Sommaruga Carlo · Ständerat · 2025-06-04
Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-04
Wortprotokoll
Je ne suis pas un spécialiste des PFAS, mais je me suis informé, et je ne vais pas répéter l'intervention très documentée de notre collègue Mathilde Crevoisier Crelier ni encore celle de notre collègue Tiana Moser, qui ont été extrêmement précises sur les conséquences à long terme des PFAS. Je rappelle simplement les catégories de maladies, sans en donner la liste complète, parce que c'est quand même quelque chose d'important à retenir au moment de ce débat : ce sont des problèmes immunitaires, des cancers, des problèmes hormonaux et thyroïdiens, des problèmes de reproduction et de développement, et enfin, également, des effets métaboliques et cardiovasculaires, des maladies hépatiques. Tout cela est prouvé par la science et, même si, à première vue, on ne voit pas l'ampleur de la dangerosité de ces substances, cette dangerosité est attestée. Alors on doit aujourd'hui se poser une question : doit-on prendre ou ne doit-on pas prendre de mesures ?
Le canton de Saint-Gall a effectué des mesures, et on voit qu'il y a une toxicité, avec des conséquences, mais ce n'est pas le seul canton. Je rappelle que le canton de Genève a procédé, entre 2017 et 2022, à des analyses de l'eau pour savoir si elle contenait des polluants éternels, des PFAS, et il y en a. Il existe même une carte, que vous pouvez consulter, sur l'état de la pollution de l'eau à Genève. Mais on n'a pas attendu aujourd'hui, demain ou après-demain pour mettre en place des mesures. Le canton a déjà lancé des mesures de dépollution et les Services industriels de Genève, qui distribuent l'eau à la population, ont aussi pris des mesures pour que le niveau ne devienne pas problématique, mais reste nettement en dessous des normes de protection.
Ce qu'il faut mettre au centre de la réflexion, c'est le principe de précaution. En tant qu'élu genevois, je ne peux pas dire à la population de mon canton : "On va faire quelque chose au niveau des normes de protection contre les PFAS. On va ralentir la mise en oeuvre et négocier les niveaux. Et après, vous allez continuer à manger de la viande, de la 'Bratwurst' de Saint-Gall par exemple, qui pourrait avoir des taux de PFAS élevés." Non, ma responsabilité en tant qu'élu, c'est de protéger la population de mon canton.
Je comprends tout à fait le problème des producteurs, qui risquent effectivement de subir des pertes importantes. Or, il y a le principe du pollueur-payeur. Les paysans ont subi cette situation contre leur volonté - pas en connaissance de cause - et il y a donc des responsables. Et peut-être que ces responsabilités économiques doivent être assumées par celles et ceux qui ont mis à disposition un engrais qui posait problème, même si ce sont des entités publiques, même si ce sont des entités qui appartiennent aux communes ou aux cantons. Et puis, il y a peut-être une réponse collective à apporter, une réponse de l'État, au niveau fédéral, cantonal ou communal, pour faire face aux pertes que subissent les agriculteurs lorsque leur viande est contaminée de manière importante.
On ne peut pas envisager de dire en toute bonne conscience qu'on sait qu'il y a une contamination mais qu'on abaisse les valeurs limites pour pouvoir dire ensuite que ces valeurs sont respectées et pour continuer à alimenter notre population avec ces produits. Personnellement, je ne peux pas tolérer cela vis-à-vis de la population genevoise. Si vous le tolérez dans d'autres cantons, c'est votre choix, mais en tout cas je considère que ce n'est pas responsable. Je vous invite donc à refuser cette motion en gardant à l'esprit votre responsabilité.