Page Pierre-André · Nationalrat · 2020-06-09
Page Pierre-André · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2020-06-09
Wortprotokoll
Autant vous le dire tout de suite, et même si le jeu de mot est facile: il y a de l'eau dans le gaz. Nous n'allons pas entrer en matière sur cette loi les yeux fermés, naïvement. Au contraire, le groupe UDC n'approuvera pas l'entrée en matière.
Au niveau de notre planète, le climat change. Et les émissions de gaz à effet de serre engendrées par des activités humaines participent au réchauffement terrestre que nous vivons. Ces émissions sont de l'ordre de quelque 36 milliards de tonnes de CO2. Quant aux émissions suisses, elles se situent entre 40 et 50 millions de tonnes, soit un petit 0,1 pour cent des émissions totales.
L'Accord de Paris sur le climat d'octobre 2017, que notre pays a ratifié, ne prévoit aucune sanction pour les pays qui ne respectent pas leurs engagements. Or une politique climatique digne de ce nom ne peut porter ses fruits que si tous les pays, notamment les plus gros pollueurs, participent à la lutte. Les Etats-Unis et leurs 5 milliards de tonnes de CO2 ont annoncé leur retrait de cet accord. Notre pays, la Suisse, ne peut, à lui seul, influencer le climat mondial. Nous pouvons contribuer à son amélioration, et nous le faisons déjà à notre niveau.
D'ailleurs, à propos de la politique climatique, force est de constater que le texte qui nous est soumis met davantage l'accent sur un renchérissement de la consommation d'énergie, que sur l'efficacité de la politique de lutte pour le climat.
Alors parlons de ces différentes et multiples taxes dont le Conseil fédéral entend frapper le citoyen - au nom de la protection du climat! Un supplément sur les carburants de 10 centimes par litre jusqu'en 2024 puis de 12 centimes dès 2025. Or chaque automobiliste le sait, les émissions moyennes de CO2 des voitures de tourisme neuves ont déjà baissé de plus d'un tiers durant les vingt-cinq dernières années. Cette taxe supplémentaire ne sert à rien, sinon à augmenter les frais de celles et ceux qui utilisent leur voiture pour leur travail, encore davantage depuis la pandémie du Covid-19, par crainte de rapprochements dangereux dans les transports publics.
Cette taxe supplémentaire va accroître les inégalités entre gens des villes et gens des campagnes, les seconds ne bénéficiant pas partout d'un réseau de transports publics performants et se trouvant dans l'obligation d'utiliser leur voiture.
Ensuite, une taxe sur les combustibles fossiles qui devrait passer de 120 francs à 210 francs et qui aurait pour conséquence qu'aujourd'hui environ 70 pour cent des immeubles seraient frappés par cette hausse du prix de l'huile de chauffage.
Ensuite, une taxe sur les billets d'avion entre 30 et 120 francs par billet! Cette taxe nationale, cette taxe suisse, est-elle harmonisée avec d'autres pays? Elle risque de faire perdre à notre pays des liaisons aériennes directes avec de grands centres économiques, et risque aussi de défavoriser nos aéroports et donc de menacer des emplois.
Enfin, d'importantes mesures de contrainte dans le domaine immobilier. Le secteur immobilier a déjà beaucoup entrepris; il a même dépassé les objectifs intermédiaires fixés dans la loi en vigueur. Ces mesures de contrainte obligeraient à des assainissements complets de maisons familiales, à des remplacements coûteux de systèmes de chauffage. Des frais qui, en fin de compte, impacteraient le budget des propriétaires et des locataires!
Toutes ces taxes représentent une charge supplémentaire pour les ménages suisses: environ 1500 francs par année par ménage, alors que le Conseil fédéral évoquait volontiers, il y a quelques années, un modeste coût supplémentaire d'une quarantaine de francs, comme l'annonçait Mme Leuthard, alors conseillère fédérale.
Le groupe UDC refuse d'entrer en matière.
Aujourd'hui, alors que la tragique pandémie de coronavirus n'est pas encore derrière nous, population et entreprises sont face à de très sérieuses difficultés financières. Est-ce vraiment le moment d'ajouter des taxes? Après le Covid-19, serait-ce le règne du "Pochvid-19"? Non!
Un dernier point. Si, contrairement à la position de notre groupe, le Parlement devait voter cette loi - avec son cortège de taxes douloureuses -, alors nous lancerons le référendum, afin que nos concitoyens puissent dire s'ils acceptent de pareilles taxes; nos concitoyens qui, déjà maintenant, au sein des familles, dans les petites et moyennes entreprises, s'engagent pour la lutte contre le réchauffement climatique au moyen de 1001 petits mais efficaces moyens.
Je vous invite dès lors à ne pas entrer en matière.