Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2021-03-17
Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-03-17
Wortprotokoll
En Suisse, 9500 personnes meurent chaque année des suites des maladies dues au tabac. Ce chiffre représente environ 15 pour cent de tous les décès. Le tabac constitue toujours la première cause de mortalité évitable dans le monde. Les personnes fumeuses meurent en moyenne dix ans plus tôt que les personnes non fumeuses. Les coûts sociaux du tabagisme dans notre pays se chiffrent en milliards. Le coût direct des traitements s'élève à environ 1,7 milliard de francs par an, tandis que les coûts indirects liés aux pertes de production atteignent plus de 3,9 milliards de francs. Le tabac coûte donc plus de 5 milliards à la société, alors qu'il ne rapporte que 2,5 milliards en impôts fédéraux et cantonaux. Ces chiffres peuvent paraître abstraits; mais derrière eux se cachent des maladies invalidantes, des personnes fortement dépendantes, beaucoup de souffrance, ainsi que des décès prématurés.
On sait que si l'on commence à fumer après 20 ans, on aura plus de chance d'arrêter. A l'inverse, plus jeune on commence à fumer et plus longtemps on fumera. Plus de 30 pour cent des jeunes de 15 à 25 ans fument. Les cigarettiers, qui savent calculer, ont donc tout intérêt à recruter de nouveaux consommateurs. Comment? Par la publicité et le sponsoring! Il est reconnu que la publicité joue un rôle important dans le début d'une carrière de fumeur et de fumeuse. Les jeunes sont réceptifs aux messages publicitaires, comme le démontrent 18 études, menées auprès de 27[NB]000 jeunes non-fumeurs, âgés de 8 à 18 ans. Ces messages augmentent la probabilité de commencer à fumer.
L'industrie du tabac développe des stratégies très subtiles pour promouvoir ses produits. Elle manoeuvre pour que la publicité soit très visible pour son public cible, qui est la jeunesse, et beaucoup moins visible pour le reste de la population. Le langage utilisé et les mises en situation ciblent clairement les jeunes. On fait référence à la fête, au goût du risque, au flirt et au fait d'être cool. Les réseaux sociaux sont aussi largement utilisés et les internautes deviennent des porte-parole de leur marque préférée.
L'alliance d'organisations suisses de santé, qui regroupe des associations professionnelles très crédibles, a lancé cette initiative car la loi sur les produits du tabac en cours d'élaboration est, dans ses différentes versions, trop faible et ne permettra pas de combattre efficacement l'épidémie du tabagisme. Cette future loi telle qu'elle se profile ne permettra pas la ratification de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, qui a été signée par la Suisse en 2004 mais qui n'a toujours pas été ratifiée. Nous sommes à la traîne avec Andorre, Monaco et le Liechtenstein alors que 180 pays l'ont reconnue en la ratifiant.
La population suisse est aujourd'hui largement favorable à une interdiction générale de la publicité pour le tabac. Selon une enquête commandée par la Ligue pulmonaire suisse en septembre 2020, deux tiers des Suisses sont favorables à une interdiction de la publicité pour les produits du tabac. La même proportion de personnes est aussi favorable à une interdiction du sponsoring des événements par l'industrie du tabac. La raison citée est que la plupart de ces événements sont fréquentés par une majorité de jeunes et d'adolescents.
Contrairement à ce que prétendent les lobbies économiques, il n'est pas disproportionné d'interdire ou de restreindre fortement la publicité pour un produit qui, s'il est consommé de manière adéquate, tue un consommateur sur deux. Il est très regrettable que le Conseil fédéral recommande de rejeter l'initiative, dont il soutient pourtant les objectifs. Il reconnaît qu'elle est pleinement recevable du point de vue de la santé publique et que les jeunes sont très influençables et exposés aux messages publicitaires. Du point de vue économique, l'initiative réduirait les coûts liés au tabagisme qui, à la fin, sont assumés par la collectivité. Mais voilà, la crainte de la perte de quelques places de travail, qui pourraient parfaitement être remplacées dans d'autres secteurs, prime sur la santé de la population. Dans son message, le Conseil fédéral rappelle même que, selon l'analyse d'impact de la réglementation, la perte de revenus liés à la diminution de la publicité pour le tabac entraînerait le transfert de places de travail vers d'autres secteurs économiques, car l'argent qui n'est pas dépensé pour les produits du tabac le serait à d'autres fins de consommation.
Puisque nous, parlementaires, ne sommes pas capables de réglementer correctement un produit qui, depuis tant de décennies, fait autant de dégâts, il est légitime de demander son avis au peuple, et un premier pas dans cette direction serait de recommander l'acceptation de l'initiative. C'est ce que je vous propose de faire au nom du groupe socialiste.