Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2024-06-03
Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2024-06-03
Wortprotokoll
Il y a quelque chose que je ne comprends pas et que je n'ai jamais compris: lorsque l'on regarde un enfant de 8 ou 10 ans, on constate qu'il saisit tout de suite qu'il ne peut pas consommer plus d'argent, qu'il ne peut pas dépenser plus de pièces de monnaie qu'il n'a dans sa tirelire, sa crousille ou son porte-monnaie. S'il a 10 francs à disposition, il dépensera pour 10 francs au magasin. Tous les économistes, même les plus conservateurs de ce pays ou du monde entier, disent également que l'on ne peut pas à terme consommer davantage de ressources que ce que l'on a à disposition. Tout le monde le comprend très bien quand on parle de finances fédérales et quand il s'agit de discuter notamment du frein à l'endettement, qui est un instrument défendu de façon parfois dogmatique par certaines et certains ici. On ne doit pas dépenser davantage que ce que l'on a à disposition.
Mais alors, si un enfant de 8 ans le comprend, si tous les économistes du monde entier le comprennent pour ce qui concerne les ressources économiques d'un pays, d'un ménage, d'une ville ou d'un individu, pourquoi ne pourrait-il pas en aller de la même manière pour les ressources naturelles? En quoi les ressources naturelles sont-elles différentes des ressources économiques que les individus ou les Etats ont à leur disposition? Cela devrait être une évidence, et beaucoup de chercheurs ou de scientifiques ont cherché à théoriser cette idée de dépassement des limites et cette volonté de garder la consommation des ressources à l'intérieur de certaines limites. Il y a la fameuse notion du jour du dépassement, qui a eu lieu en Suisse il y a quelques jours. En mai, en Suisse, on a consommé davantage de ressources que ce que la planète peut fournir à notre pays. Il y a la notion d'empreinte écologique. Nous consommons en Suisse bien davantage qu'une planète, si l'on ramène la consommation suisse à l'unité de calcul planète. Et puis il y a ce dont nous parlons aujourd'hui, la notion qui est peut-être scientifiquement la plus aboutie et la plus rigoureuse, celle de limite planétaire, qui porte sur toute une série d'indicateurs qui montrent que la Terre est malade parce que nous n'avons pas pris soin de nos ressources naturelles.
Pourquoi cela peut-il se produire? Eh bien, parce que contrairement à l'argent qui se trouve dans la tirelire d'un enfant de 8 ans, lorsque l'on consomme des ressources naturelles, nous n'en voyons pas les conséquences, du moins pas immédiatement. Mais ces conséquences se retournent contre nous de la façon la plus spectaculaire et la plus mortelle qui soit, parfois, avec les dérèglements climatiques, avec l'effondrement de la biodiversité, des phénomènes qui sont maintenant bien documentés, même si la majorité de ce Parlement ne veut toujours pas en tenir compte.
Nous sommes ici sur un texte constitutionnel. Ce n'est pas le lieu pour parler de toutes les mesures concrètes que l'on peut prendre, mais il faut retenir ce constat très simple, qui devrait être une évidence à faire figurer en toutes lettres dans notre Constitution: pour quitter ce modèle de l'hyperconsommation, de l'hypergaspillage, nous devrions nous fixer comme objectif de ne pas dépasser ces fameuses limites planétaires, de ne pas consommer davantage de ressources que ce à quoi nous avons droit.
J'aimerais conclure en disant que c'est tout de même regrettable, face à une telle évidence, que ni la majorité de la commission ni - visiblement - aujourd'hui le Conseil national n'envisagent même un contre-projet. On peut comprendre que certains estiment que la mise en oeuvre de l'initiative avec cette fameuse disposition transitoire aille trop vite - même si reconnaître le travail à faire est aussi un moyen de dire que l'on n'y est pas encore, que l'objectif doit encore être atteint. On peut reconnaître que certains estiment que cela va trop vite. Alors, travaillons sur un contre-projet, gardons cette idée de limites planétaires dans la Constitution et réfléchissons ensuite à la manière de la mettre en oeuvre dans les différentes lois que nous élaborons au quotidien, avec notre Parlement et le peuple en dernier recours, qui choisissent les moyens pour atteindre cet objectif de limitation de la consommation des ressources naturelles.