Cottier Damien · Nationalrat · 2024-03-07
Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2024-03-07
Wortprotokoll
Il y a quelques jours à Zurich, un homme a été attaqué dans une agression qui aurait pu s'avérer fatale, et il l'a été probablement pour le simple fait d'être juif. Cette attaque laisse sans voix. Elle est d'une profonde gravité. C'est une attaque contre une personne, contre sa religion. Mais c'est bien plus: c'est une attaque contre nous tous, contre ce qui fait la Suisse et son ciment national, contre le respect de l'autre, de sa différence, contre nos valeurs constitutionnelles. J'aimerais ici transmettre un message d'émotion profonde, de solidarité et de soutien à la victime, à son entourage et à toute la communauté juive de Zurich et de Suisse.
Nous assistons malheureusement à une multiplication des actes antisémites partout en Europe et aussi en Suisse, depuis quelques mois, depuis les attentats abominables du 7 octobre 2023 menés par le Hamas et la réaction israélienne qui a suivi et qui provoque des souffrances hors de toute proportion pour les populations civiles de Gaza. Le Centre romand de lutte contre l'antisémitisme et la diffamation (Cicad) a recensé pas moins de 944 actes antisémites en 2023 en Suisse romande. Cela représente une hausse des cas de 68 pour cent par rapport à l'année précédente. Toujours selon la même source, on est passé de 42 actes antisémites par mois en moyenne avant le mois d'octobre - ce qui est évidemment déjà beaucoup trop - à plus de 150 actes par mois par la suite. Le phénomène a donc triplé, c'est dire la gravité de cette évolution.
Par cette motion, votre Commission des institutions politiques vous propose d'agir en ciblant les points faibles du dispositif suisse.
En 2020, un rapport d'experts établissait une évaluation des mesures fédérales, cantonales et communales de lutte contre l'antisémitisme. Il passait en revue ce qui se faisait en émettant des propositions d'amélioration. La première de ces recommandations était de proposer non pas une stratégie fédérale, mais une stratégie nationale en la matière avec un plan d'action. Et c'est ce que propose votre commission, tout en soulignant que cette stratégie ne visera pas uniquement l'antisémitisme, mais toute forme de racisme. Elle devra être l'oeuvre d'un travail commun de la Confédération et des cantons, d'où cette notion de stratégie nationale commune. Le but de cette stratégie sera d'assurer la cohérence et la complémentarité des actions menées aux niveaux fédéral, cantonal et communal, ainsi que par les organisations privées, et de veiller à combler les lacunes, à éviter d'en rester à des actions ponctuelles ou réactives, parfois mises sur pied suite à une actualité, mais sans qu'il y ait toujours une vision ou des objectifs à long terme, ou sans que les actions soient suffisamment coordonnées.
La motion vise par ailleurs à ce que le Service de lutte contre le racisme soit doté de ressources suffisantes et invite à examiner l'opportunité d'instituer une fonction de délégué à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. L'augmentation des actes racistes et antisémites et leurs conséquences concrètes, parfois même physiquement violentes, sont une attaque contre notre démocratie, notre Constitution et nos valeurs fondamentales. Cette évolution ne peut laisser personne indifférent. Elle nous impose d'agir efficacement.
C'est la dernière fois que j'ai l'honneur de m'exprimer au nom de la Commission des institutions politiques.
Je l'ai fait régulièrement ces dernières années, avec plaisir, et je le fais ici sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur.
La majorité de votre commission vous invite à faire ce pas, à adopter des mesures concrètes et raisonnables contenues dans cette motion. Ces mesures respectent les compétences de chacun des niveaux de notre Etat fédéral, tout en dotant la Suisse d'une véritable stratégie au plan national de lutte contre le racisme et l'antisémitisme.
Une minorité de la commission estime que les mesures actuelles sont suffisantes et que la lutte doit surtout être menée sur le plan cantonal et local.
Par 15 voix contre 7 et 2 abstentions, la commission de votre conseil vous invite à adopter cette motion.