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Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · 2022-09-20

Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2022-09-20

Wortprotokoll

Ma minorité, à l'article 18bis alinéa 3, propose que la part des aires centrales s'élève à au moins 20 pour cent du territoire national en 2030, puis à au moins 30 pour cent en 2040. Ce chiffre ne tombe pas de la lune. La Suisse s'est en effet engagée dans le cadre de la Convention internationale de la diversité biologique à mettre en place 30 pour cent de surfaces protégées jusqu'en 2030. Cette démarche a été motivée par des études scientifiques qui montrent que la biodiversité doit être priorisée sur au moins 30 pour cent des surfaces pour qu'elle puisse être protégée à long terme et que les prestations écosystémiques puissent être maintenues.

De nombreuses espèces essentielles pour notre survie, comme les insectes, sont menacées en Suisse. L'une des principales cause de cette menace est précisément la perte des habitats, donc la perte des milieux naturels. Leur surface et leur qualité diminuent fortement. Ainsi, les marais ont perdu 82 pour cent de leur superficie depuis 1900. Pourtant, les marais sont aussi très importants pour nous. On le sait très bien, les marais servent précisément à stocker du CO2 et contribuent évidemment à purifier l'air que nous respirons. Quant aux prairies sèches et aux pâturages, ils sont détruits: jusqu'à 95 pour cent!

Dans ce contre-projet indirect, la majorité de la commission veut 17 pour cent du territoire en espace protégé, ce qui n'est clairement pas suffisant. Du point de vue scientifique, 17 pour cent d'aires protégées ne suffisent pas à préserver les ressources naturelles de la Suisse. Alors, oui, bien sûr, j'entends certaines et certains d'entre vous me dire que ce n'est qu'une valeur indicative. Mais, malheureusement, cette logique affaiblirait encore davantage un objectif qui est lui-même bien trop faible. Rappelons que 30 pour cent d'aires protégées ne signifient pas non plus que toute utilisation est interdite sur ces surfaces. Il est important de le rappeler pour éviter évidemment toute mauvaise interprétation. Bon nombre de ces surfaces ne conservent d'ailleurs leur valeur biologique que dès le moment où il y a précisément une exploitation dessus.

Depuis dix ans, la surface des aires protégées en Suisse augmente extrêmement lentement: à peine 0,2 pour cent, c'est tout à fait insuffisant. Cela veut dire qu'au rythme actuel elles augmentent de 2 pour cent en 100 ans si on ne va pas plus vite, si on ne se donne pas des objectifs supérieurs. Aujourd'hui, la part du territoire qui est sous protection s'élève à un peu plus de 9 pour cent.

Nous voyons par la croissance actuelle de ces surfaces, ainsi que par les objectifs du Conseil fédéral, qu'il faut en réalité une véritable volonté politique, qu'on peut montrer ici, aujourd'hui, ce matin, et qui ne sera possible qu'avec de l'ambition. Et avoir de l'ambition, c'est évidemment fixer un objectif de 30 pour cent à l'horizon 2030.

Avant de conclure, je souhaiterais encore revenir sur ces chiffres, parce qu'on entre un peu dans une guerre ou une bataille de chiffres, que j'assimile à un certain enfumage. Le Conseil fédéral parle lui de 13,4 pour cent du territoire délimité en faveur de la biodiversité. Mais quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que ce chiffre englobe en fait bien plus que des sites effectivement protégés puisqu'il comprend aussi des surfaces agricoles, pour lesquelles la protection de la biodiversité n'est pas assurée sur le long terme, et des sites qui ne disposent d'aucune protection légale. Pour entrer dans le détail, les 13,4 pour cent de la Confédération représentent en partie des espaces qui ne sont pas protégés par le droit suisse - parce que les dispositions internationales ne peuvent pas être appliquées directement - et en partie des zones privées. Alors, certes, il est très bien que ces zones soient protégées, mais dès le moment où ces zones sont privées, évidemment, il n'y a aucune garantie que leur protection soit pérenne.

L'objectif du pourcentage de surfaces protégées est donc une des questions centrales de ce projet, une question clé. En le considérant du point de vue quantitatif, il faut le monter à 30 pour cent. Mais évidemment, à côté de la question quantitative, il faut faire en sorte que la qualité soit à la hauteur. C'est aussi un débat que nous aurons l'occasion d'avoir ce matin.