Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · 2023-06-14
Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-06-14
Wortprotokoll
Comme cela a été dit, la motion qui nous occupe reprend une pétition de la session des femmes de 2021. En ce jour de grève des femmes, il est important de rappeler que les inégalités de genre subsistent dans tous les domaines et que le politique entend les revendications en la matière. Ainsi, concrétiser ces demandes qui ont émergé lors de la session des femmes donne un signal fort qui montre que les institutions politiques ne sont pas hermétiques à la voix de la société civile et qu'elles prennent ses revendications au sérieux.
J'aimerais souligner une fois encore l'importance primordiale de l'intégration de la dimension du genre dans la recherche médicale. De manière très résumée, il existe deux biais de genre principaux en médecine. Le premier est ce que l'on appelle l'aveuglement face au genre, à savoir l'absence de prise en compte des spécificités des hommes et des femmes, ce qui a pour conséquence que lorsqu'il y a une différence de genre, eh bien la prise en charge qui s'en suit peut être inappropriée. L'autre biais, à l'inverse, concerne les stéréotypes de genre, soit la croyance erronée en une différence entre hommes et femmes. On les rencontre dans les pathologies traditionnellement attribuées à un genre, par exemple la migraine ou la dépression que l'on attribue, souvent à tort, davantage aux femmes. Cela peut conduire à ce qu'une pathologie ne soit pas identifiée ou soit sous-diagnostiquée chez l'autre genre. C'est notamment le cas de la dépression chez les hommes dont on pense communément qu'ils y sont moins sujets. C'est donc une maladie qui est moins diagnostiquée chez les hommes.
Laissez-moi vous donner quelques exemples très concrets qui illustrent la gravité des conséquences que ces biais de genre peuvent avoir sur la santé, voire sur la vie des patients et des patientes. Un exemple très connu est celui des maladies cardiovasculaires. Alors que les femmes sont moins nombreuses que les hommes à être concernées par ces maladies, ces dernières constituent pourtant la première cause de décès chez les femmes en Suisse.
Pourquoi? Parce que les symptômes des femmes sont moins connus, ils ont été moins investigués, ils sont donc moins identifiés et souvent minimisés d'ailleurs, ce qui fait que les AVC sont plus difficilement diagnostiqués. Très concrètement, ainsi, deux fois plus de femmes meurent d'un infarctus en Suisse, alors même qu'elles sont moins à risque. Les taux sont de 12 pour cent de décès chez les femmes, et de 6 pour cent chez les hommes.
Je vais vous donner un deuxième et dernier exemple qui concerne les médicaments. Dans la recherche en pharmacologie, la majorité des sujets d'études cliniques sont masculins, à commencer par les souris dans les essais préliminaires, mais aussi les humains par la suite. Ce qui fait que les médicaments développés, et en particulier leur dosage, sont inadaptés aux femmes. Par exemple, les traitements en oncologie causent 34 pour cent d'effets indésirables sévères de plus chez les femmes que chez les hommes. On le voit bien dans les rapports de pharmacovigilance: les femmes présentent 50 pour cent de réactions secondaires de plus que les hommes.
Ajoutons enfin que la prise en charge des femmes, en cas d'urgence médicale, est plus lente statistiquement, et que les femmes reçoivent moins d'examens approfondis en cas de symptômes. On comprend donc bien la nécessité de la motion qui nous occupe.
Cela dit, le 2 juin dernier, le Conseil fédéral a annoncé le lancement des nouveaux Programmes nationaux de recherche (PNR), dont le PNR "Médecine, santé et genre", qui a été mentionné par ma collègue Isabelle Chassot. Avec cette annonce, nous considérons que le but de la motion est fermement réalisé et nous allons donc retirer notre minorité. Nous restons évidemment attentives à l'évolution de la thématique dans le cadre de ce PNR et nous notons tout de même que la lettre b de la motion, à savoir la prise en considération du critère du genre pour l'octroi de subsides, ne fait pas l'objet du PNR et n'est donc pas réalisée.
La minorité est donc retirée.