirer de cet événement. La Commission de gestion a d'ailleurs reçu la présidente de la Confédération pour, dès le départ, connaître la réaction du gouvernement, alors que les premières informations arrivaient de la communauté internationale et de la Chine. Il faudra, bien entendu, faire un examen plus approfondi de la crise, un examen institutionnel.
Il est important, cela a été évoqué, de savoir comment notre Parlement peut agir pour suivre l'activité gouvernementale au plus près, permettre le contrôle de l'activité gouvernementale même pendant une période de crise.
J'aimerais ensuite évoquer une problématique sociale. Cela a déjà été évoqué, mais en tant qu'élu du canton de Genève je ne peux pas m'empêcher d'y revenir. Vous avez entendu ce qu'a évoqué ma collègue Lisa Mazzone, cette situation incroyable où nous avons vu à Genève 2500 personnes attendre des heures pour pouvoir recevoir un sac de nourriture et de produits d'usage courant indispensables. Des personnes qui sont enfin sorties de l'anonymat, des personnes que Mme la présidente de la Confédération a nommées "les invisibles", et qui ont manifesté très clairement leurs besoins fondamentaux.
La liberté, ce n'est pas seulement la liberté d'expression, ce n'est pas seulement la liberté de mouvement, c'est aussi le droit d'avoir un logement, le droit d'avoir accès à une nourriture suffisante et le droit à la dignité. On a vu que notre société avait de la difficulté à l'assurer. Comme cela a été dit, il y a des invisibles, des sans-droits, des sous-payés, des socialement méprisés par notre système, qu'il s'agit aujourd'hui de revaloriser et de couvrir par des prestations sociales.
Il faudra le faire du point de vue institutionnel; c'est une manière de donner aux sans-droits un statut. Cela se fait dans le canton de Genève depuis un certain temps, mais de manière insuffisante au vu de ce qui s'est passé lors de cette action, qui, je tiens à le rappeler, émanait de la société civile et non des autorités. Je parle de la régularisation de celles et ceux qui sont au service de notre communauté, dans les familles et dans les institutions, qui n'ont pas de droits et qui n'ont pas accès à un certain nombre de prestations. Il est indispensable d'aborder à nouveau la question de la régularisation, à l'exemple du système Papyrus développé à Genève.
Il s'agit aussi d'assurer le minimum de prestations et de garantie de revenu à ceux qui, dans notre société, gagnent relativement peu. Cela passe par une amélioration des prestations pour perte de gain, avec un système qui garantisse les pertes de gain pour les plus faibles, soit un système d'assurance de perte de gain généralisé, voire un revenu inconditionnel de base qui permette de faire face à tout cela.
Permettez-moi encore de faire quelques remarques sur un processus qui s'est révélé problématique lors de cette crise, non seulement en Suisse, mais aussi au niveau mondial: la mondialisation. Nous étions convaincus que la mondialisation que nous connaissons reposait sur des bases solides, qu'elle tenait du point de vue économique, qu'elle tenait du point de vue social, sanitaire, etc. Depuis de nombreuses années, des voix s'élèvent pour dire que le modèle de mondialisation tel qu'il est appliqué n'est pas viable sous l'angle écologique, sous l'angle social et même politique, à long terme. La crise, en quelques semaines, a montré la faiblesse de la mondialisation, avec des conséquences aux niveaux social, sanitaire, mais aussi politique - M. Jositsch a évoqué l'incapacité de l'ONU de pouvoir assumer cette situation et d'affronter le problème.
Mais il ne faut pas désespérer, parce que, dans les faits, il n'y a pas besoin de réinventer une mondialisation. Nous disposons déjà d'instruments qui ont été votés et acceptés par la communauté internationale. Ces instruments, ce sont les Objectifs du développement durable, rassemblés dans l'Agenda 2030. Cet agenda intègre dans la définition du développement un ensemble d'objectifs sociaux, économiques et environnementaux. Il s'agit de 17 objectifs que chaque pays doit mettre en oeuvre. Il faut les mettre en oeuvre au niveau national, mais aussi dans une relation multilatérale impliquant d'autres pays. Il convient d'éviter, naturellement, que des problèmes globaux surviennent, mais aussi les problèmes locaux en lien avec la montée des nationalismes.
Il y a un autre élément qu'il faudra revoir. Jusqu'à aujourd'hui, la mondialisation et les économies des pays se sont orientées uniquement en se référant à l'indicateur du PIB, le produit intérieur brut. Il y a aujourd'hui peut-être d'autres indicateurs qui permettent d'adopter un autre point de vue, comme des indicateurs relatifs au bien-être d'un Etat et de sa population. Ce sont des éléments qu'il paraît aujourd'hui essentiel de développer.
Je salue le fait que le Conseil fédéral ait pris la décision de débloquer 400 millions de francs destinés à l'aide humanitaire urgente liée au Covid-19. Vis-à-vis des plus de 60 milliards de francs investis en Suisse, c'est un effort qui est relativement modeste, mais le geste est là, et je crois qu'il est important. 200 millions de francs iront au CICR sous forme de prêts. Je pense qu'il était essentiel que cela se fasse, tout comme le soutien au FMI pour consolider cette institution, pour la stabilité financière internationale. Le reste devra encore être défini. Je me réjouis d'ailleurs qu'une motion en ce sens ait été approuvée par la Commission de politique [PAGE 189] extérieure du Conseil national, une motion qui viendra ensuite dans notre chambre.
Mais cet effort, qui a été fait pour l'aide humanitaire, actuelle et urgente, ne doit pas remettre en question l'effort plus profond et structuré qu'est la coopération internationale. Nous aurons bientôt l'occasion de discuter du message sur la coopération internationale pour les quatre prochaines années, et il faut que cet élément reste. Je le dis au gouvernement, donc à Madame la présidente de la Confédération, mais je le dis aussi à vous, collègues. Il s'agit aujourd'hui de ne pas déshabiller Paul pour habiller Jean, autrement dit, de ne pas consacrer de l'argent pour l'aide humanitaire urgente et ensuite renoncer à la solidarité internationale et à la coopération internationale.
Peut-être qu'il y aura de nouvelles orientations, en fonction de ce que nous avons appris durant cette crise du coronavirus, mais il est indispensable que nous puissions participer à cette coopération internationale, relancer le débat multilatéral qui a été quand même mis à mal durant cette période de pandémie. Il est essentiel de le faire, de le faire pour les pays et pour les populations qui sont en difficulté, mais aussi pour nous, parce que le coronavirus n'a pas de frontière, la solidarité non plus, et notre responsabilité non plus.