Tschopp Jean · Nationalrat · 2024-06-03
Tschopp Jean · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-06-03
Wortprotokoll
Dérèglement climatique, érosion de la biodiversité et pollution des sols: voilà les défis qui s'imposent à nous. L'initiative pour la responsabilité environnementale a le courage de poser la question des limites, une notion qui peut parfois déranger. Pourtant, toute activité humaine est confrontée à la notion de limites, à commencer par la liberté. "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui"; la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui a inspiré le catalogue des droits fondamentaux de la plupart des constitutions, donne cette définition de la liberté à son article 4. Et vous rappelez peut-être ce principe à vos propres enfants.
Le concept de limites planétaires permet de définir, dans différents domaines, le niveau de pollution environnementale que la Terre peut absorber avant que les écosystèmes ne s'effondrent. L'objectif de l'initiative est que la Suisse réduise suffisamment son impact environnemental, d'ici dix ans, afin de respecter les limites de la planète.
Le texte de l'initiative évoque l'acceptabilité sociale des mesures qui doivent être prises. Cet élément est essentiel. Nous voulons une écologie sociale. Plus de 70 pour cent de notre impact environnemental est dû à la production de biens importés en Suisse. De nombreux biens consommés en Suisse sont produits dans d'autres pays et le processus de production peut causer des dommages considérables à notre environnement. Avec le prêt-à-porter qui s'est vite transformé en prêt-à-jeter, nous devons repenser notre système économique. Il y a d'abord le coût environnemental de biens de consommation qui traversent la planète. Il y a le coût social de biens produits à l'autre bout de la planète dans des conditions de travail épouvantables, à travailler nuit et jour au péril de la santé du personnel et sans égard pour leurs droits.
N'attendons pas de nouvelles crises pour comprendre que nous devons recentrer notre activité économique dans notre pays sur des biens aussi élémentaires que des masques de protection ou du gel hydroalcoolique, comme nous l'a appris la pandémie de COVID-19, ou, plus récemment, sur le recyclage du verre, avec la fermeture annoncée de l'usine Vetropack à Saint-Prex, dans le canton de Vaud, et sa délocalisation, dont le Conseil fédéral s'est fait à l'idée sans grande réaction, ma foi.
Il est de bon ton de critiquer les contradictions des consommatrices et des consommateurs que nous sommes toutes et tous, mais il faudrait commencer par leur donner une perspective. Trier notre verre sera plus incitatif encore si nous savons qu'il est recyclé dans des filières de recyclage proches de chez nous et dont nous connaissons l'emplacement. Continuer de soutenir qu'une politique industrielle de la Confédération n'est pas une option parce qu'elle coûterait trop cher, c'est passer sous silence la quantité invraisemblable de biens importés, son coût pour la planète, pour notre pays et son coût social en privant tant de femmes et d'hommes de leur métier. C'est minimiser aussi les potentiels considérables d'une économie circulaire déterminée à lutter contre le gaspillage et tous les emplois verts qu'elle peut générer.
Les commentaires n'ont pas manqué après la condamnation de la Suisse par la Cour européenne des droits de l'homme dans son arrêt en faveur des Aînées pour le climat. Les tribunaux peuvent soulever les contradictions de nos autorités, ce grand écart entre l'Accord de Paris sur le climat et les décisions qui s'en distancient sans tenir compte des engagements et des mesures à prendre en vue d'atteindre la [PAGE 1001] neutralité carbone. Ces contradictions, seuls le politique et, in fine, la Suisse, le peuple, peuvent les résoudre. Prenons la juste mesure de ce qu'il nous reste à faire et engageons-nous en faveur de l'initiative "pour la responsabilité environnementale".