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Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · 2021-05-05

Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-05-05

Wortprotokoll

En 2020, 72 personnes inscrites sur la liste d'attente sont décédées en Suisse. Parmi ces 72 personnes, les plus jeunes avaient respectivement 8 mois, 6 ans et 18 ans. L'âge moyen des personnes décédées était de 57 ans. Depuis 2016, 335 personnes sont décédées parce qu'il n'y avait pas d'organes disponibles.

C'est la dure réalité du manque d'organes que nous avons dans notre pays, dans un pays qui pourtant connaît des sondages records quant au soutien au don d'organes. Le rapporteur, Philippe Nantermod, a rappelé qu'entre 78 et 80 pour cent des gens se déclarent favorables au don d'organes. Malheureusement, et toute la difficulté est là, au moment où il faut que ce don d'organes se fasse, les taux de refus montent à près de 60 pour cent. Ce n'est pas parce que les gens sont tout à coup contre le don d'organes, mais parce que trop souvent les proches ne savent pas ce que la personne décédée aurait pensé du don d'organes, parce que cette information manque.

Donc, dans le système actuel, ce sont les proches qui doivent décider à la place de la personne décédée. Mais cette responsabilité est extrêmement lourde. Elle doit en plus être prise à un moment particulièrement tragique et difficile. Donc, malheureusement, dans le doute, beaucoup de proches renoncent au don d'organes parce qu'ils se sentent dans la posture de devoir décider à la place de quelqu'un d'autre. [PAGE 838]

L'initiative, comme le contre-projet, changent cette logique. Ils apportent une nouvelle approche pour les proches: ces derniers ne doivent plus décider à la place de la personne décédée, mais il leur est simplement demandé s'ils ont une information sur le fait que leur proche était contre le don d'organes. S'ils ont cette information, ils peuvent la transmettre et, dans ce cas, les organes ne seront pas prélevés. Les proches n'ont plus à décider à la place du défunt, ils peuvent s'exprimer pour essayer de donner une information qui manque aux personnes qui effectuent le prélèvement. Ce serait un immense soulagement pour les proches qui n'auraient ainsi plus à décider à la place de la personne décédée, mais simplement à indiquer s'ils connaissent la volonté du défunt.

Nous pensons que cette clarification peut amener à une baisse du taux de refus, et donc à une augmentation du nombre d'organes donnés, à davantage de vies sauvées, à moins de décès et à un moins grand nombre de jeunes qui meurent faute d'organes. Voilà la réalité de ce débat. Elle est simple et elle devrait nous amener à faire des changements importants.

J'ajoute pour terminer que la question éthique est importante. Mais, comme l'a très bien dit le rapporteur de commission, nous devons intégrer dans ce débat éthique la personne qui se trouve sur liste d'attente. Nous devons intégrer ces centaines de familles qui souffrent faute de pouvoir envisager un transfert d'organe. Il y a ceux qui meurent et il y a tous ceux qui craignent de mourir. Pour certains organes, le taux de mortalité des personnes se trouvant sur liste d'attente approche les 10 pour cent. Cela représente autant de centaines de personnes qui ont peur de la mort alors qu'une solution simple existe pour continuer à vivre. Dans le débat éthique, nous devons faire exister aussi la personne qui attend. Et, comme l'a aussi très bien dit le rapporteur de commission, le risque de prendre l'organe d'une personne qui n'a pas pensé utile d'exprimer son avis de son vivant existe, mais il existe aussi le risque de ne pas prélever un organe chez une personne qui aurait été favorable au don et qui aurait ainsi sauvé une vie. Ce risque-là doit peser dans le débat éthique et il pèse clairement en faveur de l'initiative ou du contre-projet.

Dans ce débat, le groupe socialiste sera partagé sur l'initiative. Il se prononcera presque unanimement en faveur du contre-projet et vous invitera à suivre les propositions de majorité en vous rappelant que, dans ce domaine, beaucoup de pays ont choisi la solution du consentement présumé et que c'est grâce à ces pays qui nous entourent que nous sauvons des vies d'enfants, de jeunes et d'autres personnes en Suisse, car nous importons des organes de ces pays qui ont accepté une solution que nous vous proposons de reprendre par solidarité avec l'ensemble de ceux qui attendent un organe pour continuer à vivre.