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Cottier Damien · Nationalrat · 2021-03-10

Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2021-03-10

Wortprotokoll

Oui, il faut réduire au minimum la souffrance animale, c'est une question éthique. Oui, il faut le faire à la fois en cherchant des alternatives à l'expérimentation animale et en assurant le traitement le plus digne possible lors d'expérimentations.

Même si elle part d'une bonne intention, l'initiative n'est pas raisonnable, et elle serait à vrai dire dangereuse pour la Suisse, pour la santé de sa population et pour la place de sa recherche. Une acceptation de l'initiative aurait des conséquences graves pour la santé publique, notamment en matière d'approvisionnement en médicaments ou en vaccins: la population ne bénéficierait plus des dernières découvertes médicales. Cela a été dit par plusieurs orateurs: les vaccins contre le Covid-19 reposant notamment sur la technologie de l'ARN messager n'ont pu être développés qu'avec ce type d'expérimentations, et on voit mal que la Suisse doive s'en passer, soit parce que le vaccin n'a pas été développé sur son sol, soit parce que nous nous interdirions de l'importer.

L'initiative entraînerait aussi un affaiblissement de la recherche suisse, occasionnant de nombreuses pertes d'emplois et de savoir dans notre pays.

Enfin l'interdiction de l'importation des produits thérapeutiques serait en conflit avec nos engagements internationaux au sein de l'OMC, mais également s'agissant de nos accords avec l'Union européenne et des accords de libre-échange que nous avons avec de nombreux autres pays.

Les milieux scientifiques et médicaux sont clairs: aujourd'hui, l'expérimentation animale n'est hélas pas encore remplaçable. Elle est encore nécessaire à l'acquisition de connaissances fondamentales ainsi qu'au développement de nouveaux produits et de nouveaux procédés médicaux. Ces dernières années, les alternatives ont pourtant augmenté de manière massive, et l'expérimentation animale a diminué de manière tout aussi impressionnante depuis quarante ans. Les organoïdes, la culture cellulaire et les méthodes assistées par ordinateur remplacent déjà les expériences sur les animaux, et cela à grande échelle, pour des raisons éthiques, pour des raisons juridiques, mais aussi, bien évidemment, pour des raisons tout simplement économiques.

Cependant, dans certains domaines comme l'oncologie, la neuroréhabilitation ou l'immunologie, entre autres, le recours à un modèle animal reste nécessaire, comme l'écrivent les universités suisses.

Les habitantes et les habitants de notre pays qui souffrent de maladies comme des maladies neuro-dégénératives, dont on sait qu'elles sont un défi important pour notre société face au vieillissement de la population, ont droit aux meilleurs traitements et aux innovations de la recherche scientifique.

Depuis 2008, la Suisse dispose de l'une des législations les plus sévères au monde. L'expérimentation animale est, à juste titre, soumise à des règles très strictes, avec de multiples instances de contrôle et des voies de recours. Il s'agit d'un système unique en son genre.

Et la Suisse applique la voie des 3R, qui a été souvent évoquée aujourd'hui: remplacer les expériences sur les animaux par d'autres méthodes lorsque cela est possible, réduire le nombre d'animaux de laboratoire et raffiner en diminuant les contraintes subies par les animaux.

Un programme national de recherche de 20 millions de francs vient d'être lancé pour renforcer cette voie des 3R. Ce programme prévoit trois modules. Premièrement, innover en développant des méthodes ou des instruments nouveaux pour faire progresser cette méthode des 3R. Deuxièmement, permettre un meilleur transfert dans la pratique de cette méthode des 3R et identifier les obstacles à leur mise en oeuvre pour pouvoir les éliminer. Et troisièmement, un module traite des aspects éthiques et sociétaux. Mesdames et Messieurs, il s'agit de la meilleure réponse. Et cette réponse rend la proposition individuelle Christ inutile.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à rejeter cette initiative, comme votre commission le propose à l'unanimité, et à ne pas lui opposer de contre-projet, car la législation actuelle est suffisante. Un plan de désengagement serait déraisonnable, étant donné que, pour de nombreuses expériences sur animaux, il n'existe pas encore de méthode de substitution, comme le dit la communauté scientifique. Toute autre voie mettrait en danger la recherche en Suisse dans des domaines d'une importance cruciale pour la santé de la population, ce qui est une préoccupation éthique fondamentale.