Zisyadis Josef · Nationalrat · 2002-12-04
Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2002-12-04
Wortprotokoll
Une fois de plus, le problème principal de cette élection au Conseil fédéral, c'est qu'il n'y aura aucun enjeu politique. Une socialiste s'en va et une socialiste va arriver. Le seul enjeu est que les 246 parlementaires, ces grands électeurs qui sont ici dans cette salle, se délectent de pouvoir choisir, de soupeser les pedigrees, usurpant en cela un droit qui devrait revenir normalement, comme dans les cantons et les communes, au peuple. C'est pour cela que j'ai déposé ce matin une initiative parlementaire pour demander que l'élection du Conseil fédéral soit effectuée par le peuple, rejoignant en cela une vieille revendication socialiste et démocratique soumise au vote du peuple en 1900 et en 1942. Cela fait donc soixante ans que le peuple suisse ne s'est pas prononcé sur cette question.
Nous avons encore une fois atteint, avec cette soi-disant passionnante élection, le degré zéro de la politique. Pas un instant le Parti socialiste ne s'est posé la question essentielle: "A quoi cela sert-il d'aller au Conseil fédéral, et pour mener quelle politique?" La politique néolibérale du Conseil fédéral, de M. Leuenberger, par exemple, qui a reçu la défaite sanglante du peuple sur la privatisation de l'électricité, est-ce que c'est celle-là qu'il faut mener? Est-ce que c'est la politique antisociale de Mme Ruth Dreifuss, qui aboutit au scandale des primes d'assurance-maladie ou à la hausse de l'âge de la retraite des femmes? En vérité, les deux ministres socialistes sont autant les otages de la majorité de droite du Conseil fédéral et du Parlement que les concepteurs du démantèlement social néolibéral qui, encore une fois, pour nous, casse le pays en deux entre ceux d'en bas, qui peinent à nouer les deux bouts, et ceux d'en haut, les puissants de cette société, qui ne cessent de s'enrichir.
Face à une droite qui se durcit et qui est colonisée quotidiennement par l'UDC, le Parti socialiste, au gouvernement, ne sert même pas de garantie pour un maigre filet social. Une journée nationale de grève pour la retraite à 60 ans dans le bâtiment et quelques menaces de grève chez les postiers contre le démantèlement du service public ont apporté plus que quarante ans de participation socialiste au gouvernement.
Pour le Parti suisse du travail/POP, pour la gauche combative de ce pays, la présence socialiste au gouvernement est inacceptable, et c'est pourquoi, une fois de plus, nous voterons blanc à cette politique de consensus et de collaboration qui a fait tant de mal aux milieux populaires. Le Parti socialiste refuse ce débat de fond, mais pour nous c'est le seul vrai débat. Alors bonne chance, bonne chance à Ruth Calmy-Rey et à Micheline Lüthi, et surtout, rendez-vous l'année prochaine ici-même, dans cette salle, en décembre 2003, au moment où le Parti socialiste devra se colleter avec le deuxième siège de l'UDC. Il va se retrouver à participer au pouvoir avec l'extrême droite dans une situation qui sera pire que celle de l'Autriche.
La formule magique est une formule tragique pour notre pays. La Suisse a besoin d'une opposition de gauche et [PAGE 2193] écologiste, elle a besoin d'alternatives politiques, elle a besoin de mouvements de résistance, c'est cela qui pourra résoudre sa crise sociale et culturelle.