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Fivaz Fabien · Nationalrat · 2021-12-15

Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2021-12-15

Wortprotokoll

Qui n'a pas vu les images terribles des élevages intensifs: des centaines, voire des milliers d'animaux entassés dans des espaces limités, sans accès à la lumière naturelle, nourris à la chaîne, maltraités et bourrés d'antibiotiques. Malgré les lois les plus exigeantes au monde, comme nous l'entendons depuis hier matin, cette réalité existe aussi en Suisse. Tel est l'avis des initiantes et des initiants, évidemment, tel est l'avis de l'Association des petits paysans, tel est aussi l'avis du Conseil fédéral, lui qui nous propose un contre-projet direct à l'initiative.

Ne vous méprenez pas, de nombreuses agricultrices et agriculteurs font un travail exceptionnel; ils aiment et respectent leurs animaux. J'habite une région de montagne, où les grandes cultures ne sont guère possibles. La plupart des bovins, par exemple, vivent dans les champs ou dans des étables de grande taille, avec de l'espace et un accès à la lumière, en hiver comme en été. C'est réjouissant. Toutefois, dans ma région aussi se trouvent des installations industrielles, où s'entassent des centaines de vaches, de taurillons ou de porcs, ne disposant de presque aucun accès à l'extérieur.

L'élevage intensif industriel - ce dont nous parlons aujourd'hui - fait peser une charge importante sur la nature et sur l'environnement, en polluant les sols et l'eau, en mettant sous pression la biodiversité, sans parler du climat. Selon l'OFEV, plus de 13 pour cent des émissions de gaz à effet de serre, tous gaz confondus, de la Suisse proviennent de l'élevage.

Vous avez raison d'affirmer que l'importation n'est pas une solution. Ce n'est pas une solution d'importer de la viande bon marché, produite dans des conditions qui ne respectent pas les standards suisses. Mais contrairement à ce que vous voulez nous faire croire, la production suisse n'est pas non plus autosuffisante. L'élevage n'a pas seulement un impact en Suisse. En 2019, la Suisse a importé 1,4 million de tonnes de fourrage destiné à la production de lait et de viande. On estime que cette quantité représente 200[NB]000 hectares de terres agricoles ailleurs dans le monde; ce n'est tout simplement pas soutenable. Vous avez aussi raison: les consommateurs et consommatrices sont pour partie responsables de cette situation. Nous autres, Suissesses et Suisses, sommes des amoureux de la viande: nous mangeons en moyenne chacun 50 kilos de viande chaque année.

Alors, me direz-vous, l'initiative ne concerne pas les consommatrices et consommateurs; rien n'est moins faux. Il est temps de se rendre compte qu'il n'est pas soutenable de mettre sur le marché de la viande pour quelques francs le kilo. Cela met sous pression, d'abord les agricultrices et les agriculteurs; cela met sous pression les animaux - c'est pour cette raison que cette initiative existe; sa mise en oeuvre permettrait d'éviter que soient mis sur le marché des produits de faible qualité destinés à une consommation de masse.

Cette consommation de masse ne prend pas en compte les externalités dans le prix d'achat. Le seul moyen de réduire ces problèmes est de réduire notre consommation de viande et de produire le reste dans des conditions qui respectent le bien-être de l'animal.

Soutenir l'initiative populaire "Non à l'élevage intensif en Suisse" ou le contre-projet indirect proposé par notre collègue Baumann est, pour toutes ces raisons, une nécessité.