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AB 262484

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-06-08

Wortprotokoll

Notre système de santé est basé sur les efforts démesurés que fait la population pour le financer. Ce constat fait du thème abordé aujourd'hui une urgence. Avant de commencer, il semble important de rappeler que notre devoir ici n'est pas de favoriser l'appétit mercantile des assureurs-maladie ou des groupes pharmaceutiques, mais bien de représenter nos électeurs et électrices qui aimeraient voir leurs primes maladie baisser. En la matière, le projet du Conseil fédéral est donc un premier pas dans la bonne direction, porté par une démarche d'expertise et de consultation qu'il faut saluer. Mais les Verts soutiendront ce projet sans enthousiasme, car à aucun moment il ne remet en question le système lui-même - un système bourré de mauvais incitatifs, de manque de solidarité; un système qui monte les acteurs les uns contre les autres et qui ne laisse aucune place aux patients et aux patientes. Il est pourtant indispensable de donner les moyens aux patients de collaborer au système de la santé et aux projets de soins qui les concernent. Cela permettra autant d'améliorer la qualité des soins que de favoriser l'adhésion aux prescriptions médicales. Pour y parvenir, il faut consacrer un peu de temps pour réfléchir à la qualité humaine et technique des soins avant de penser aux coûts et de voir la santé comme un vaste marché économique où il y a de l'argent à gagner et à économiser. Il faut aussi donner aux patients plus de pouvoir direct, en s'assurant que leurs compétences et leur volonté ont une place considérable, et considérée, sur le plan thérapeutique. Nous devons leur donner les moyens de participer à l'amélioration et à l'optimisation du système.

C'est pourquoi nous soutiendrons la proposition de la minorité Wasserfallen Flavia à l'article 59abis, qui constitue un premier petit pas dans cette direction.

Notre rapport à la médecine et à la santé en général doit donc être repensé à l'échelle humaine et locale en favorisant notamment les professions qui créent du lien et qui permettent la coordination des soins, la prévention et la promotion de la santé. Je pense aux médecins de famille et au personnel infirmier en particulier. Leur formation doit être encouragée, leur salaire revalorisé, la conciliation entre vie professionnelle et vie privée rendue possible. Ces investissements, auxquels vise l'initiative "pour des soins infirmiers forts", rendront à terme le système plus efficient, tout en renforçant un service public qui a démontré toutes les facettes de son caractère indispensable pendant la crise du coronavirus. Ainsi, face aux dysfonctionnements, nous devons repenser notre système de manière courageuse et abandonner les vieilles recette d'optimisation économique sur le dos de l'infrastructure, de la qualité des soins et de la santé du personnel médical. Nous devons ouvrir les champs des possibles. Malheureusement, le Conseil fédéral nous propose un projet qui n'a pas cette envergure.

L'article 59b relatif aux essais pilotes permettant d'imaginer des fonctionnements qui sortent du cadre actuel de la LAMal en est le meilleur exemple. L'impression que donne sa lecture est que le Conseil fédéral répond surtout aux demandes de longue date des groupes d'assurance-maladie, en proposant par exemple le retour de la limitation du choix du médecin, pourtant rejetée encore et encore par la population. [PAGE 760]

Le groupe des Verts vous propose donc plusieurs minorités pour améliorer cet article, portant en particulier sur des essais dans le domaine de la prévention et de la promotion des soins. Nous demandons aussi la possibilité de tester enfin la caisse unique à un niveau cantonal. Bureaucratie, salaires de direction indécents, frais de publicité, chasse aux bons risques, intimidation administrative des assurés, refus de remboursement de prestations médicales pourtant sur ordonnance, rémunération de politiciens peu scrupuleux, incapacité à répondre à l'explosion des coûts: nous vous proposons d'essayer autre chose que ces caisses-maladie privées qui cherchent à faire du fric avec notre santé.

Pour les Verts, ce projet part d'une bonne intention sans toutefois s'attaquer aux principes problématiques de notre système de santé et à ses déficits les plus graves: un système de financement qui incite à la surprescription de prestations et de médicaments; un soutien complètement insuffisant à la prévention, à la promotion de la santé et à la coordination des soins; un manque flagrant de solidarité entre riches et pauvres, alors que les ménages économiquement modestes sont oubliés et plient sous le poids des primes.

Parce que la recette n'est pas à la hauteur de l'urgence, les Verts la soutiendront sans enthousiasme.