Zisyadis Josef · Nationalrat · 2003-03-13
Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2003-03-13
Wortprotokoll
Avec le Sommet du G8, la Suisse a mis le doigt dans un engrenage infernal. Je ne sais pas ce qui est passé par la tête des membres du Conseil fédéral lorsque celui-ci a accepté sans broncher la demande française l'année passée. En fait, la France a mis notre gouvernement devant le fait accompli. En choisissant un lieu à l'abri entre une chaîne de montagnes et un lac, un dispositif ultrasimple nécessitant le blocage de deux voies d'accès, un lieu à l'extrémité de son territoire, la France s'est bien moquée de notre pays et de ses habitants.
Les derniers sommets de ces "maîtres autoproclamés du monde", comme on le dit, avaient pourtant bien démontré qu'ils étaient inacceptables dans les lieux à forte densité de population. Rien n'y fait, c'est toujours le même entêtement: on impose aux populations, sans consultation démocratique aucune, la tenue de sommets qui remettent en cause la vie quotidienne, la liberté de circulation, les libertés individuelles, et je ne parle même pas de la volonté de décider hors de tout cadre international comme celui de l'ONU.
Dans le cas d'Evian, la situation est claire: les Français invitent, et la Suisse n'a qu'à subir tous les désagréments. Je ne parlerai même pas des coûts exorbitants de cette opération, au sujet desquels, Monsieur le Conseiller fédéral, vous êtes toujours dans le flou le plus total, comme vous le mettez dans votre texte. Quand bien même ces frais seraient remboursés en partie par la France, cela coûtera beaucoup trop cher à notre population. Tout cela, c'est de l'argent jeté par les fenêtres pour une opération à haut risque.
Disons-le clairement, la Suisse n'a aucun avantage à accepter le G8 à sa frontière. Il ne s'agit pas d'une conférence internationale dont elle pourrait tirer prestige après son adhésion toute récente à l'ONU. La Suisse doit être capable de dire non à un sommet qui lui a été imposé, comme si elle était le larbin de la France.
Et si demain, comme tout le laisse penser malheureusement, les Etats-Unis, avec le soutien ou non de la Grande-Bretagne, mais sans le mandat international de l'ONU, décident de déclarer la guerre à l'Irak, que va devenir le G8? Il va devenir le lieu de la honte, le lieu de la mort des institutions internationales. Vous imaginez la venue de George Bush et de Tony Blair au bord du lac Léman, quelques semaines après le déclenchement de leur boucherie! Alors le lac Léman deviendra sans aucun doute le lieu d'un gigantesque rassemblement contre une politique de l'empire américain.
Je demande au Conseil fédéral de prendre de toute urgence la mesure de cette situation à haut risque et de déclarer dès maintenant qu'en aucun cas, s'il y a déclenchement de la guerre en Irak, le Sommet du G8 ne pourra se tenir au bord du lac Léman. Donc le Conseil fédéral doit déclarer qu'il doit être annulé immédiatement, pour des raisons de respect du droit international, pour des raisons de sécurité et pour des raisons de paix. [PAGE 308]
Aujourd'hui, nous avons à nous prononcer sur un engagement démesuré de l'armée, certainement le plus grand pour notre pays depuis la Deuxième Guerre mondiale, et ce n'est pas rien!
Je vous invite à ne pas entrer en matière.
Je dis simplement: ne mettez pas le doigt dans cet engrenage redoutable. Refusons de devenir un simple territoire vassalisé de la France. Si Jacques Chirac veut tenir son sommet, il n'a qu'à le faire où il veut, en Corse, dans le Massif central, où il souhaite, mais en tout cas pas dans la région lémanique!