Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2022-05-09
Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2022-05-09
Wortprotokoll
D'aucuns croyaient ou espéraient qu'un conflit de haute intensité en Europe mettant aux prises des armées régulières avec engagement de matériel lourd était devenu invraisemblable. Comme tous les pays européens, nous avons donc cessé de considérer la sécurité militaire comme une priorité et relégué à un rang subalterne les missions de notre armée de défense contre un adversaire conventionnel. La guerre en Ukraine a mis fin, brutalement, à ces illusions. Partout en Europe, elle a provoqué un véritable électrochoc; celui-ci a été de grande ampleur en Europe centrale, où l'on assiste à un événement tout sauf anodin, le réarmement de l'Allemagne, où un gouvernement à majorité socialiste et verte a pu débloquer une enveloppe de 100 milliards d'euros pour porter son budget de défense à plus de 2 pour cent de son produit intérieur brut.
Et chez nous? Eh bien, une majorité des Commissions de la politique de sécurité a pris conscience de la réalité, à savoir qu'aujourd'hui, parce que nous avons trop longtemps négligé notre sécurité, notre armée - il faut avoir le courage de le dire - n'est pas en mesure d'assumer pleinement ses missions constitutionnelles de défense. En termes budgétaires, la chute a été spectaculaire.
Je corrige d'abord à cet égard une erreur dans l'état de fait de la motion de notre commission, qui a été corrigée dans la motion 22.3374 de la commission du Conseil des Etats: en 1990, le budget militaire ne s'élevait pas à 15,7 milliards de francs. Il n'en représentait pas moins 15,7 pour cent des dépenses fédérales, pour chuter à 6,8 pour cent en 2019. Exprimées en parts du PIB, ces dépenses se montaient à 1,34 pour cent en 1990; en 2019, elles ne représentaient plus que 0,67 pour cent.
Sur le terrain, cette incurie se traduit par des conséquences elles aussi parlantes, particulièrement pour les forces terrestres. Ainsi, sur 17 bataillons d'infanterie, seuls 10 peuvent être complètement équipés. Les autres, pour le cas où nous devrions les mobiliser tous ensemble, n'existent que sur le papier. Pour l'équipement du soldat individuel, un projet est en cours, qui doit être et peut être activé.
En Ukraine, on parle tous les jours d'armes antichars modernes. Chez nous, nous ne disposons, dans le meilleur des cas, que d'un nombre très insuffisant de ces systèmes. Quant aux systèmes antichars à longue portée, nous n'en avons tout simplement plus. Nous manquons cruellement de véhicules de transport de troupe protégés. Notre artillerie arrive en fin de course, tout comme les chars de combat, dont ceux qui ont été revalorisés ne suffisent pas à équiper toutes [PAGE 638] les formations de chars. Je pourrais continuer hélas, mais je m'arrête là, c'est peut-être mieux.
Alors, devons-nous rester les bras croisés, ou attendre la fin de l'année, le temps que le DDPS publie le rapport annoncé sur les leçons de la guerre en Ukraine? C'est ce que propose la minorité de la commission. De la part de groupes politiques qui conservent dans leur programme l'objectif d'abolir notre armée, on voit assez bien l'idée qui se cache derrière cette proposition. Peut-être serait-il bon de leur organiser un séminaire avec leurs collègues allemands! D'autres ont rallié cette minorité en faisant mine de craindre un chèque en blanc: qu'ils se rassurent, le DDPS ne les a pas attendus pour élaborer, sur la base entre autres de l'inquiétant catalogue non exhaustif que je viens de dresser, une planification des besoins en matériel supplémentaires de notre armée à court, moyen et long terme, avec leurs conséquences en termes de personnel et d'instruction.
Il ne les a pas non plus attendus pour intégrer dans le rapport de politique de sécurité un scénario dont il avait toutefois sous-estimé la probabilité.
L'objectif de cette motion, tout comme celui de la commission du Conseil des Etats, est raisonnable: il s'agit de consacrer au plus tard en 2030 au minimum 1 pour cent du PIB ...