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Fivaz Fabien · Nationalrat · 2024-06-03

Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2024-06-03

Wortprotokoll

Dans son opposition à l'initiative des Jeunes Verts, le Conseil fédéral estime que les dispositions en vigueur de la Constitution et les lois qui les mettent en oeuvre sont suffisantes afin de permettre à la Suisse de maintenir les bases de la vie. Pourtant, vu le nombre de rapports publiés chaque année sur la gravité des atteintes à l'environnement, non seulement par les scientifiques, mais aussi par l'administration fédérale, on peut sérieusement en douter.

Voici quelques exemples. Les rapports sur la qualité de l'air sont accablants dans de nombreuses régions, en particulier durant l'été, avec la formation d'ozone. Dans ce sens, nous avions décidé de taxer les précurseurs de l'ozone - les fameux composés organiques volatils -, afin qu'ils soient, à terme, éliminés ou limités. Raté: le Parlement souhaite supprimer cette taxe comme si tout allait bien.

Dans le même registre, de nombreuses régions sont régulièrement affectées par les particules fines émises par le trafic. Cependant, plutôt que s'attaquer aux causes, nous gérons leurs conséquences sur la santé. Une étude de l'ATE le montre: la qualité de l'air engendre près de 2300 morts chaque année. Plus de 12[NB]000 enfants sont touchés par les bronchites chroniques. Cela occasionne chaque année plus de 14[NB]000 jours d'hospitalisation pour un coût, comprenant la réduction de l'activité professionnelle, estimé à 7 milliards de francs. Raté, donc.

La qualité des eaux continue également de se dégrader dans certaines régions, en particulier sur le Plateau. De nombreux cours d'eau ne peuvent plus jouer leur rôle d'habitat naturel. Ils sont pollués par les substances chimiques émises par les produits que nous consommons, ou rendus invivables, notamment en raison des intrants provenant de l'agriculture industrielle ou des rejets industriels. C'est encore raté.

Les sols sont précieux. Ils sont la base de l'agriculture et un réservoir énorme de CO2. Ils pourraient d'ailleurs l'être encore plus, mais sont menacés par l'extension des zones à bâtir, par l'érosion ou encore par la minéralisation liée à l'agriculture industrielle. Obnubilés par les rendements à court terme, nous ne faisons rien pour les sauver. Environ un demi-mètre carré de terre arable est bétonné chaque seconde en Suisse. Certaines terres agricoles cultivées industriellement ne vont pas mieux. 17 pour cent des terres assolées sont gravement menacées par l'érosion. Toujours raté, donc.

La biodiversité souffre encore et toujours. Le nombre des espèces menacées d'extinction continue d'augmenter en Suisse. La quantité et la qualité des espaces protégés ne sont tout simplement pas suffisantes. Le Conseil fédéral a récemment publié la liste rouge des abeilles sauvages menacées. Bilan: plus de 45 pour cent des espèces sont menacées et presque 10 pour cent sont déjà éteintes en Suisse. Ce n'est que la pointe de l'iceberg. Les scientifiques alertent depuis de nombreuses années sur l'effondrement de la biomasse, en particulier celle des insectes. Ce n'est une bonne nouvelle que pour la calandre de votre voiture. Les insectes sont indispensables à la pollinisation. Ils sont centraux dans les chaînes alimentaires, en particulier pour les oiseaux et la petite faune. C'est donc encore raté. Finalement, difficile de faire le tour de la question sans rappeler que nos émissions de CO2 sont largement incontrôlées et contribuent massivement au réchauffement climatique mondial. Les émissions de CO2 par habitante et par habitant, globalement, c'est-à-dire en prenant en compte les émissions grises importées, sont énormes en Suisse; elles représentent plus de 12 tonnes par an. C'est le double de la France ou un tiers de plus que l'Allemagne. Nous sommes au 18e rang mondial dans ce classement peu reluisant. Définitivement raté, donc.

Quand comprendrons-nous que le mythe de la Suisse propre en ordre, respectueuse de la nature et de l'environnement, est tout simplement faux? Que par le développement des infrastructures, par l'étalement urbain, par l'agriculture industrielle, par les rejets toxiques des entreprises ou ceux liés à notre consommation, nous polluons et sapons, chaque jour, les bases de la vie chez nous et sur notre planète. Car cela ne va pas mieux ailleurs. Selon la dernière analyse, six limites planétaires sur neuf sont dépassées et les processus naturels fortement perturbés. En gros, il n'y a que trois systèmes qui sont fonctionnels: la couche d'ozone - rappelons ici que c'est grâce à un accord international multilatéral de la fin des années 1980 que nous avons inversé la tendance -, la charge en aérosols et l'acidification des océans. Pas[NB]de[NB]quoi[NB]se[NB]réjouir, donc. L'initiative populaire des Jeunes Verts propose un cadre clair, scientifique, qui couvre l'ensemble des problèmes environnementaux auxquels nous sommes confrontés.

Je la soutiendrai clairement. Et si vous estimez que dix ans sont un laps de temps trop court pour le respecter, soutenez au moins la proposition de la minorité I (Trede).