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Juillard Charles · Ständerat · 2020-06-15

Juillard Charles · Ständerat · Jura · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2020-06-15

Wortprotokoll

Au nom de la minorité de la commission, je vais tenter de convaincre cette fois-ci la majorité d'entre vous de la nécessité d'agir dans le domaine du plurilinguisme pour l'avenir de notre pays. Cohésion, compréhension, prospérité et solidarité: la crise sanitaire et économique que nous traversons démontre encore une fois le besoin de se serrer les coudes et de se comprendre encore mieux.

Quel est le contexte? La compréhension entre les communautés linguistiques joue un rôle majeur dans le maintien des cohésions sociale et nationale. Il est essentiel de faire évoluer les attitudes vis-à-vis du plurilinguisme et des langues minoritaires en Suisse. Pour l'heure, on constate un décalage entre les principes exprimés dans la loi et la réalité du vivre-ensemble.

Qu'en est-il au niveau de l'évolution de la population? Entre 1970 et 2018, cette évolution montre qu'à l'exception du français - ce qui est réjouissant -, la part des résidents permanents en Suisse parlant régulièrement les langues nationales diminue. A noter que 37,5 pour cent de la population résidant de manière permanente en Suisse est issue de la migration. La population, à 62 pour cent, parle l'allemand ou le suisse allemand, en recul de 4 pour cent; à 23 pour cent le français, en augmentation de 5 pour cent; à 8 pour cent l'italien, en recul de 3 pour cent; à 0,5 pour cent le romanche, en recul de 0,3 pour cent; et à 23 pour cent d'autres langues, dont 5,8 pour cent l'anglais, 3,6 pour cent le portugais et 19 pour cent d'autres langues encore.

En matière d'éducation, les compétences fondamentales des élèves dans la deuxième langue nationale - l'allemand ou le français - sont plus faibles que celles en anglais. La possibilité de participer à des échanges linguistiques nationaux et internationaux est encore peu utilisée: 3 pour cent des élèves de l'école obligatoire et du secondaire II l'ont utilisée en 2019, selon les estimations de Movetia, et la tendance est croissante. Chez les étudiants qui participent au programme suisse Erasmus plus, les destinations préférées pour les échanges internationaux sont dans l'ordre l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France.

Quelles sont les compétences fondamentales des élèves suisses en matière de deuxième langue en huitième année? Selon les tests, les résultats pour la compréhension de l'écrit donnent en moyenne 71,6 pour cent en allemand, 65,2 pour cent en français, contre 86 pour cent en anglais. Pour la compréhension de l'oral, on obtient en moyenne 88 pour cent en allemand, 88,6 pour cent en français, contre 95,4 pour cent en anglais. Cela doit nous interpeller.

Sur le plan économique, sur le plan du marché du travail, les langues nationales sont relativement bien représentées au quotidien. Mais en ce qui concerne la volonté, chez les personnes adultes, d'apprendre une langue, l'anglais, à nouveau, passe en tête. L'étude "Langues étrangères dans l'activité professionnelle" estimait, en 2009, la valeur du plurilinguisme, toutes langues incluses, à 9 pour cent du PIB suisse, soit 46 milliards de francs.

Le suisse allemand est la langue la plus fréquemment parlée, avec 64 pour cent des personnes occupées; suivi de l'allemand standard, 35 pour cent; du français, 29 pour cent; de l'anglais, 20 pour cent; et de l'italien, 9 pour cent. Une grande partie - 35 pour cent - des personnes actives occupées apprendraient ou amélioreraient volontiers l'anglais pour leur travail. Cette langue devance les trois langues nationales que sont le français avec 15 pour cent, l'allemand avec 13 pour cent et et l'italien avec 11 pour cent.

Sur le plan politique et de l'administration, de nombreuses interventions politiques au niveau fédéral rappellent que le plurilinguisme helvétique n'est pas toujours suffisamment respecté. On trouve des exemples dans l'éducation, dans l'attribution des mandats publics, dans la politique de la signalisation, dans les structures publiques et dans l'intégration. Le rapport d'évaluation 2019 concernant la promotion du plurilinguisme au sein de l'administration fédérale montre que, si dans l'ensemble le bilan est positif et que, par exemple, 78 pour cent du personnel remplit les attentes de l'ordonnance sur les langues en termes de compétences linguistiques, les écarts par rapport aux valeurs fixées par cette même ordonnance restent parfois considérables.

Quels sont les besoins ou que faut-il faire? Le plurilinguisme est un thème transversal, qui demande une approche intersectorielle, coordonnée et cohérente. Celle-ci doit être régulièrement évaluée. Aux niveaux national et cantonal, il existe déjà diverses bases légales et divers plans stratégiques en faveur du plurilinguisme. Cependant, il manque un plan d'action national qui englobe ces mesures et qui se focalise sur des objectifs communs, comme le fait par exemple la Stratégie Suisse numérique dans le domaine du développement digital. Un tel cadre contribuerait à démontrer une réelle volonté politique, à améliorer la coordination et à veiller aux progrès de la situation et à l'efficacité des mesures.

