de Quattro Jacqueline · Nationalrat · 2022-03-09
de Quattro Jacqueline · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2022-03-09
Wortprotokoll
Depuis la rédaction du rapport 2021 sur la politique de sécurité de la Suisse, la situation internationale s'est fortement dégradée et s'en trouve déstabilisée. Les conflits armés qui se déroulent actuellement aux portes de l'Europe se rapprochent dangereusement de notre pays. L'invasion de l'Ukraine, et auparavant de la Crimée, contraire au droit international, continue de renforcer la ligne de fracture entre l'Europe et la Russie.
Ne soyons pas naïfs: la confrontation entre la Russie et les Etats occidentaux n'est pas un phénomène à court terme. Le risque d'escalade est réel. La Russie a fortement renforcé son potentiel militaire afin d'avoir la capacité de mener une guerre en Occident contre un puissant adversaire conventionnel, démocratique. Il ne faut pas perdre de vue non plus le fait que la Russie est une puissance militaire qui veut consolider une zone d'influence exclusive, en particulier le long de la frontière de l'ex-Union soviétique. Elle continuera probablement à se focaliser sur l'Europe de l'Est, les Balkans et l'espace méditerranéen.
Les conflits qui ont lieu actuellement aux frontières orientales de l'Otan constituent un énorme défi pour l'Europe, mais aussi pour la Suisse. Ils risquent de conduire à une instabilité politique, économique et sociale, ainsi qu'à des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement, que cela concerne le gaz, le pétrole ou encore les céréales, sans parler des mouvements migratoires déjà en cours.
Tout cela aura des conséquences directes pour les voisins occidentaux de la Russie et pénalisera également notre pays. Ce mouvement a commencé. Le rapport de politique de sécurité 2021 a identifié ces menaces. Malheureusement, les événements qui se précipitent aujourd'hui lui donnent raison.
Se fondant sur une analyse approfondie de la situation, le rapport définit les intérêts et les objectifs de notre politique de sécurité pour les prochaines années. Il démontre comment la Suisse entend adapter sa politique de sécurité au contexte international instable et aux nouvelles menaces.
Il s'agit non seulement de renforcer la détection précoce des menaces, des dangers et des crises, mais aussi de mettre davantage l'accent sur la gestion des conflits hybrides afin d'accroître la protection et la résilience de l'Etat, de l'économie et de notre société face à des phénomènes nouveaux de grande ampleur, comme les cyberattaques ou la désinformation.
Le rapport souligne aussi la nécessité d'acquérir un nouvel avion de combat et un système de défense sol-air moderne. La situation géopolitique actuelle rend ces acquisitions non seulement nécessaires, mais aussi urgentes.
Le groupe libéral-radical prend donc acte positivement de ce rapport et met lui aussi le doigt sur un point qui fait mal, la gestion de crise. Notre pays doit se doter d'un état-major permanent, au niveau fédéral. Nous l'avons vu avec la crise sanitaire, nous le voyons maintenant avec une crise militaire qui deviendra sans doute économique et sociétale par la suite. Nous devons avoir les moyens de répondre rapidement à la montée en puissance de nouvelles menaces.
Mme la conseillère fédérale Viola Amherd s'est engagée en commission à réactualiser de manière continue l'analyse sécuritaire et à nous en tenir informés, ce dont nous la remercions.
J'en viens brièvement aux deux postulats de commission. Les campagnes de désinformation sont aussi des armes de guerre. Le conflit qui se déroule actuellement en Ukraine le montre bien.
Aussi bien la population russe que nous, ici en Suisse, sommes désinformés en continu afin de nous faire croire que ces attaques sont légitimes, voire qu'elles ont été provoquées. Des régimes autoritaires ou des groupes d'influence n'hésitent plus à recourir à ces méthodes qui visent à déstabiliser des Etats, à perturber ou à manipuler le processus de prise de décision politique, démocratique, ainsi qu'à saper la confiance de la population à l'égard des institutions, des autorités. La Suisse n'échappe pas à ce phénomène. Notre pays en a déjà été victime par le passé - vous savez que le Laboratoire de Spiez a été visé par ce genre d'actions dans le contexte d'une tentative d'assassinat de l'agent russe Sergueï Skripal. Même des organisations sportives internationales et des entreprises suisses ont été touchées.
Si le Conseil fédéral admet qu'il faudrait accorder davantage d'attention à cette problématique, nous sommes d'avis qu'il [PAGE 271] n'existe, à l'heure actuelle, pas d'évaluation de l'ampleur de la menace, ni de modèle pour sa gestion. Nous estimons qu'il faut aller plus loin et soutenons donc le postulat chargeant le Conseil fédéral de montrer dans quelle mesure la Suisse est touchée par des activités visant à influencer l'opinion publique, et plus précisément par des campagnes de désinformation, et de proposer des mesures pour prévenir et contenir une telle menace. Bref, nous souhaitons un éclairage complet sur la stratégie suivie - ma collègue Doris Fiala y reviendra.
Par ailleurs, notre pays doit affronter d'autres menaces - cela a été relevé: catastrophes, situations d'urgence et autres événements majeurs. Nous sortons d'une pandémie. Les dangers de nature sociétale s'accroissent, mais il faut aussi s'attendre à des catastrophes naturelles plus fréquentes et plus violentes que par le passé. Notre pays est de plus en plus touché par des évènements météorologiques extrêmes: vagues de chaleur, épisodes de sécheresse, précipitations extrêmes, inondations, débordements des cours d'eau, pour ne citer que ceux-ci. Ces dernières années, certes, la probabilité des catastrophes de nature technique a pu être globalement réduite par des mesures de prévention, ce dont nous nous félicitons. Cependant, en raison de la densification des agglomérations et des infrastructures, des chaînes d'approvisionnement complexes et des cyberrisques, notre vulnérabilité s'est simultanément accrue. Le Conseil fédéral a identifié ces risques. Ce que nous souhaitons maintenant, c'est une vue d'ensemble, une stratégie de la gestion des dangers naturels liés au climat dans notre pays.
Le groupe libéral-radical soutiendra donc ces deux postulats de commission.