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Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · 2022-09-27

Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-09-27

Wortprotokoll

Par ce postulat, je demande au Conseil fédéral de montrer dans un rapport de quelle manière les batteries des véhicules électriques pourraient être utilisées comme une solution de stockage et [PAGE 943] d'équilibrage du réseau. Le but est d'améliorer la stabilité générale de l'approvisionnement en électricité, mais aussi d'éviter, dans la mesure du possible, le risque de pénurie d'électricité à court terme. Il s'agit de disposer d'un état des lieux des connaissances et des expériences actuelles, que ce soit en Suisse ou à l'étranger, de mieux cerner le potentiel de ce type de solution et d'identifier les éventuels obstacles - qu'ils soient techniques, financiers, législatifs ou encore de mise en oeuvre. Le rapport devrait proposer des pistes pour remédier à ces obstacles.

On considère que la Suisse devrait compter, à partir de 2030, plus d'un million de voitures électriques. Cela représente un potentiel technique de stockage très important, même si c'est pendant une période limitée, puisque ce potentiel correspond à une puissance comparable à ce que nous fournissent actuellement nos centrales nucléaires. Ces véhicules restent en outre stationnés plus de 95 pour cent du temps, et les batteries offrent une autonomie de plus en plus importante, qui dépasse largement, aujourd'hui déjà, les besoins requis pour nos déplacements quotidiens usuels. Cela rend envisageable de les utiliser pour d'autres usages. La seule contrainte étant évidemment que l'automobiliste dispose de suffisamment de courant quand il repartira.

Les technologies de V2X, également appelées V2G ainsi que le "smart charging" répondent aux défis que pose, pour le réseau électrique, l'électrification massive de la mobilité.

Celle-ci peut en effet être problématique si un grand nombre d'automobilistes rechargent leur véhicule simultanément, en particulier si c'est un moment où l'offre en énergie renouvelable est moins importante, voire si une forte demande en électricité pour d'autres usages vient s'y ajouter. La stabilité de notre approvisionnement en électricité ne dépend en effet pas uniquement de la consommation globale, mais aussi des pics de consommation à un instant donné. Dès lors, les véhicules électriques devraient en principe être chargés lorsque le réseau dispose de suffisamment d'électricité verte, ce que permet précisément le "smart charging".

Le V2X offre en outre la possibilité à ses véhicules de décharger à la demande une partie de l'électricité contenue dans leur batterie et de la rendre ainsi à nouveau disponible pour stabiliser le réseau et pour répondre à d'autres usages. Cette utilisation bidirectionnelle du courant électrique exige évidemment des stations de recharge spécifiques et des voitures compatibles. De nombreuses marques de bornes de recharge et de voitures présentes sur le marché en Suisse ont annoncé récemment qu'il existait des modèles qui supportent ou supporteront bientôt le V2X. Des projets de recherche et des projets pilotes sont par ailleurs déjà en cours, avec le soutien de l'Office fédéral de l'énergie. Leurs résultats sont pour le moment très encourageants.

Nous avons cependant besoin de plus de connaissances et d'une base décisionnelle pour aller de l'avant, car ces solutions technologiques présentent encore des difficultés potentielles aux niveaux technique, financier ou encore législatif. Le rapport demandé par le biais de mon postulat pourrait notamment répondre aux questions suivantes : Comment peut-on favoriser le "smart charging"? Quels seraient les[NB]avantages et les inconvénients des technologies de V2X par rapport à des solutions de batteries de stockage stationnaires?

Les batteries des véhicules pourraient-elles par exemple aussi être utilisées pour répondre à des enjeux comparables lors de leur deuxième vie, alors qu'elles ne sont plus jugées assez performantes pour être utilisées sur des véhicules? Quels seraient de manière générale les coûts de ces solutions? Et comment pouvons-nous les financer? Comment inciter les propriétaires de véhicules à accepter de partager leur batterie au nom d'un objectif commun d'équilibrage du réseau? Comment les tarifs de charge et la rémunération pour la réinjection du courant devraient-ils être conçus? Comment intégrer ces nouvelles pratiques dans la gestion du réseau? Quelles technologies en matière de réseaux connectés et de réseaux intelligents devraient accompagner ces pratiques? Quel serait l'impact sur la durée de vie des batteries de ces technologies? Et enfin, dans quelle mesure et comment nos bases légales devraient-elles être adaptées pour favoriser un déploiement optimal de ces nouvelles technologies?

Il me semble que sans réponse à ces questions essentielles et pour la plupart complexes, il sera difficile de mettre en avant à grande échelle des solutions de "smart charging" et de V2X. Il est en outre nécessaire de s'en préoccuper dès maintenant car le parc de véhicules électriques se développe rapidement - d'ailleurs c'est une excellente chose, enfin - et cela implique un potentiel grandissant en matière de stockage mais aussi un risque de plus en plus élevé de devoir faire face à des pics de consommation difficiles à gérer pour le réseau.

Le Conseil fédéral a répondu à mon postulat le 17 août dernier. Il recommande de l'accepter, ce dont je le remercie.

Le postulat est également soutenu par les branches économiques concernées, en particulier par l'AEE, Swisscleantech et Swiss emobility.

Je vous recommande également de soutenir ce postulat.

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