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Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · 2021-06-03

Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-06-03

Wortprotokoll

Comme mes deux préopinants, j'entrerai en matière sur ce projet. Les agriculteurs qui cultivent la betterave sucrière sont nombreux dans le canton de Vaud. Ils sont, dans le canton de Vaud comme ailleurs, dans une situation particulièrement difficile. Comme aux autres agriculteurs, nous leur demandons de réduire leur utilisation de pesticides. Pour ce qui concerne les betteraviers, il s'agit de se passer de ce fameux Gaucho dont nous avons déjà parlé dans cette chambre. Je soutiens absolument ces exigences qui sont imposées aux agriculteurs, mais je suis aussi consciente du fait que réaliser cette transition est pour eux un immense défi, en particulier pour les cultures de betteraves, puisque la betterave sucrière est une plante particulièrement délicate à cultiver, y compris lorsqu'on essaye de le faire en culture biologique. De plus, cela a déjà été dit, les producteurs sont touchés par la concurrence européenne alors que la production de betterave sucrière en Europe n'a pas un bilan écologique particulièrement bon.

Dans cette situation spécifique, les producteurs de betteraves ont besoin à la fois d'être protégés contre la concurrence et d'être soutenus pour réaliser la transition vers une agriculture plus durable. C'est d'autant plus important que, dans les conditions actuelles, la culture de la betterave sucrière exige une utilisation problématique de pesticides. Nous devons soutenir les agriculteurs pour que cela change.

Je ne serais sans doute pas aussi favorable au projet qui nous est soumis s'il n'était pas accompagné de la motion 21.3016, "Promouvoir la culture écologique de la betterave sucrière", à propos de laquelle le Conseil fédéral a annoncé qu'il était déjà en train de la mettre en oeuvre. C'est une excellente nouvelle. De ce fait, la motion n'est plus vraiment nécessaire. Le processus est en cours. Le Conseil fédéral reconnaît qu'il aurait fallu investir des moyens pour développer des solutions plus écologiques pour la culture de la betterave sucrière. Il est disposé à remédier à ce problème en prenant les mesures nécessaires.

Cependant, évidemment, pour que cette transition écologique puisse se faire dans la branche, il faut qu'il reste des cultivateurs et des cultures de betterave sucrière. C'est la raison pour laquelle nous devons aussi soutenir les producteurs de betteraves de manière générale.

Certes, et c'est un sujet qui n'a pas encore été abordé, nous consommons beaucoup trop de sucre. C'est un point qui a parfois été cité dans les discussions au Conseil national. Cette consommation doit effectivement être réduite, mais je ne pense pas que le fait de ne pas apporter notre soutien aux cultivateurs locaux de betteraves contribuera à parvenir à une réduction de la consommation de sucre.

Le risque est que notre production locale baisse et que l'on se retrouve à importer de plus grandes quantités de sucre pour répondre à une demande qui serait restée la même. Dans ce cas-là, ni nos agriculteurs, ni la santé publique, ni l'environnement ne seraient gagnants. Mieux vaut prendre des mesures ciblées. Si l'on souhaite réduire la consommation de sucre, [PAGE 451] il faut cibler la consommation elle-même. Il y a déjà eu certaines discussions à ce sujet au Parlement.

Je pense, comme Christian Levrat l'a dit, que le maintien d'une certaine production locale de sucre peut se justifier dans notre pays pour autant qu'elle respecte des méthodes plus durables. Cela a du sens. En effet, il s'agit d'un produit de grande consommation, même s'il est vrai que nous ne sommes pas dépendants du sucre pour notre survie. Pour ce qui est des produits transformés, cela a également été dit par mon préopinant et je le soutiens sur ce point, je trouve que cela a du sens de disposer de sucre local pour certains produits typiquement suisses comme le chocolat ou les biscuits suisses dans une perspective de "Swissness". Je ne suis absolument pas une fan des boissons sucrées, mais là encore, je pense qu'il faut agir sur la consommation avec des mesures ciblées plutôt que sur les producteurs de sucre. Il est vrai qu'il serait aussi possible de fixer ces dispositions au niveau de l'ordonnance. Probablement que M. le Président de la Confédération avancera cet argument tout à l'heure. Et il est juste aussi que les soutiens au principe passent par les paiements directs. Tout cela, je le concède.

Cependant, vu la situation très spécifique de la branche, qui est particulièrement sous pression, je considère qu'une inscription de ces dispositions dans la loi, sous la forme de soutiens spécifiques, peut se justifier, ce d'autant plus qu'il s'agit de mesures qui sont clairement provisoires et limitées formellement dans le temps.

Nous parlons aujourd'hui seulement de l'entrée en matière. Si nous l'acceptons, nous pouvons ensuite améliorer le projet du Conseil national, cela a déjà été dit. Des propositions sont sur la table concernant les protections douanières, qui pourraient être limitées dans le temps, ou nous pourrions y renoncer au profit d'une augmentation des soutiens qui aurait le même impact pour les agriculteurs. Ces questions sont sur la table et nous pourrions les résoudre lors d'une discussion en commission. Pour ma part, je souhaiterais que l'incitation pour aller vers le bio soit plus forte, et je déposerai donc, si nous entrons en matière, une proposition pour que la différence entre les soutiens aux producteurs conventionnels et aux producteurs bio soit plus importante, donc que l'on soutienne plus fermement la transition vers l'agriculture biologique dans ce domaine où, encore une fois, les cultures sont particulièrement délicates et difficiles.

Pour toutes ces raisons, je vous recommande, comme mes deux préopinants, d'entrer en matière.

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