Beck Serge · Nationalrat · 2003-05-06
Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2003-05-06
Wortprotokoll
Je crois qu'il convient de cesser de jouer avec le feu dans le domaine de la prévoyance. Au-delà de nos débats du jour, c'est bien la pérennité du système qui est en cause. Lorsque Mme Goll jongle aujourd'hui avec quelques centaines de millions de francs, par les mécanismes actuariels et par l'effet incitatif des mesures que la majorité et plus encore Mme Goll souhaitent mettre en place, c'est avec quelques milliards de francs de demain que nous jonglons déjà. La gauche ne peut avoir dans le domaine de la prévoyance les attitudes spéculatives qu'elle a tant reprochées aux affairistes dans le domaine boursier.
Le groupe libéral est favorable à la flexibilisation de l'âge du départ à la retraite, encore s'agit-il d'examiner celle-ci dans les deux sens, en deçà et au-delà de l'âge qui est fixé. Quant aux ponts qui sont à construire, Madame Meyer Thérèse, ils doivent l'être plutôt en envisageant de faire passer l'âge normal de la retraite de 65 à 67 ou 68 ans. Et c'est peut-être à ce moment-là, pour permettre cette migration-là de façon progressive, qu'il s'agira d'engager des moyens financiers supplémentaires.
Les faits sont en effet têtus et l'allongement de l'espérance de vie l'est particulièrement. Cet allongement de l'espérance de vie, que Mme Goll nous dépeint finalement comme une sorte de démantèlement social, devrions-nous le combattre? Incontournablement, la durée de la période de rente augmente, et cela nécessite en toute bonne logique, en toute transparence financière, l'accroissement du financement des régimes de prévoyance. Bien sûr que nous aimerions nous aussi, libéraux, pouvoir crier avec tant d'autres démagogues ou tant d'autres cigales: "Demain, l'on sert des rentes gratuitement!"
Depuis mes premiers débats dans le domaine de la prévoyance au niveau cantonal, j'ai toujours eu l'occasion de me battre pour assurer l'indispensable financement pérenne des régimes sociaux. A chaque étape, j'ai été confronté à des illusionnistes de gauche, malheureusement souvent des syndicalistes à courte vue, qui combattaient par exemple la capitalisation totale obligatoire pour les caisses de pension publiques.
Aujourd'hui, le nombre de celles qui sont condamnées à diminuer leurs prestations ne fait que s'accroître. Et ceux qui ont toujours dénoncé le petit crédit ont cautionné un système similaire dans la gestion des institutions de prévoyance publique dans lesquelles ils étaient politiquement ou paritairement engagés. Cette erreur, nous ne pouvons nous permettre, vis-à-vis de l'ensemble des citoyens de ce pays, de la commettre à nouveau dans le premier pilier.
A l'heure où il est incontournable d'allonger la période de cotisation - le débat autrichien nous démontre d'ailleurs l'aspect général de ce problème de prévoyance en Europe occidentale et la pertinence des réflexions qui sont en cours chez tous nos voisins - à l'heure où il faut allonger cette période de cotisation, il est déraisonnable de suivre tant la majorité que la minorité I (Goll).
Il convient encore de dénoncer un a priori qui est faux. Les petits salaires ne sont pas forcément ceux des travaux les plus pénibles en termes physiques, ou ceux qui nécessiteraient automatiquement ou de manière majoritaire un départ à la retraite anticipé. Je crois donc qu'il convient dans l'esprit libéral de permettre aux actifs de choisir une retraite à un moment qui doit être flexible, mais avec une responsabilisation des rentiers, de manière à ce que les conséquences financières de leur choix soient assumées en fonction du départ à la retraite.
C'est ainsi qu'en toute cohérence et en toute transparence, au niveau financier et pour assurer la pérennité du premier pilier, il convient de suivre la minorité II (Triponez), c'est-à-dire la version du Conseil des Etats.