Gaillard Benoît · Nationalrat · 2025-06-11
Gaillard Benoît · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-11
Wortprotokoll
Dans l'obscurité, la démocratie meurt. Sur cette phrase, je suis sûr que nous serons tous et toutes d'accord. Elle résume bien l'enjeu et explique que nous menions le débat sur cette initiative avec vigueur. Essentiellement, deux questions se posent à nous. D'abord, qu'achetons-nous avec la redevance ? Le prix est-il le bon ? Ensuite, que se passerait-il si la SSR et ses chaînes étaient affaiblies ?
Vous me permettrez de prendre ces deux questions à la suite. D'abord, de quoi la redevance est-elle le prix ? Lorsque nous parlons comme aujourd'hui de médias, nous ne parlons pas d'un produit comme d'un autre. Nous parlons de l'une des infrastructures de base de la citoyenneté. Pour se faire un avis, pour participer aux décisions et pour voter, il faut être informé ; il faut l'être par des sources plurielles, diverses et parfois contradictoires. Dans le marché médiatique d'aujourd'hui, la présence d'un pôle public aux côtés des éditeurs privés est le garant de cette diversité.
Il ne s'agit donc pas aujourd'hui de nous demander si les offres médiatiques de la SSR sont toujours bonnes ou toujours mauvaises ni de savoir si elles sont meilleures ou pires que ce qu'offrent les éditeurs privés de journaux ou de chaînes de télévision. Parfois - scoop -, les journalistes de la SSR se trompent. Parfois, ils font du mauvais travail. Parfois, ils corrigent ou améliorent les informations que d'autres ont publiées. Parfois, les autres se trompent et on est content de les avoir. En réalité, les offres médiatiques n'existent et n'ont de valeur que parce qu'elles se contredisent et se complètent. Le jour où il n'y a plus qu'un média, il n'y a plus de [PAGE 963] média ; il n'y a plus de débat organisé non plus et il n'y a qu'une pensée unique.
Avec notre redevance, nous achetons le fait que les Tessinois et les Romands ont droit à un téléjournal du soir et un journal radio du matin d'une qualité comparable à ceux des Alémaniques. Nous achetons le ticket d'entrée pour[NB]une[NB]démocratie[NB]vivante dans les régions et pour une information en profondeur des citoyens. À ce prix, ce n'est pas si cher.
Venons-en à la seconde question, que l'on pourrait appeler la question du gâteau : en réduisant la taille de la SSR, augmentera-t-on la place à disposition des prestataires privés sur le même marché ? Une population qui reçoit moins d'informations et de programmes de la RTS en achètera-t-elle davantage auprès des médias payants ? Malheureusement, cette arithmétique de coin de table ne tient pas la route. Le marché des médias n'est pas fait de vases communicants. Ce qui se passera est évident : d'autres producteurs, parfois guidés par des intérêts étrangers, prendront le relais sur les différentes plateformes et offriront leur contenu gratuitement, sauf que la contrepartie de cette gratuité ne sera pas une redevance payée sous contrôle démocratique à une institution publique. La contrepartie sera l'exposition à des techniques publicitaires manipulatoires et abrutissantes ou à de la propagande orientée. Au contraire, la recherche scientifique démontre que l'envie de s'informer augmente avec le niveau d'information.
Comment détruit-on la cohésion d'un pays ? En donnant l'impression à ses régions, y compris périphériques et linguistiquement minoritaires, qu'elles ne comptent pas. Le Tessin ou la Suisse romande seront les premières victimes des coupes dans l'offre de la SSR. La redevance n'est pas une bête charge parmi d'autres, c'est une cotisation, c'est une cotisation à l'avenir de la Suisse dans sa diversité. Comment mine-t-on durablement la culture démocratique ? En réduisant l'offre médiatique et l'offre d'information diversifiée, sur le local comme sur le global. Je l'ai dit précédemment : c'est ce qui se passerait avec cette initiative. Le prix à long terme est bien plus élevé que l'économie à court terme.
Le jeu en vaut-il la chandelle ? Je ne peux que comprendre les difficultés des médias privés. Ils travaillent dans un contexte qui se durcit. La tentation est forte de raboter chez le voisin quand on doit couper chez soi. Or, en réalité, le besoin d'un service public complémentaire couvrant toutes les régions et s'intéressant à toutes les audiences, y compris les moins lucratives, n'est pas moins fort : il est plus fort qu'avant. Si nous n'y répondons pas, tout le monde y perdra, y compris les éditeurs privés.
Pour la Suisse, pour notre démocratie et pour nos régions, je vous invite à recommander au peuple et aux cantons de rejeter l'initiative.