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Nantermod Philippe · Nationalrat · 2024-02-28

Nantermod Philippe · Nationalrat · Wallis · FDP-Liberale Fraktion · 2024-02-28

Wortprotokoll

La Suisse est fière de son système de formation duale. Les gens viennent de partout pour s'enquérir du fonctionnement de ce système, on organise des salons de l'apprentissage, les entreprises invitent les jeunes à le découvrir et c'est un tableau merveilleux que l'on présente en la matière, qui nous rend en général assez fiers quand on parle du système de formation suisse.

C'est vrai: chacun est libre de choisir sa formation dans notre pays et on se vante du fait que près de deux jeunes sur trois choisissent encore aujourd'hui la voie de l'apprentissage. C'est probablement une des réponses les plus adaptées aux enjeux, notamment, de la numérisation et de l'arrivée de l'intelligence artificielle. Cela dit, derrière ce tableau, qui paraît magnifique, il apparaît que depuis une bonne décennie, la situation de l'apprentissage est de moins en moins rose et attractive. Contrairement à ce que dit le Conseil fédéral dans son avis, les chiffres ne sont pas aussi stables qu'il y paraît. Depuis 2014, le nombre d'apprentis diminue en Suisse et le nombre de places vacantes est de plus en plus important. Il y en avait 3500 en 2005, on a dépassé les 11[NB]676 en 2018 et le chiffre continue d'augmenter.

Nous faisons face à un double problème en matière d'apprentissage. Il y a d'abord un problème géographique. En Suisse romande, 60 pour cent des hommes et 50 pour cent des femmes préfèrent la voie de la formation gymnasiale. Le second problème est lié au type de formation. Certaines filières voient la relève désertée. On pense par exemple aux métiers de l'hôtellerie, de l'industrie, aux métiers de bouche, en particulier les boulangeries et les boucheries. On se dirige dans ces secteurs, on le sait, vers une véritable pénurie de main-d'oeuvre. Nous devons faire de plus en plus appel à des personnes qualifiées à l'étranger, ce qui pose d'autres problèmes pour notre pays.

C'est d'autant plus problématique que ces métiers-là sont probablement les moins concernés par la disruption induite par l'intelligence artificielle, et forcément que si l'on forme moins de personnes dans les domaines qui sont les plus à même de répondre à ces développements technologiques, nous ferons peut-être face, à terme, à d'autres problèmes en matière de chômage.

Quelles sont les causes de cette évolution? Les causes sont forcément empiriques, liées à une expérience personnelle. On dit que les métiers aux horaires pénibles seraient moins attractifs pour les jeunes, que les salaires en début de formation seraient aussi pointés du doigt et ne compenseraient pas les désavantages d'une formation professionnelle par rapport aux avantages des études. En effet, la qualité de vie entre des études qui s'étalent sur quelques mois dans l'année, avec souvent de grandes vacances en été, n'est pas comparable avec les difficultés d'une formation professionnelle. Et enfin, la formation professionnelle souffre d'une baisse de prestige chez les jeunes, mais aussi chez les parents des personnes concernées.

Le rapport sur le développement des professions dans les formations professionnelles, auquel vous faites référence dans votre réponse, Monsieur le conseiller fédéral, et que vous avez adopté en 2023, donne des pistes pour garantir la disponibilité des places d'apprentissage. Il est intéressant, il traite de l'offre, mais il ne dit rien, ou presque rien, de la demande. Or, c'est un autre aspect dans la question de l'apprentissage qui mérite aussi d'être analysé.

Le but du présent postulat n'est pas de nous écarter des règles du marché du travail, ni de pousser le Parlement à modifier le code des obligations pour que l'apprentissage ne soit qu'une pâle copie des études.

L'apprentissage doit rester attractif pour une personne de quinze ans. L'évolution, que l'on connaît notamment en Suisse romande, est préoccupante.

Pour cela, je vous invite à adopter ce postulat et à demander au Conseil fédéral de réfléchir à des solutions à long terme, afin que l'apprentissage reste la voie préférée des jeunes Suisses et des jeunes Suissesses.