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Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · 2021-03-08

Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-03-08

Wortprotokoll

Je vais aborder quasiment les mêmes arguments que notre collègue Benedikt Würth mais arriver à une conclusion inverse, à savoir vous inviter à adopter la motion ou en tous les cas y apporter toute l'attention requise.

En effet, la minorité de la commission considère que la restitution des biens culturels à leur pays d'origine relève d'une responsabilité historique qui nécessite aujourd'hui, d'une part, une attention particulière sur le plan éthique, sur le plan juridique, sur le plan muséographique, et, d'autre part, sur le plan institutionnel, une approche en matière de médiation et de diplomatie culturelles.

La motion développée par M. Sommaruga vise donc à mettre en place des procédures qui favorisent, qui concrétisent davantage une stratégie sur le plan national et international qui se traduirait par des mesures allant d'aides techniques ou financières à des musées publics ou privés de Suisse à des démarches de nature plus diplomatique permettant par exemple de coconstruire des alternatives pertinentes à la restitution. C'est donc toute une panoplie de démarches qu'il serait possible d'envisager.

Lors des auditions, comme cela a été indiqué, les experts ont non seulement manifesté leur intérêt mais aussi soutenu la démarche, que ce soit du point de vue juridique, scientifique ou de la gestion des collections. Nous avons toutes et tous également pu prendre connaissance de sollicitations de la part de bon nombre de professeurs, de chercheurs, de directrices de collections ou de curatrices sur le plan national qui nous invitent à soutenir la motion.

Je me permets un petit clin d'oeil à mon collègue Benedikt Würth. Peter Müller, directeur du Musée d'histoire et d'ethnologie de Saint-Gall, a déclaré le 22 février dernier: "Switzerland is 'just at the beginning' of addressing museum objects acquired in a colonial context." Plus loin, il indique qu'il estime que le gouvernement doit être un partenaire dans cette démarche.

Certes, comme cela a été dit, notre pays, nos institutions ne restent pas les bras ballants et accordent une grande importance à la thématique de l'art spolié. Il a été rappelé en commission que, depuis 2016, la Suisse soutient les musées dans la recherche de l'origine des oeuvres et que le Bureau de l'art spolié de l'OFC propose sur son site Internet de précieuses informations.

Pour les biens confisqués par les nazis, on apprécie à sa juste valeur le fait que, suite à la conférence de Washington, en décembre 1998, la Suisse a pris et prend toujours, aux côtés des 43 autres Etats, une part active dans la mise en oeuvre des principes adoptés alors. Ceux-ci, bien que non contraignants, se sont imposés d'une manière générale, en Suisse aussi. Toutefois, on doit bien constater que la situation n'est pas balisée de la même manière pour les biens culturels coloniaux. On relève une absence de cadre international. Certes, c'est beaucoup plus complexe d'en imaginer un, étant donné l'histoire différente des pays pendant la période coloniale.

Aux yeux de l'auteur de la motion et de la minorité de la commission, la Suisse pourrait assumer un rôle d'exemplarité dans le domaine de la diplomatie culturelle. Il serait opportun qu'à l'instar de ce qui est précisé dans le message concernant l'encouragement de la culture pour la période 2021-2024, la Confédération, qui gère le centre de compétences pour l'art spolié à l'époque du national-socialisme, élargisse la stratégie aux biens culturels volés ou acquis de manière inadéquate à l'époque coloniale.

La motion, donc, tout en reconnaissant la qualité du travail mené, ouvre de manière cohérente une réflexion plus large sur les oeuvres d'art spoliées, avec l'établissement d'une stratégie adaptée à ces nouveaux enjeux qui ne se limite précisément pas à l'époque du national-socialisme mais qui intensifie les collaborations au niveau international et qui nécessiterait aussi probablement des collaborations plus étroites entre les départements - on peut penser au DFAE et bien sûr à votre département, Monsieur le conseiller fédéral.

On l'a vu, différents musées se sont prononcés, notamment lors de la consultation dans le cadre du message culture, en faveur d'une politique plus engagée sur la question de l'art spolié. Je tiens à préciser qu'il ne s'agit aucunement de vider des musées de leur substance, de tout rendre ou de nier le passé, mais bien plus d'élaborer une véritable stratégie, comme le fait par ailleurs le Musée d'ethnographie de Genève, pour éviter des situations rocambolesques.

Avant de conclure, je dirai encore qu'il s'agirait d'éviter des situations telles que celle qui a par exemple conduit, en 2014, le Musée d'histoire de Berne a finalement restituer une statuette, en l'occurrence d'Ekeko - je ne le connaissais pas du tout -, une divinité de l'abondance et de la prospérité, qui est finalement de retour au Musée national d'archéologie de La Paz après des démarches avec l'ambassade bolivienne à Berlin, les autorités au niveau suisse et également l'institution muséographique.

Donc, on le voit avec l'exemple de cette statuette: au départ, on n'imaginait pas son histoire, à savoir que le musée bernois l'avait acquise auprès des héritiers de l'explorateur et naturaliste suisse Johann Jakob von Tschudi. Jusque-là rien à redire. C'est un tout petit peu plus délicat lorsque l'on sait que lui-même l'avait échangée aux Indes contre une bouteille de cognac. Vous me direz: "Pourquoi pas?" Mais toujours est-il que la place de la statuette est plutôt au Musée national d'archéologie de La Paz. C'est pour ce genre de situation aussi qu'il serait judicieux d'établir une véritable stratégie et de rédiger un rapport qui permette de voir ce qui est déjà fait et ce qui pourrait être amélioré. Ce serait extrêmement intéressant et utile.

Dès lors, la minorité propose l'acceptation de la motion. [PAGE 136]