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Walder Nicolas · Nationalrat · 2024-04-16

Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2024-04-16

Wortprotokoll

Par mon postulat, je demande au Conseil fédéral de dresser un état des lieux de l'égalité au sein des instances dirigeantes de l'ONU et de ses agences ainsi que des grandes organisations internationales dans lesquelles la Suisse siège ou qu'elle soutient. Je demande également de préciser les actions et plaidoyers portés par la Suisse dans le but de renforcer la place et le rôle des femmes dans ces institutions.

Le Conseil fédéral, dans son avis du 30 août dernier, nous rassure en nous disant soutenir les démarches favorisant l'égalité des genres entreprises à l'ONU et dans certaines grandes institutions telles que l'OCDE ou le Conseil de l'Europe. Il met également en avant les statistiques de l'ONU, qui présentent un ratio de 46 pour cent de femmes pour 54 pour cent d'hommes pour l'ensemble de son personnel. Pourtant, lorsque l'on regarde les chiffres d'un peu plus près, on voit que le différentiel de genre se creuse de 10 à 20 pour cent en défaveur des femmes dans les postes de direction.

Par ailleurs, son avis reste très sommaire. Seules certaines agences onusiennes sont évoquées et on n'y trouve aucune précision ni sur les autres ni sur les grandes organisations internationales non rattachées à l'ONU, tel le CICR par exemple.

Enfin, si le Conseil fédéral affirme soutenir les réformes et projets en faveur de plus d'égalité, il ne précise pas comment il le fait; une question qui est au coeur de ce postulat.

Dès lors, vu la situation persistante de sous-représentation féminine dans les postes de direction, est-ce vraiment suffisant de soutenir les réformes de l'ONU et d'encourager de manière ciblée les candidatures féminines dans des postes clés? Ceci alors même que la promotion de l'égalité est un objectif affiché du très important chapitre "Démocratie et gouvernance" de notre stratégie de politique extérieure 2024-2027.

La question mérite à notre avis qu'un rapport se penche de manière approfondie sur la question, évalue les progrès réalisés, répertorie les actions en cours et définisse celles qui pourraient être accompagnées par notre pays pour accélérer une égalité effective au sein de ces institutions mondiales stratégiques. Car si l'on entend réellement accroître durablement le rôle des femmes dans le contrôle de nos sociétés, il faut veiller à ce que leur présence soit renforcée au coeur même des sphères de pouvoir. Il en est ainsi des parlements et des gouvernements, comme des conseils d'administration et des directions des grandes sociétés. Comme notre monde est globalisé, une partie du pouvoir se trouve au sein des organisations internationales, des organisations dont on attend qu'elles soient les fers de lance en matière de défense des droits fondamentaux et des valeurs universelles, telle l'égalité, auxquelles la Suisse est très attachée. Des institutions qui promeuvent l'égalité en s'appuyant sur les objectifs du développement durable 2030 de l'ONU, au coeur desquels se trouve l'"empowerment" des femmes, des programmes qui sont souvent très ambitieux, ce qui a d'ailleurs été pertinemment relevé par le Conseil fédéral dans son avis. Or, cette question n'est malheureusement pas toujours une priorité lorsqu'il s'agit de nommer des responsables à la tête de ces organisations. On le voit, les déséquilibres perdurent au sein des directions, tant stratégiques qu'opérationnelles.

Alors que l'Allemagne, sous la direction de sa ministre en charge des affaires étrangères Annalena Baerbock, s'est engagée avec détermination dans une politique étrangère féministe, il nous semble indispensable que notre pays aussi assume sa part de responsabilité dans ce qui est un enjeu majeur pour des relations internationales plus apaisées et moins belliqueuses. Car, à l'évidence, les hommes au pouvoir n'ont pas réussi, jusqu'à aujourd'hui, à répondre aux défis de la coopération. Au contraire, leur propension à tout ramener à leur ego et à n'imaginer des règlements que par la force - à l'instar des Trump, Poutine, Erdogan et Netanyahu - nous mène dans une impasse pavée de violences et de guerres. Cette situation devrait nous inciter à accélérer la promotion des femmes aux affaires internationales, ce qui participera, j'en suis sûr, à promouvoir une diplomatie plus coopérative et un règlement plus pacifique des différends.

Je vous remercie ainsi de soutenir mon postulat qui, rappelons-le, ne vise que l'établissement d'un rapport afin de s'assurer que notre pays a pleinement conscience des enjeux et se donne les moyens de promouvoir l'égalité effective au sein de la gouvernance mondiale.