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Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · 2022-12-13

Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-12-13

Wortprotokoll

Nous sommes tous d'accord sur un point: l'agriculture fait face à des défis majeurs, que ce soit au niveau économique, écologique ou social. Le projet initial proposé par le Conseil fédéral pour la Politique agricole à partir de 2022 (PA22+) en prenait la juste mesure. C'était un bon projet, qui aurait pu constituer un point de départ crédible pour nos discussions. Qu'en reste-t-il aujourd'hui?

Nous avons suspendu le traitement de la politique agricole pendant deux ans, dans l'attente d'un rapport, qui est maintenant entre nos mains. Ce rapport donne des orientations pertinentes pour l'avenir de notre agriculture. Son premier mérite est certainement d'avoir mis en relief ce que l'on doit bien appeler un éléphant dans la pièce, à savoir l'importance du rôle des consommateurs. [PAGE 1274]

Ces dernières années, les agricultrices et agriculteurs ont souvent eu l'impression d'être injustement montrés du doigt et stigmatisés, en particulier au sujet de l'impact écologique de l'agriculture. Ce sentiment d'injustice est en grande partie légitime. Les agriculteurs ne peuvent en effet pas, à eux seuls, porter sur les épaules la transition écologique de leur secteur. Nous avons besoin pour cela de l'engagement de l'ensemble des acteurs: celui des agriculteurs et agricultrices, mais aussi celui des consommateurs et consommatrices, qui se situent à l'autre bout de la chaîne, et, entre ces deux pôles, nous avons besoin de tous les acteurs de la transformation et de la distribution pour réaliser cette transition.

Les agricultrices et agriculteurs ne peuvent par exemple pas réduire à eux seuls l'impact de l'agriculture sur la biodiversité, même si ce sont évidemment eux qui appliquent les méthodes agricoles ou utilisent les produits problématiques. La demande de la grande distribution et des consommateurs pour des produits homogènes et esthétiquement parfaits joue aussi un rôle dans cette problématique. C'est également le cas des marges trop élevées prélevées sur les produits bios par la grande distribution qui condamnent le bio à rester un marché de niche; ou encore, c'est le cas du fait que l'on gaspille un tiers des aliments que nous cultivons, que nous produisons, ce qui débouche sur une pression accrue sur la productivité dans l'agriculture.

De même, les agricultrices et agriculteurs ne peuvent pas à eux seuls réduire l'impact de l'agriculture sur le climat, même si ce sont eux qui élèvent, par exemple, les animaux émetteurs de méthane. Réduire l'élevage en Suisse n'aura pas beaucoup d'effet si les consommatrices et consommateurs ne font pas leur part en mangeant moins de viande. S'ils maintiennent leurs habitudes de consommation actuelles, toute réduction de la production de viande suisse sera compensée par une hausse des importations. La grande distribution doit aussi cesser d'encourager la surconsommation de viande en cassant les prix, en particulier en soldant de la viande importée.

Une vision globale est donc indispensable, à l'image de ce qui se fait en Europe dans le cadre de la stratégie De la fourche à la fourchette. Mais, justement, nous ne pouvons pas nous limiter à notifier de tels constats dans un rapport. Ceux-ci doivent être suivis de mesures concrètes. Or, c'est bien ce qui nous manque aujourd'hui.

Le Conseil fédéral et la majorité de la commission défendent une Politique agricole à partir de 2022 (PA22+) très minimaliste, remettant à plus tard la mise en oeuvre des pistes intéressantes évoquées dans le rapport et, ce faisant, l'évolution des politiques agricoles actuelles vers de véritables politiques de l'alimentation. Selon le projet qui nous est soumis aujourd'hui, on renoncerait ainsi à des mesures innovantes visant la consommation, la transformation, la distribution ou encore les conditions régissant les importations. On renoncerait en outre à plusieurs mesures favorables à la biodiversité qui étaient prévues dans le projet initial de la PA22+, alors que l'initiative parlementaire 19.475 visant à réduire les risques liés aux pesticides n'épuise de loin pas ce sujet et qu'elle se trouve d'ailleurs déjà attaquée dans son application.

La politique agricole doit en particulier amener l'agriculture à mieux respecter la capacité de charge et de résilience des écosystèmes et mieux s'adapter aux conditions locales, ce qui est le but du nouvel article constitutionnel sur la sécurité alimentaire. Le projet initial de la PA22+ prévoyait des adaptations dans ce sens, qui ne sont plus présentes dans le projet sur lequel nous votons aujourd'hui.

Enfin, selon le projet actuel, on renoncerait à prendre des mesures favorables au climat, un point sur lequel nous reviendrons lors de la discussion par article. Ceci n'est vraiment pas sérieux! Nous ne pouvons pas attendre 2030 pour engager de manière conséquente notre agriculture dans la lutte contre le réchauffement climatique, alors que la production alimentaire est l'un des secteurs qui pâtit justement le plus violemment des conséquences de ce réchauffement.

L'agriculture et le secteur alimentaire dans son ensemble doivent, comme les autres secteurs économiques de notre pays, contribuer à faire face aux enjeux climatiques qui se précisent. L'agriculture doit, comme les autres secteurs économiques de notre pays, s'adapter pour faire partie de la solution à la crise climatique plutôt que de faire partie du problème.

Ce n'est pas en bloquant l'évolution des politiques agricoles que nous soutiendrons les agricultrices et agriculteurs de notre pays dans leur travail quotidien. Ce n'est pas en reculant aujourd'hui que nous avancerons plus rapidement demain. La pression de la société est là, comme en témoignent les très nombreuses votations qui ont eu lieu ces dernières années sur des sujets agricoles. Notre système alimentaire dans son entier doit évoluer vers plus de durabilité et vers plus de résilience, et ce processus ne peut pas être remis à plus tard.

Les trois étapes proposées par le Conseil fédéral et validées par la majorité de la commission sont beaucoup trop lentes. Nous devons accélérer le rythme. Je vous encourage dès lors à suivre les minorités qui défendront leurs propositions tout à l'heure et qui vont dans ce sens. J'espère que le Conseil national complètera également le projet pour lui permettre de répondre plus rapidement aux défis actuels.