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Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · 2020-12-02

Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-12-02

Wortprotokoll

J'aimerais d'abord remercier le Conseil fédéral pour la réponse qu'il a apportée à l'interpellation de ma collègue Céline Vara. Dans l'intervalle, entre le moment où la réponse a été rendue et ce jour, une décision a été prise. Elle est à la fois satisfaisante d'un certain point de vue, mais aussi extrêmement frustrante, et emblématique des difficultés que nous avons aujourd'hui à développer une véritable vision et des alternatives dans le domaine des pesticides. Cette décision du Conseil fédéral est satisfaisante parce que ce fameux néonicotinoïde, le Gaucho, n'a pas été réautorisé. Par contre le Conseil fédéral a autorisé deux autres substances, dont un autre néonicotinoïde qui est très problématique, tandis que chacune pose des problèmes de santé publique et d'atteinte à l'environnement et à la biodiversité. Je trouve que cette décision est un peu surprenante compte tenu des réponses données à l'interpellation et des pistes esquissées.

La question qu'on peut se poser, c'est celle de savoir si ces deux produits sont vraiment la seule solution à court ou à moyen terme pour répondre au problème qui touche les cultures de betterave et s'il n'y aurait pas d'autres solutions. J'aimerais vous poser quelques questions, si vous le voulez bien, à ce propos. D'ailleurs, mon collègue vaudois Olivier Français pose lui aussi des questions dans l'interpellation 20.4014 que nous traiterons juste après, notamment celle d'une "alternative douce", pour reprendre les termes de l'interpellation de M. Français. N'y a-t-il pas des alternatives plus douces que les deux produits problématiques que le Conseil fédéral a autorisés pour remplacer le Gaucho? Comme vous le savez, depuis 2012, ce néonicotinoïde problématique a fait l'objet d'un moratoire, ce qui nous laissait précisément le temps, depuis 2012, de développer des alternatives plus douces. Visiblement, cela n'a pas été fait, et c'est d'autant plus dommage que la culture de la betterave est une des cultures les plus intensives dans notre pays, qui consomme énormément de pesticides, en particulier des herbicides.

Dans le canton de Vaud, mon canton et également celui de mon collègue Olivier Français, des mesures beaucoup plus constructives que les décisions du Conseil fédéral ont été prises. C'est donc possible. Dans le canton de Vaud, où une part très importante de la production de betterave a lieu, mais aussi où les ravages dans les cultures sont très importants, on assiste à une recherche de solutions alternatives. Des soutiens sont notamment octroyés aux betteraviers s'ils sèment de nouvelles variétés moins exigeantes en termes de traitements, si l'exploitant n'utilise pas le néonicotinoïde Gazelle que la Confédération vient justement de réautoriser et si l'exploitant renonce également à des fongicides problématiques et travaille sans herbicides. On voit là qu'il y a vraiment une démarche en direction de méthodes douces et qui est beaucoup plus visionnaire de la part du canton de Vaud que de la part de la Confédération. Je pense donc qu'il faudrait plutôt proposer des solutions durables pour l'environnement, mais aussi pour soutenir les exploitants qui sont dans une situation difficile.

Dans sa réponse, le Conseil fédéral dit qu'Agroscope élabore actuellement, avec l'Institut de recherche de l'agriculture biologique (FiBL), un programme de recherche pour une culture durable des betteraves, également en vue d'augmenter la proportion de cultures bios, parce qu'actuellement la part de culture bio de ce produit est extrêmement restreinte dans notre pays. Il faudrait impérativement l'augmenter, puisqu'on importe aujourd'hui des betteraves bios du sud de la l'Allemagne, ce qui est quand même une situation assez absurde. Il y a donc une demande pour du sucre bio en Suisse, mais on n'arrive pas à y répondre autrement qu'en important des produits de l'étranger.

Dès lors, l'objectif ne devrait-il pas être de renforcer le programme d'Agroscope et du FiBL, de renforcer la transition vers le bio dans le domaine de la betterave en collaboration avec l'ensemble de la branche, les producteurs de betterave, Sucre Suisse SA et les organisations concernées? Actuellement, elles travaillent déjà dans ce domaine, mais elles le font depuis très peu de temps et je pense qu'on aurait vraiment dû commencer ce processus plus tôt.

Pour conclure, j'aimerais encore vous solliciter, Monsieur le conseiller fédéral, en vous demandant de répondre à cette question: pourquoi ne pas renforcer des programmes qui visent des solutions durables, d'autres méthodes plus douces, qui seraient, en termes de santé publique et de protection de l'environnement, viables à plus long terme? Pourquoi ne pas renforcer ces programmes? Pourquoi ne pas avoir commencé ces programmes plus tôt, puisque nous savions que nous devrions nous passer de ces produits problématiques? Pourquoi, au lieu de cela, la Confédération autorise-t-elle des produits qui sont eux aussi problématiques?

Je pense que ce n'est vraiment pas une solution de remplacer des pesticides problématiques par d'autres pesticides tout aussi problématiques. Il faut désormais vraiment chercher des solutions alternatives, et c'est bien tard pour s'engager sur cette voie. Renforçons cette voie au lieu d'accumuler les occasions manquées. [PAGE 1152]

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