Stettler Thomas · Nationalrat · 2024-06-03
Stettler Thomas · Nationalrat · Jura · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2024-06-03
Wortprotokoll
Avant d'aborder le fond de la question, il me paraît utile de féliciter les jeunes gens qui ont récolté plus de 100[NB]000 signatures et qui nous soumettent leurs idées pour une Suisse plus durable. Je leur dis même merci, car pendant leur récolte de signatures, ils n'ont pas empêché les gens d'aller au travail en se collant sur la route. C'est déjà cela de gagné. Malheureusement, je n'ai pas trouvé d'autres effets positifs à cette initiative populaire qui, du reste, n'est à mes yeux qu'une autocensure de l'économie et de la population suisse.
Tout d'abord, j'ai pensé que, dans une initiative populaire qui thématise la responsabilité environnementale et la limitation des ressources, je trouverais aussi un parallèle avec l'engagement de l'UDC contre une Suisse à 10 millions d'habitants. Pour limiter l'impact sur l'environnement, il faut freiner le développement démographique qui ronge quotidiennement la terre nourricière en fermant les sillons avec du béton. Mais non, pas un mot là-dessus. Pire encore, le projet nous dit clairement que nous serions encore plus nombreux à nous partager ce gâteau qui, selon l'initiative, devrait être divisé par deux, voire par trois.
Les auteurs de l'initiative prétendent se baser sur les principes du développement durable. C'est faux. Pour être considérée comme durable, une politique doit reposer sur trois axes principaux, à savoir économique, social et environnemental. En matière d'économie, l'initiative est un acte de mort pour plus de la moitié des entreprises qui n'auraient tout simplement plus les moyens de financer leurs besoins en énergie. Pour la société, cela signifierait plus de voitures, plus d'eau chaude, tricoter des pulls en laine pour l'hiver au lieu de chauffer les maisons, s'alimenter aux flocons d'avoine, et des restrictions, voire une interdiction des voyages, et j'en passe, sans oublier que près de la moitié des gens travaillant dans les entreprises disparues auraient perdu leur emploi.
Et l'environnement dans tout ça? Quand la production et l'économie locale seront à terre, tout ce qui manque devra être importé, avec de longs transports par avion, par bateau, par le rail ou par la route. Heureusement, j'ai confiance que la population suisse saura reconnaître le danger du carcan que cette initiative entraînerait en la rejetant massivement dans [PAGE 997] les urnes et que, finalement, l'impact sur l'environnement se limitera au papier utilisé pour la récolte de signatures ainsi qu'à l'énergie des parlementaires déployée pour combattre ce texte.
Je me plais à vulgariser mes propos dans le quotidien d'un agriculteur. Imaginez que l'herbe qui pousse sur son pâturage représente l'énergie produite dans notre pays et que ce que mange son troupeau de bétail représente les besoins en ressources de nos concitoyens. Un jour, une initiative des Jeunes Verts dit au paysan: "Tu ne pourras plus acheter du foin à tes voisins pour donner à manger à tes bêtes." Sachant que, dorénavant, il ne pourra plus nourrir son bétail à sa faim, il devra faire des choix: laisser faire la loi du plus fort et laisser la priorité à la vache qui mange le plus vite ou rationner tout le monde et voir maigrir ses animaux. C'est une de ces deux options que l'initiative nous propose et vous comprendrez que ni l'une ni l'autre n'est envisageable pour l'UDC. Le bon paysan, lui, il va réduire son troupeau.