Hurni Baptiste · Nationalrat · 2021-03-10
Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-03-10
Wortprotokoll
L'initiative qui nous est soumise pose une question avant tout morale: doit-on, pour développer des médicaments et effectuer de la recherche notamment médicale, accepter que celle-ci se fasse sur des animaux? Ou au contraire, faudrait-il bannir cette pratique que d'aucuns peuvent juger barbare? L'initiative entend répondre de manière claire en exprimant l'idée que la recherche doit se passer du recours à l'expérimentation animale et que, de surcroît, notre pays ne doit plus faire le commerce de produits développés en ayant eu recours à une telle expérimentation.
De prime abord, qui n'aurait pas de sympathie pour ce texte? Les images de laboratoires engorgés de souris et autres singes en cage ne peuvent que faire mal au coeur. De la même manière, la diminution de la souffrance animale est un objectif que nous partageons entièrement. C'est d'autant plus vrai que, comme de nombreux préopinants l'ont rappelé, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous avec l'expérimentation animale.
Mais au-delà de l'indéniable sympathie que l'on peut avoir pour cette initiative, il convient de souligner que, malheureusement, la science ne peut pas aujourd'hui se passer complètement de l'expérimentation animale. Et parfois, l'actualité rattrape le texte d'une initiative avec une ironie glaçante. Oui, la science ne peut pas encore se passer de l'expérimentation animale, et c'est triste, mais il convient de savoir ce que l'on veut.
Prenez les vaccins qui constituent notre seule chance d'une sortie rapide de la pandémie de Covid-19: ils ont tous été développés à l'aide de l'expérimentation animale, par exemple le vaccin Pfizer dont les phases initiales ont été testées sur des macaques. Si cette initiative avait été en vigueur actuellement, la Suisse n'aurait pas pu participer aux recherches. Pire, imaginez, si cette initiative était en vigueur, notre pays aurait l'interdiction constitutionnelle d'utiliser les vaccins contre le Covid-19 sur son territoire! Nous devrions dire à notre population: "Oui le vaccin existe, oui il soigne, oui il peut sauver des vies et notre économie, mais malheureusement, il a été développé en ayant recours à l'expérimentation animale et nous devons donc renoncer à l'utiliser en Suisse."
On en vient presque à se demander si, par cohérence, les membres du comité d'initiative refuseront de se faire vacciner contre le Covid-19, car ce vaccin n'a pas été développé dans le respect de ce qu'ils demandent.
Cet exemple si actuel doit être un avertissement pour nous. Certes, nous avons un devoir moral à légiférer pour que la science fasse encore évoluer ses méthodes en matière d'expérimentation animale et humaine. Elle l'a déjà fait en grande partie puisque les protocoles actuels en la matière sont particulièrement stricts. Mais on ne peut pas se couper des standards internationaux, tourner le dos à la recherche fondamentale et nier le droit de la population suisse d'avoir recours aux médicaments les plus modernes. Il en va de l'intérêt [PAGE 353] supérieur du patient et du citoyen. Cela aussi est une question morale.
Peut-on priver notre population du droit à accéder aux meilleurs standards médicaux pour éviter l'expérimentation animale et humaine? Notre réponse à cette question va clairement dans le sens inverse de celui de l'initiative. L'accès aux médicaments les plus modernes et la capacité de sauver des vies humaines doivent primer sur l'interdiction complète de l'expérimentation animale et humaine.
Pour les patients de notre pays, nous vous demandons de rejeter avec la plus grande vigueur l'initiative qui nous est soumise, tout en continuant à développer petit à petit des solutions raisonnables pour diminuer l'expérimentation humaine et animale.