Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2021-06-14
Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-06-14
Wortprotokoll
Cette initiative parlementaire vise donc, en s'inspirant du système valaisan, à créer les bases légales et constitutionnelles nécessaires pour mettre en place un système de suppléance, mais seulement pour notre conseil. Avec quelques collègues ici - je crois que nous sommes cinq anciens députés et chefs de groupe au Grand Conseil valaisans qui siégeons dans ce Parlement -, nous pouvons en parler, mais nous ne sommes pas forcément tous du même avis.
Pour la minorité de la commission, il s'agit de mettre en avant la problématique de la conciliation entre vie familiale, professionnelle et politique. L'auteure de l'initiative, avec la minorité de la commission, y voit une occasion de renforcer le système de milice. La minorité voit aussi dans cette proposition le moyen de garantir une meilleure représentation, au sein de ce Parlement, des jeunes et des femmes, ainsi qu'une occasion de garantir le remplacement des femmes en cas de maternité, ou de tout le monde en cas de maladie. Et puis elle inscrit cette proposition dans la ligne de ce qui se fait dans les cantons. On a parlé du Valais, mais il y a aussi les Grisons et le Jura qui ont adopté ce système, d'une manière un peu différente.
La majorité de la commission, de son côté, doute de l'argument tactique mis en avant par l'auteure de l'initiative, qui consiste à espérer que si notre conseil ouvre la voie, le Conseil des Etats, qui passera pour être un peu plus sceptique à l'égard de ce genre de proposition, passera par une sorte de chemin de Damas et sera convaincu à son tour de l'opportunité de suivre cette proposition. Pour la majorité de la commission, c'est quand même un peu problématique, et la majorité se pose la question de savoir si les conseillers aux Etats sont plus délicats que nous. Elle se demande pourquoi, dans l'hypothèse où on doit admettre que le système est bon pour notre conseil, il ne le serait pas pour le Conseil des Etats également.
Y a-t-il pénurie de candidats au Conseil national? La réalité du terrain montre que c'est l'inverse qui est vrai. Il y a plutôt [PAGE 1315] pléthore de candidats à notre sens. Dans tous les cantons, on se bat pour être candidat au Conseil national, plutôt que les partis doivent se mettre en quatre pour trouver des candidats. Est-ce que du simple fait qu'il existe des suppléants, on doit constater qu'il y a plus de jeunes et de femmes sur les listes? Plus de femmes, c'est possible. Plus de jeunes, ce n'est pas forcément frappant. Mais surtout, la raison pour laquelle il y a plus de femmes, et parfois plus de jeunes, s'explique, de l'avis de la majorité, par l'évolution de notre société. Pour la majorité, il y a une différence fondamentale, et c'est un critère important, dans l'intensité de l'engagement entre un parlement cantonal et notre Parlement. Siéger dans notre conseil - je pense que nous sommes tous bien placés pour le savoir -, c'est presque un métier, c'est une activité à mi-temps, parfois même plus, en fonction du nombre de commissions. Il y a des exigences bien plus intenses en matière de suivi du travail parlementaire, du suivi du travail en commission. La majorité craint également que l'augmentation du nombre d'élus par le mécanisme des suppléants ait pour effet d'alourdir le fonctionnement de notre Parlement, par exemple avec le risque de multiplier par deux le nombre d'interventions.
Le problème du Parlement de milice, de l'avis de la majorité, est moins lié à la disponibilité des élus qu'à la position des parlementaires que nous sommes, parlementaires de milice, face à l'administration fédérale, avec parfois le risque d'un déséquilibre entre des professionnels qui font cela toute la journée et les miliciens que nous sommes. La solution pour la majorité doit être recherchée non pas dans ce système de suppléants, mais plutôt dans le renforcement de l'appui au travail des parlementaires, que ce soit par le biais des Services du Parlement, au sein des partis, ou de la modification du régime ou des possibilités que nous avons de nous faire assister de collaborateurs parlementaires.
Voilà pourquoi, par 13 voix contre 11, la commission vous propose de ne pas donner suite à cette initiative parlementaire.