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Walder Nicolas · Nationalrat · 2025-06-11

Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2025-06-11

Wortprotokoll

La seule chose avec laquelle je suis pleinement d'accord dans cette initiative, c'est que ça suffit! Depuis bientôt 10 ans, la SSR fait l'objet d'attaques répétées des milieux de droite nationaliste avec toujours le même objectif : faire taire ce média public qui a l'outrecuidance de nous offrir une information objective, diversifiée et largement appréciée de notre population. Les pourfendeurs des médias de service public en remettent ainsi aujourd'hui une couche avec l'initiative "200 francs, ça suffit!", cela au mépris total de notre population qui avait déjà, faut-il le rappeler, massivement rejeté l'initiative "No Billag" en 2018, avec 71,6 pour cent de non et à l'unanimité des cantons.

Chères et chers collègues, on le sait, taper au niveau du porte-monnaie est une recette populiste et simpliste qui flatte le consommateur. Mais les initiants ont-ils bien mesuré toutes les conséquences qu'une acceptation de leur texte ferait courir aux fondements de notre cohésion nationale et à nos principes démocratiques ? Mais peut-être est-ce là leur vrai objectif, affaiblir notre démocratie. Si l'on y regarde de plus près, le doute est permis, car les mouvements et partis à l'origine de ce combat sont également ceux qui louent les politiques d'Orban, de Netanyahou, de Trump et qui s'opposent bec et ongles aux sanctions prises à l'égard de Vladimir Poutine, autant de dirigeants qui bafouent allègrement l'État de droit, les libertés et les valeurs démocratiques, et qui tous ont pris en grippe les médias qui ne s'alignent pas sur leurs positions idéologiques.

Mesdames et messieurs, à l'heure où les médias font l'objet de manoeuvres d'intimidation, d'infiltration, voire de déstabilisation de puissances étrangères à grand renfort de "fake news", il est de notre devoir de garantir des contenus fiables et objectifs sur les canaux traditionnels comme sur les plateformes numériques, ce que les médias privés aux mains de milliardaires d'extrême droite comme Bolloré ou Blocher n'offrent de loin pas. Bien au contraire, ils utilisent leur fortune pour diffuser massivement des messages qui divisent la population en stigmatisant et discréditant, ici, les étrangers, les homosexuels ou les féministes et, là, les fonctionnaires, les scientifiques ou même les citadins. Et outre la démocratie, les conséquences d'une telle initiative extrémiste seraient dramatiques dans bien d'autres domaines, car sous prétexte de réduire la facture des Suisses et Suissesses et des entreprises, elle menace aussi la cohésion sociale. Une redevance à 200 francs par ménage et une exonération totale des entreprises seraient assurément ravageuses en matière d'emplois sur l'ensemble du territoire jusque dans les zones plus fragiles économiquement de notre pays.

Cette initiative porte aussi atteinte à l'unité nationale. En effet, avec deux fois moins de moyens, comment la SSR pourra-t-elle encore garantir la création et la diffusion de programmes et d'informations de qualité dans toutes les langues nationales sur l'ensemble de notre territoire avec une qualité reconnue ? Sans oublier que s'attaquer à la redevance c'est aussi menacer de nous couper de la cinquième Suisse, de briser ce lien si précieux qu'entretiennent quotidiennement des centaines de milliers de concitoyennes et concitoyens à l'étranger avec leur pays. Swissinfo et la participation à TV5 Monde, notamment, sont à cet égard particulièrement précieuses.

S'attaquer à la redevance, c'est risquer d'appauvrir la culture, sa diversité et son rayonnement à l'international. Car la SSR ne pourrait plus jouer son rôle clé de soutien principal à la production de programmes, de films, de documentaires qui[NB]font[NB]rayonner notre pays dans les festivals et événements du monde entier, comme on a pu le voir encore récemment avec l'organisation du concours Eurovision de la chanson à Bâle.

Enfin, s'attaquer à la redevance, c'est se priver d'un outil très efficace de promotion économique et touristique, grâce entre autres aux collaborations de la SSR avec TV5 Monde ou 3sat, qui permettent de diffuser les informations suisses, mais aussi des programmes faisant la promotion de nos paysages et de nos produits dans les foyers et chambres d'hôtel du monde entier.

Ajoutons à tous ces dangers, et ce n'est pas le moindre des arguments, que cette initiative est dépassée avant même d'être soumise au peuple. Car face à la nécessité de s'adapter aux défis contemporains et aux habitudes de consommation, la SSR a su entreprendre des réformes profondes afin de rester une entreprise dynamique et innovante en phase avec tous les publics. Et, si je n'ai pas toujours été d'accord avec les réformes proposées, force est de constater que la SSR est suffisamment agile pour s'adapter, encore faut-il lui en laisser le temps et les moyens.

Chères et chers collègues, vous l'avez compris, l'initiative "200 francs, ça suffit!", sous couvert d'économies pour les ménages et les entreprises, porte directement atteinte à notre pays. En votant, rappelez-vous que l'unité nationale, la cohésion sociale et la qualité de l'information ont certes un coût, mais elles n'ont pas de prix. Merci dès lors de suivre la position du Conseil fédéral, des commissions, ainsi que l'appel de dizaines d'organisations de tous les secteurs de la société civile qui vous enjoignent de ne pas abandonner l'information aux mains de quelques milliardaires peu scrupuleux qui n'ont que faire de notre démocratie.