Mazzone Lisa · Ständerat · 2021-03-15
Mazzone Lisa · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2021-03-15
Wortprotokoll
On fatigue, mais comme cela fait trente ans que l'on mène ce débat, on peut encore avoir un tout petit peu de persévérance et prendre quelques minutes supplémentaires.
Il a été dit que cette question a été débattue intensivement en commission, et je me permets donc de dire quelques mots, car je pense qu'il s'agit d'une question centrale méritant de pouvoir être discutée ici avec un brin de l'intensité des débats que vous avez pu avoir en commission.
Quand les femmes arrivent à la retraite, elles font la somme des inégalités qu'elles ont vécues durant leur vie. Et si on a entendu tout à l'heure que les inégalités salariales ou les bas salaires pour les métiers dits typiquement féminins n'ont rien à voir avec l'AVS, cela a, en réalité, tout à voir avec la situation à la retraite - et cela explique aussi le fait que, pour un tiers des femmes, l'AVS est vraiment prépondérante. Elles dépendent de l'AVS et elles sont face à un enjeu quotidien qui se compte en francs et en centimes. Elles ont beau se dire: "J'aurai peut-être une durée de vie plus longue", chaque jour, elles doivent compter en francs et en centimes, et assumer leurs factures, les primes d'assurance-maladie, leur loyer, etc. Cela concerne en particulier les femmes qui sont veuves ou divorcées et qui n'ont donc pas non plus accès à certains autres privilèges mentionnés tout à l'heure.
Cela a été dit lors du débat: en Suisse romande, si le projet Prévoyance vieillesse 2020 a été refusé, c'est clairement à cause de l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes. Donc, dans ce débat, il faut vraiment se demander si ce que nous sommes en train de mettre en jeu et de vendre est capable de recueillir une majorité. La question est de savoir quelles compensations sont nécessaires pour pouvoir obtenir une majorité devant le peuple. La mobilisation des femmes, on l'a vu lors des dernières votations, est toujours plus importante et déterminante pour l'issue des scrutins populaires. Je pense qu'il faut vraiment saisir ceci et y être très sensible. On peut trouver une majorité au Parlement, mais si le projet n'est pas accepté par le peuple, peut-être qu'on en aura encore pour trente ans supplémentaires.
Avec le projet issu des travaux de la commission, on fait porter aux femmes le poids des économies que l'on souhaite faire dans l'AVS, et on peut vraiment se demander ce qui justifie ce choix-là, qui revient à leur faire porter le poids de ces économies alors qu'elles continuent d'assurer 70 pour cent du travail non rémunéré, du travail de soin, du travail d'éducation des enfants. Comment reconnaît-on cela, comment valorise-t-on cela? Pour l'instant, aucune réponse n'est apportée à ces questions. Il n'y a aucune garantie que les femmes trouvent dans leur retraite la vie digne à laquelle elles auraient droit après avoir tant contribué à la société au cours de leur existence.
Ces situations, tout comme les inégalités salariales, qui ont malheureusement encore augmenté l'année dernière, et le fait que les femmes sont surreprésentées dans la catégorie des très bas salaires ont évidemment un lien direct avec l'AVS, parce que si les salaires des femmes étaient valorisés, cela garantirait des fonds supplémentaires pour l'AVS et permettrait de la renforcer de manière structurelle et sur le long terme. Et cela renforcerait aussi la dignité des gens en les aidant à assumer leur vie quotidienne.
De mon point de vue, retenir une définition de la génération transitoire - que je trouvais déjà insuffisante dans le projet du Conseil fédéral - qui serait, avec la proposition de la majorité de la commission, réduite à sa portion congrue constituerait une atteinte au travail fait par toutes ces femmes et qui n'est pas reconnu. Ces femmes ne trouvent donc pas la reconnaissance qui leur permettrait, ensuite, de s'assurer une vie quotidienne digne.
Face à ce travail qui est fourni, mais face aussi à toutes ces mobilisations, on a tout intérêt à prendre ces questions en compte. Malheureusement, cela n'est pas fait du tout dans le projet présenté. Je dois le regretter, et c'est pour cela que je refuse la proposition de la majorité et que je soutiens la minorité Carobbio Guscetti.
J'aimerais juste ajouter une dernière remarque au sujet des jeunes, car l'on parle beaucoup d'eux, qu'ils s'intéressent à l'AVS ou pas, et dont il a été question aujourd'hui. Il faut quand même dire que les jeunes - et je le dis aussi en tant que jeune - ont tout intérêt à avoir une AVS qui soit la plus sûre possible, donc une AVS renforcée. L'AVS est un pilier extrêmement sûr sur la durée, qui est peu bureaucratique par rapport à d'autres. Surtout, si on a une AVS sûre, en tant que jeune, on a aussi la garantie que l'on ne devra pas prendre en charge ses propres parents. Il s'agit également d'une sorte de garantie d'indépendance que l'on peut avoir face à la génération précédente, et je pense que nous avons aussi intérêt, en tant que jeunes, à faire le choix de renforcer ce premier pilier, qui est le pilier qui concerne tout le monde et qui peut apporter un soutien à tous de la manière la plus juste possible.