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Page Pierre-André · Nationalrat · 2021-03-10

Page Pierre-André · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-03-10

Wortprotokoll

"Veni, vidi, compris": oui, je suis allé, j'ai vu et j'ai compris. Il y a quelques jours, j'ai pris la peine de visiter le centre de recherche et l'animalerie de l'Université de Fribourg. Je suis allé à la rencontre de ces hommes et de ces femmes, de ces chercheurs qui travaillent au service de la santé de notre population, qui cherchent à développer des traitements contre les maladies, qui contribuent ainsi à créer et à produire des médicaments performants.

Leur engagement quotidien se fait dans un cadre administratif, aujourd'hui déjà, précis et rigoureux, puisque notre législation suisse en matière d'expérimentation animale est l'une des plus strictes au monde, une législation qui garantit une recherche éthiquement responsable. D'ailleurs, les règles en vigueur sont tellement contraignantes que parfois les chercheurs eux-mêmes se plaignent des embûches administratives.

Tout chercheur s'appuie sur des modèles qui peuvent être des modèles informatiques, in silico, in vitro et in vivo. L'expérimentation animale n'est pas un but en soi. Elle s'inscrit comme une étape dans un protocole de recherche. Si les deux premières solutions sont privilégiées, il existe cependant des domaines où l'expérimentation animale reste nécessaire: par exemple, en oncologie, en neuroréhabilitation ou en immunologie. La pénicilline ou l'insuline n'auraient pas pu être développées sans expérimentation animale.

Parler aujourd'hui de cette initiative extrême, dangereuse et inutile, c'est aussi se rappeler que sans expérimentation animale, nous n'aurions pas de vaccins contre le Covid-19. Sans la recherche effectuée depuis une vingtaine d'années autour de la méthode de séquençage de l'ARN, technologie qui utilise le séquençage à haut débit et qui est basée sur la recherche animale, personne n'aurait été capable de trouver un vaccin aussi rapidement!

Ces recherches basées sur l'expérimentation animale sont utiles aussi pour les patients victimes d'accidents vasculaires cérébraux, les patients atteints de la maladie de Parkinson, les patients atteints de cécité, pour des essais ayant pour but de permettre aux paraplégiques de remarcher. Des essais importants sont réalisés actuellement sur le site de l'Université de Fribourg. Ces expérimentations animales se font sous le contrôle d'une commission vétérinaire au sein de laquelle siègent, entre autres, des représentants de la Protection suisse des animaux et des vétérinaires. Les recherches intègrent aujourd'hui tous les aspects liés au bien-être des animaux - antalgie, gestion du stress, monitoring du bien-être -, pour preuve.

La nichée de petits toupayes que j'ai vue lors de ma visite. Les animaux se sentent bien dans ces animaleries puisqu'ils s'y reproduisent. A noter que dans toute demande d'autorisation vétérinaire pour réaliser une expérience, les chercheurs doivent déjà intégrer ce principe des 3R. Ce dernier signifie raffiner les protocoles de recherche, réduire le nombre d'animaux, et remplacer l'expérimentation par des méthodes alternatives.

C'est pourquoi le renvoi à la commission et le contre-projet ne serviraient à rien. Vous l'aurez compris, accepter cette initiative, ce serait tuer la recherche en Suisse. Ce serait aussi rendre très précaire l'approvisionnement en médicaments pour notre pays. Nous ne pourrions plus profiter des avancées scientifiques réalisées à l'étranger en raison de l'interdiction d'importer. Cette interdiction frapperait les nouvelles technologies chirurgicales, les nouveaux médicaments, les produits phytosanitaires ou chimiques, les compléments alimentaires développés à l'aide de l'expérimentation animale et humaine. Les conséquences seraient néfastes pour notre santé, pour notre économie, pour notre pôle de recherche suisse.

"Veni, vidi, compris": je suis convaincu que nous devons garder notre savoir-faire en Suisse en matière de recherche biomédicale, lequel va des recherches in vitro et des modélisations informatiques aux recherches cliniques sur l'homme en passant par les recherches sur les animaux.

Je dis non à cette initiative extrême et dangereuse et je vous remercie de soutenir mon opposition.