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Sommaruga Carlo · Ständerat · 2024-12-10

Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-12-10

Wortprotokoll

Les arguments que j'ai développés tout à l'heure concernant l'interdiction du Hamas valent aussi pour le Hezbollah. Je reste persuadé qu'aujourd'hui, le fait d'établir cette liste complète des organisations considérées comme des organisations terroristes, qu'il faut chaque fois mettre à jour, pose un problème de politique extérieure pour la Suisse. C'est clair. Je pense que la proposition Roth Franziska est juste. Il faut aussi que la dimension de politique extérieure soit prise en considération dans la décision d'interdire des organisations qui sont proches des Frères musulmans. En effet, ce mouvement est actif politiquement dans d'autres pays arabes, qu'on soit d'accord ou pas, parce que les Frères musulmans proposent un Etat religieux, avec une loi religieuse, ce qui est absolument le contraire de ce que je pense, puisque je suis quelqu'un d'athée qui combat le fait qu'il y ait un lien entre la religion et l'Etat. De plus, je suis un démocrate, et ce type d'organisation vise à combattre le modèle démocratique qui est le nôtre. Cependant, la Suisse a un rôle particulier à tenir, celui de la négociation et de la médiation.

Je pense donc, et je l'ai dit tout à l'heure, que si l'on procède à une interdiction avec le Hezbollah, en plus du Hamas, on aura des pressions pour interdire d'autres organisations, par exemple - je l'ai dit tout à l'heure -, de la part de la Turquie. Toutefois, d'autres pays pourraient exercer des pressions sur nous. Je rappelle que la Turquie a réussi à faire changer de position la Suède par le biais d'un chantage politique, car pour que la Suède puisse entrer dans l'OTAN, il a fallu qu'elle reconnaisse le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) comme étant une organisation terroriste et qu'elle renvoie en Turquie des militants du PKK qui étaient réfugiés en Suède.

J'aimerais juste attirer votre attention sur le fait qu'aujourd'hui en Syrie, il y a un mouvement qui s'appelle Hayat Tahrir al-Cham (HTC), qui est descendant du Front al-Nosra, qui était un des bras d'Al-Qaïda. Ce mouvement est interdit par l'Union européenne. Aujourd'hui, l'Union européenne ne peut donc pas avoir de contact avec le HTC, même pour organiser le futur de ce pays. On se tire donc une balle dans le pied, même en tant que Suisse, si l'on commence à interdire toutes ces organisations, puisqu'on sera face à des contradictions au moment où l'on pourra jouer un rôle essentiel. Alors oui, le Conseil fédéral a dit tout à l'heure et répétera qu'il faut garder les marges de manoeuvre nécessaires à la diplomatie et que, finalement, l'interdiction ne changera peut-être pas grand-chose. Toutefois le signal est clair et est donné de manière très ferme vis-à-vis des acteurs locaux du Moyen-Orient ou plus globaux du monde arabe.

Ce que j'entends des déclarations de notre collègue Salzmann et de notre collègue Burkart, c'est que ce n'est pas tellement la nature terroriste des organisations qui pose problème. C'est le fait qu'il s'agisse d'organisations terroristes engagées contre Israël. En fait, cette proposition, comme celle en faveur de l'interdiction du Hamas, sert à défendre les intérêts d'Israël. Alors là, je commence à avoir des doutes sur l'objectif de ces interdictions. Est-ce que l'on est vraiment là pour interdire une organisation qui pourrait avoir des conséquences négatives sur la sécurité interne de la Suisse ou sur la politique extérieure de la Suisse? Si cela concerne la lutte contre le financement des organisations terroristes ou la lutte contre des personnalités qui prônent le terrorisme, c'est parfaitement justifié. Cependant, quand on vient au cours du débat dire que c'est parce que le Hezbollah attaque Israël qu'il faut l'interdire, excusez-moi, ça n'a pas de place dans notre discussion au sujet des intérêts de la Suisse, que nous devons défendre ici.