Pointet François · Nationalrat · 2021-12-14
Pointet François · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2021-12-14
Wortprotokoll
Nous voilà face à une de ces initiatives qui part d'un sentiment louable, mais qui fait fi des réalités du terrain et du commerce international. Pour faire évoluer une situation toujours améliorable, chercher à provoquer un conflit politique avec des propositions inapplicables n'est pas la solution. En effet, dans un marché ouvert, tel que le souhaitent les Vert'libéraux, imposer des contraintes mal réfléchies à la production locale ne fera qu'augmenter les importations. Les propositions de cette initiative se résument donc à un exercice facile de réduction de nos nuisances à l'égard de l'environnement, en oubliant simplement que nous les exporterons en important de nouveaux produits. Voilà donc une initiative à impact global nul qui aurait comme seule utilité de nous donner bonne conscience. Avouons qu'au niveau responsabilité, c'est plutôt mince.
Mais il est aussi clair qu'une amélioration est souhaitable, nécessaire et demandée par une grande partie de la population. Les mauvais exemples relayés par la presse ne sont pas une bonne publicité pour le monde paysan, même si la très grande majorité des agriculteurs travaille correctement et dans le respect des animaux. Les exemples qui sont conformes à la législation tout en étant inacceptables doivent disparaître.
Ajoutez à cela que nous sommes empêchés de débattre de politique agricole d'avenir par un montage tactique pour le moins douteux, et vous constaterez que ceux qui veulent une évolution vertueuse sans détruire le système actuel se retrouvent dans une situation délicate, soit entre le marteau et l'enclume.
En paraphrasant un auteur célèbre, je dirai qu'il y a de quoi méditer l'impartial message d'un qui balance non seulement entre deux âges, mais aussi entre ville et campagne. Nous devons nous remettre à débattre de la politique agricole dans son ensemble pour éviter les attaques unilatérales, non raisonnables et crispantes telles que cette initiative. Il faut remettre le consommateur devant ses responsabilités, lui qui n'est pas avare de contradiction lorsqu'il exige de renforcer les normes de production de paysans suisses et fait ses achats dans les pays voisins pour des raisons de prix.
Quand on entend ici les débats sur l'avenir de la politique agricole, on se met à espérer que les organisations faîtières paysannes soient au moins aussi progressistes et tournées vers un avenir durable que la moyenne des paysans qui y sont représentés. Car oui, la grande majorité des agriculteurs est tournée vers un avenir durable et entend les préoccupations des consommateurs. On a un peu l'impression que leurs représentants politiques ne sont pas au courant. Et [PAGE 2585] effectivement, les citadins - trop éloignés de la réalité paysanne - doivent aussi comprendre qu'il n'est pas possible d'aller plus vite que la musique.
Mais il n'est pas temps de s'arrêter non plus. Bref c'est tous ensemble que nous trouverons des solutions pour harmoniser les objectifs de chacun, que l'on soit citadin ou travailleur de la terre. Et surtout - vraiment surtout - n'exacerbons pas, comme certains politiciens du conseil semblent vouloir le faire, les différences ville-campagne pour en faire une stratégie politique. Agir de la sorte nous conduirait droit vers une division qui ne fera du bien ni à nos institutions ni aux générations futures.
Je ne soutiendrai pas cette initiative, mais je vous invite à renvoyer le projet en commission pour proposer un compromis constructif et, à défaut - et pour le moins douloureusement en ce qui nous concerne -, à soutenir le contre-projet direct, y compris la minorité Grossen Jürg. En effet, si nous voulons que le consommateur puisse prendre et assumer ses responsabilités, il doit pouvoir faire ses choix en connaissance de cause et nous devons lui fournir les informations avec transparence.