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Fivaz Fabien · Nationalrat · 2022-09-15

Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2022-09-15

Wortprotokoll

Le F-35 est un mauvais choix pour la Suisse en termes techniques, en termes financiers, en termes politiques.

Techniquement, notre pays n'a pas besoin d'un bombardier furtif pour faire la police du ciel. L'avion est bruyant, il est cher, il est fragile. Si l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et d'autres pays européens achètent le F-35, ce n'est pas parce qu'il est le meilleur avion, mais parce qu'il est le seul à être certifié pour le transport de l'arsenal nucléaire américain qui est déployé sur sol européen dans le cadre de l'Otan. L'Allemagne prévoyait d'ailleurs initialement d'acheter des F/A-18, mais la certification nucléaire a été abandonnée par Boeing. L'Allemagne a acheté des Eurofighter pour les missions courantes de l'armée de l'air.

Dans le domaine des finances, le risque est important. Le rapport du Contrôle fédéral des finances est édifiant. Il n'existe pas de garantie absolue sur le prix fixe à l'achat. Lors de l'évaluation des coûts d'exploitation les expériences d'autres pays n'ont pas été prises en compte. L'accord avec les Etats-Unis comporte de nombreux risques juridiques. Partout ailleurs, les coûts d'exploitation des F-35 ont pris l'ascenseur. Pire: la Suisse a limité le nombre d'heures de vol pour rendre le F-35 acceptable. Jusqu'à maintenant, personne n'a répondu à la question de savoir comment a été fixé ce nombre d'heures, ni combien nous coûterait un dépassement. C'est aussi une des conclusions du Contrôle fédéral des finances.

N'oublions pas les compensations politiques. Si la liste n'a pas été publiée par la Commission de gestion, la presse a abordé plusieurs thèmes majeurs. Nous parlons de l'accord sur l'imposition des frontaliers avec la France, nous parlons de nos relations avec l'Union européenne. Imaginez où nous en serions aujourd'hui si le Conseil fédéral n'avait pas, à ce point, fermé toutes les portes.

La Commission de gestion de notre conseil, dans son rapport de vendredi dernier, souligne les erreurs stratégiques et le manque de vision du Conseil fédéral. Les dégâts d'image pour la Suisse sont gigantesques. Nos relations diplomatiques avec nos voisins n'ont jamais été aussi mauvaises. L'économie, la recherche, la formation: de nombreux secteurs sont touchés. Le choix d'un avion américain n'est pas étranger au blocage avec l'Union européenne.

Le Parlement, comme le Conseil fédéral, bafoue les droits démocratiques.

Lors du vote de septembre 2020, nous avons dénoncé un chèque en blanc. Si le peuple s'était alors prononcé sur le F-35 plutôt que sur n'importe quel autre avion, il aurait refusé cet achat. Cela ressort des sondages effectués après la votation. Jamais ou presque, un vote n'a été aussi serré. Il n'a manqué que quelques voix pour que le camp du non l'emporte. Il n'y a pourtant jamais eu la moindre volonté de dessiner un compromis ni de chercher le contact avec cette immense minorité.

L'initiative populaire "Stop F-35" est précisément là pour cela: permettre d'avoir ce débat démocratique et populaire sur le choix de l'avion. Je regrette que vous ne vouliez pas en discuter avec la population, que vous craigniez sa réaction.

Vous l'aurez compris, le groupe des Verts n'entrera pas en matière sur l'achat des F-35.

Cependant, nous entrerons en matière sur la mise hors service des F-5 Tiger. La décision du Conseil des Etats et de la majorité de votre commission contrevient à toutes les règles du bon sens, autant techniques que financières. Le F-5 n'est pas juste vieillissant, il est vieux! Il ne vole que de jour et par beau temps. Il n'a aucune utilité militaire, et cela coûte une fortune de l'entretenir et de le faire voler. La majorité de la commission souhaite garder cet avion pour la parade. Ce faisant, elle jette l'argent des contribuables par la fenêtre.