Dreifuss Ruth · Bundesrat · 2000-03-21
Dreifuss Ruth · Bundesrat · Genf · 2000-03-21
Wortprotokoll
Monsieur Guisan, votre question pourrait occuper des nuits entières de discussions, et même la journée du 4 avril prochain ne suffira pas à y répondre. Je vois dans votre question deux éléments.
Le premier, c'est celui de savoir si le prolongement de la vie - je n'appellerais pas cela le vieillissement de la population - nous confronte à une augmentation constante des coûts. Je n'en suis pas sûre, parce que la prolongation de la vie est largement une prolongation d'une vie de santé. Je veux dire que les personnes restent en bonne santé plus longtemps. Il est vrai que les coûts augmentent, comme l'ont montré plusieurs études, dans les trois ou six derniers mois de la vie. Personne n'en tire pour conséquence qu'il faudrait abréger cette vie de ces mois coûteux! Cela est une règle générale, il y aura toujours, dans les groupes des personnes en fin de vie, des coûts plus élevés. Cela est inévitable, mais pas inévitable dans le sens d'une résignation, car les progrès d'une médecine plus palliative que technicienne, une nouvelle culture, peut-être, de la façon dont on s'approche de la mort, devraient permettre de prendre en charge les personnes sans forcément vouloir encore tout faire pour prolonger la vie. C'est vraiment une évolution que nous devons suivre sur un plan philosophique, et non pas sur le plan de l'assurance. La question de la prolongation de la vie a un effet sur les coûts de la santé, parce que la population âgée augmente et que la technique médicale, par ailleurs, fait des progrès; progrès qui peuvent être coûteux.
Récemment, en préparant le projet sur l'initiative populaire socialiste "La santé à un prix abordable (initiative santé)" - que le Conseil fédéral va proposer d'ailleurs de rejeter sans contre-projet -, nous avons procédé, au Conseil fédéral, à une analyse - et je peux dire ça aussi en réponse à M. Bortoluzzi - sur la LAMal. J'ai été enchantée d'entendre de tous mes collègues à quel point la LAMal leur paraissait une bénédiction, à quel point le progrès réalisé par cette assurance était décisif sur le plan à la fois de la qualité des soins accessibles à tous et de son caractère économique. Nous avons vu les problèmes qui restent à régler, mais c'est vraiment un bon système. Et dans le texte que j'ai préparé pour une discussion au Conseil fédéral, j'ai bien précisé que c'était une illusion de croire que la maîtrise des coûts de la santé serait réalisée le jour où l'augmentation des coûts de la santé ne dépasserait pas l'indice général des prix. Les coûts de la santé sont appelés à rester légèrement au-dessus de cet indice, c'est une caractéristique de toutes les sociétés riches: elles peuvent consacrer plus de moyens à ce type de dépenses qu'à la nourriture, par exemple, qui, elle, est en chute libre proportionnellement aux budgets. Dans ce sens-là, les nouvelles possibilités médicales et les cas lourds qui peuvent être maintenus du point de vue de l'intégration sociale, vont nous coûter un peu plus cher. Mais je ne crois pas à une évolution explosive ou exponentielle. Je crois à une évolution normale d'une consommation qui caractérise une société riche, et aussi une société de longue vie.
Excusez-moi, ma réponse a été longue, mais votre question aurait mérité qu'on y passe des heures.