preparatory:AB 346306
Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-09-25
Wortprotokoll
C'est avec conviction que j'ai repris la motion déposée par mon collègue Hurni, car je pense comme lui que nous n'agissons pas assez fermement face à la pénurie de médecins, principalement de généralistes, qui menace notre pays. Nous ne sommes pas les seuls à tirer la sonnette d'alarme et notre ancienne collègue verte Yvonne Gilli, présidente de la FMH, citait en janvier 2023 une étude prévoyant "une aggravation impitoyable" de la pénurie, avec un manque de 5500 médecins à l'horizon 2040, pénurie expliquée en partie par le fait qu'un médecin en activité sur deux est âgé de plus de 50 ans, et un sur quatre de plus de 60 ans.
Le problème fondamental est que la Suisse ne forme pas assez de médecins et se repose sur la main-d'oeuvre étrangère, honorant certes la libre circulation des personnes, mais créant une dépendance pour notre pays en bénéficiant d'investissements faits dans d'autres pays. En Suisse, environ 40 pour cent des médecins en exercice sont d'origine étrangère, dont la moitié viennent d'Allemagne et les autres d'Italie, de France ou d'Autriche.
Un chiffre interpelle encore plus: en 2023, la Suisse n'a octroyé que 1284 diplômes fédéraux de médecine, mais a reconnu 3363 diplômes de médecins étrangers. Entre 2020 et 2023, chaque année 60 à 70 pour cent des médecins admis à pratiquer sont porteurs de diplômes étrangers. Sur cette même période, il n'y a eu aucune progression du nombre de diplômes fédéraux délivrés par 100[NB]000 habitants par an, soit environ 14. Le constat est donc on ne peut plus clair: nous ne formons pas assez de médecins et devons en faire venir de l'étranger, ce qui est pour le moins paradoxal.
Près de 60 pour cent des personnes qui souhaitent devenir médecins en Suisse sont éliminées au cours de leur formation, car notre pays restreint énormément l'accès aux études. A la fin, on se retrouve avec 40 pour cent de médecins en activité qui sont d'origine étrangère. Quelque chose ne fonctionne pas dans ce système, d'où la nécessité d'une intervention de la Confédération. En Suisse, les personnes qui étudient la médecine doivent déployer d'énormes efforts et consentir à des sacrifices, d'abord pour décrocher leur diplôme, puis dans le cadre de leur activité, en raison des conditions de travail particulièrement pénibles vu la pénurie qui existe déjà. Il n'est donc pas étonnant donc qu'au terme de ce parcours du combattant ils aient souvent tendance à se diriger vers des spécialités mieux rémunérées que la médecine de premier recours.
Or, ce choix aggrave la pénurie de médecins généralistes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: 52 pour cent des personnes au bénéfice d'une autorisation de pratiquer sont titulaires d'un titre de spécialiste contre 35 pour cent pour les titres de premier recours. Des études ont pourtant montré que les systèmes de santé ayant une forte proportion de médecins généralistes tendent à avoir de meilleurs résultats en matière de santé publique et des coûts de santé moindres. Idéalement, le ratio devrait être de 60 contre 40 en faveur des généralistes, afin de garantir un accès équilibré aux soins primaires et spécialisés tout en favorisant la prévention et la gestion des maladies au sein de la population. Dans notre pays, ce ratio est inversé, ce qui participe clairement à l'augmentation des coûts des soins.
Certes, la question de l'approvisionnement en soins, comme celle de la formation, relève de la compétence des cantons, mais nous devons donner une impulsion pour anticiper les graves problèmes qui, à plus ou moins long terme, nous concerneront tous - et pas seulement les régions rurales -, car la stratégie de la Confédération est insuffisante face à la pénurie de médecins.
Cette motion vient d'ailleurs à point nommé dans notre ordre du jour, puisqu'elle reprend les revendications de la pétition déposée le 12 septembre dernier par l'organisation Médecins de famille et de l'enfance Suisse, qui demande de former davantage de médecins pour garantir les soins de base, en formant plus de médecins, en augmentant le nombre de postes d'assistanat en cabinet pour la formation postgraduée et en donnant une impulsion nette en faveur de la médecine de famille. Cette motion est également tout à fait cohérente avec la motion Roduit 23.3293 qui demande de supprimer le numerus clausus et qui a été adoptée récemment par les deux conseils.
J'espère vous avoir convaincus que nous sommes face à une bombe à retardement, d'autant plus que le vieillissement de la population va inéluctablement rimer avec des besoins accrus en soins. Mettons en place une politique ambitieuse pour lutter contre la pénurie de médecins, en étudiant notamment les pistes et les moyens permettant d'augmenter significativement le nombre de postes de formation[NB]prégraduée[NB]et[NB]postgraduée, et poursuivons les efforts pour valoriser et encourager le choix de la médecine de premier recours!
Pour toutes ces raisons, je vous invite à soutenir la motion Hurni.