Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2020-09-23
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-23
Wortprotokoll
Je vais utiliser le temps qui m'est imparti pour faire quelques commentaires d'ordre financier. Il est vrai, on parle de chiffres, on leur fait dire ce qu'on veut. Je voudrais donc revenir à une certaine réalité et tordre le cou à certaines idées reçues.
Entre 2017 et 2020, l'armée pouvait bénéficier d'une enveloppe de 20 milliards de francs. En fait, il n'y a eu que 19,4 milliards parce que l'armée a été soumise à des mesures d'économies. Il faut être clair - on en a parlé pendant le débat sur l'acquisition des avions de combat: même l'armée peut, à un moment donné, être touchée par des mesures d'économies. [PAGE 1805]
Pour 2021-2024, on nous propose 21,1 milliards de francs, dans le cadre du début de cette progression de 1,4 pour cent qui, en fait, est de 2,1 pour cent par année, parce qu'il faut tenir compte d'un renchérissement de 0,7 pour cent. Donc, Monsieur Tuena, ce n'est pas une augmentation de 1,4 pour cent, mais de 2,1 pour cent en réalité!
Pour rappel - et cela, c'est une base pour les chiffres dont nous parlons, nous, groupe socialiste -, en 2014, le domaine de la défense a bénéficié de 4,35 milliards de francs; en 2030, on aura 6 milliards de francs environ. On aura donc en tout cas une hausse d'environ 40 pour cent. Après, cela dépend de la façon dont on calcule ces chiffres, mais on aura en tout cas une augmentation conséquente. Nous avions jusqu'à présent 1 milliard de francs pour les investissements. Nous allons passer à 2 milliards, pour pouvoir remplacer l'essentiel de l'armement lourd du pays. Et, pour pouvoir assumer ces investissements, il est nécessaire - cela figure dans le message - de contrôler les charges d'entretien qui se montent environ à 560 millions de francs et qui devront rester à ce niveau-là.
Quand on lit le rapport sur les Forces aériennes, on se rend compte que cela va devenir compliqué, parce que rien que pour les avions et le système de défense sol-air (Bodluv), c'est 400 millions de francs. Il restera donc 160 millions pour entretenir tout le reste de l'appareillage de l'armée. Cela me paraît très compliqué. Nous sommes confrontés à une fuite en avant, à des dépenses abyssales pour répondre à des menaces pas identifiées, à des hypothèses irréalistes, sans véritable scénario.
J'aimerais maintenant parler un peu du PIB, parce que c'est un élément qui est toujours pris en compte. La Suisse dépense 0,7 pour cent de son PIB pour l'armée, alors que les pays de l'Otan sont censés dépenser 2 pour cent. Le vrai problème, c'est que certains pays ont un PIB élevé et d'autres un PIB très bas.
Je vais vous donner quelques chiffres qui me viennent du Sipri, un institut international de recherche spécialisé dans les questions de conflit, armement, contrôle des armes et désarmement. Ce sont les chiffres de 2018.
En 2018, la Suisse a dépensé 4,97 milliards de dollars pour son armée, soit 0,73 pour cent du PIB, ce qui représente 600 dollars par habitant et par an. Si l'on dépense 6 milliards de francs dans quelques années, en tenant compte d'une petite augmentation de la population, on atteindra 720 dollars par habitant. Il est intéressant de connaître la dépense par habitant, parce que cela permet d'imaginer quelle est la capacité d'un pays à acheter des armes, par exemple. Ainsi, pour la Suisse, les dépenses militaires représentent 0,73 pour cent du PIB et 600 dollars par habitant. En Grèce, ce sont 2,44 pour cent du PIB, 4,9 milliards de dollars en chiffres absolus et 450 dollars par habitant. En Pologne, 2,08 pour cent du PIB, 11 milliards de dollars, mais 283 dollars par habitant. La France, qui est une puissance nucléaire, qui a une marine, qui a une capacité militaire réelle, comme elle le démontre au Mali, c'est 1,96 pour cent du PIB, mais 750 dollars par habitant. C'est donc un peu plus que la Suisse, mais nous aurons atteint ce niveau d'ici 2030.
Prenons les pays neutres proches de la Russie, qui craignent une guerre éventuelle avec ce pays. La Suède dépense 6,2 milliards de dollars, ce qui représente 1,16 pour cent du PIB et 619 dollars par habitant. Cela est comparable à ce qui se fait en Suisse. La Finlande, qui a elle aussi une armée de masse importante, dépense 3,4 milliards de dollars, ce qui représente 1,36 pour cent du PIB et 615 dollars par habitant. Ces pays, neutres comme la Suisse, situés à côté de la Russie, dépensent la même chose que nous.
L'Allemagne, un grand pays qui a aussi des capacités importantes, dépense 49 milliards de dollars, soit 1,34 pour cent du PIB et 617 dollars par habitant. L'Autriche par contre, qui est aussi un pays neutre, dépense 3,4 milliards de dollars, ce qui représente 0,81 pour cent du PIB, comme la Suisse, et 384 dollars par habitant.
Tout cela pour dire que notre pays n'est pas à la traîne. On nous dit toujours qu'en Suisse, on ne dépense pas d'argent pour l'armée. Or, nous sommes quasiment dans le peloton de tête. Seuls la Grande-Bretagne, la France, le Danemark, les Pays-Bas et la Norvège dépensent plus que nous. Les autres pays ont des dépenses soit comparables, soit moindres. Cela pour vous dire que dans notre pays, l'armée et la défense sont prises en compte. Il faut arrêter, à un moment donné, de continuer à dépenser pour des scénarios qui ne sont pas clairs.