Voici les principaux champs d'action à considérer. Un plan d'action est souhaitable pour offrir une approche coordonnée, transversale et cohérente dans l'ensemble du système institutionnel et civil helvétique en faveur des langues nationales. Il doit concerner divers champs d'action. Tout d'abord, celui de la sensibilisation, de la promotion et de la visibilité: pour rendre le plurilinguisme visible et vivant, une volonté politique forte est nécessaire. Il s'agit de sensibiliser les acteurs clés, tout comme la population. Comme base, il est notamment souhaitable d'améliorer les données statistiques et de renforcer la recherche sur les dimensions sociales et économiques du plurilinguisme. Les médias, et notamment la SSR, jouent un rôle clé dans la promotion de la cohésion nationale.

Je cite quelques mesures existantes ou envisagées à titre d'exemple: journée du plurilinguisme dans certains cantons plurilingues; promotion du plurilinguisme au sein de l'administration fédérale; prix du bilinguisme ou du plurilinguisme; mission de la SSR pour la cohésion nationale et la compréhension mutuelle; statistiques des langues et religions de l'OFS; journée du plurilinguisme dans les parlements national ou cantonaux; baromètre du plurilinguisme régulier en Suisse sur la base de l'exemple de la ville de Bienne, ou encore renforcement de la recherche académique dans les domaines de l'économie et de la société.

Une promotion du plurilinguisme dans les structures et institutions publiques, par exemple dans les services de la santé et de la justice et en matière de politique de signalisation, est souhaitable, ainsi qu'une meilleure prise en compte de la diversité des langues dans les appels d'offres publics.

Aussi, l'armée et le service civil peuvent être renforcés comme lieux de mixité linguistique et d'échanges. En vue d'une plus grande efficacité, une coordination entre les acteurs de la compréhension est nécessaire pour favoriser une action cohérente. Voici les mesures existantes ou à prendre, à titre d'exemples: service de traduction et cours de langue dans le service public; accès plurilingue aux appels d'offres publics; promotion d'une meilleure coordination de l'action civile en faveur du plurilinguisme; service militaire et service civil dans les différentes régions linguistiques, ce qui pourrait même conduire à une certification utile pour les jeunes Suisses qui l'obtiendraient.

Sur les plans de l'éducation et de l'intégration, les compétences linguistiques et les échanges lors de formations scolaires et professionnelles doivent être soutenus auprès des [PAGE 528] élèves et des enseignants. Dans le domaine de l'intégration, il importe de renforcer l'accès aux langues et cultures helvétiques. Il s'agit également de favoriser l'apprentissage par immersion auprès des cantons. Dans ce domaine, je ne citerai qu'un exemple: celui de la maturité bilingue mise en place entre le canton du Jura et celui de Bâle-Campagne, prévoyant un parcours de deux années à Porrentruy et de deux années à Laufon.

Sur les plans de la culture et du sport, la création artistique helvétique doit être accessible dans les langues nationales, que cela concerne les musées, les films ou les théâtres. Il s'agit également d'encourager une offre culturelle plurilingue et de favoriser les échanges entre les artistes des différentes régions linguistiques. Il est nécessaire de promouvoir le sport comme lieu d'échanges favorisant la compréhension entre les différentes cultures et la cohésion nationale. Par exemple, dans les mesures existantes, il y a effectivement le message culture pour les années 2021-2024, qui prévoit des offres d'échanges pour artistes par le biais de Pro Helvetia, et les programmes de sport nationaux et cantonaux, comme les camps sportifs, le module sur la culture du sport et l'offre de Jeunesse et Sport.

Enfin, dans le domaine économique, le plurilinguisme doit apparaître clairement comme un avantage compétitif pour l'économie suisse auprès des entreprises.

Il s'agit également de diffuser les bonnes pratiques en matière de plurilinguisme helvétique: il est nécessaire de promouvoir et de mieux coordonner l'échange entre les apprentis, les stagiaires et les employés des entreprises. Les labels pour le bilinguisme ou le plurilinguisme, les tandems linguistiques, les études économiques liées au plurilinguisme, l'association Région capitale suisse, les plateformes d'échanges et de collaboration pour les entreprises ou les associations professionnelles, peuvent, par exemple, contribuer à la diffusion de ces bonnes pratiques sur l'ensemble du territoire.

Même si cet objectif, comme on l'a entendu tout à l'heure, est déjà contenu dans le message culture, rien n'empêche de reprendre ici, dans un programme de législature qui est quand même une forme de discours de politique générale, cet objectif si cher à la cohésion nationale.

J'espère que vous aurez compris l'importance du plurilinguisme en Suisse, qu'il faut renforcer et cultiver au quotidien. Cela vaut bien un plan d'action, n'est-ce pas?

Pour toutes ces raisons, je vous invite à soutenir la proposition de la minorité de la commission.

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