Epiney Simon · Ständerat · 2003-06-18
Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2003-06-18
Wortprotokoll
Au moment où les vins suisses se font connaître en remportant de nombreuses distinctions et médailles d'or sur la scène internationale, la récolte du chasselas et du Müller-Thurgau se vend paradoxalement mal. Les raisons sont diverses.
L'ouverture des frontières imposée par les Accords de l'Organisation mondiale du commerce a fragilisé la vente des vins blancs indigènes. Dorénavant, on peut importer autant de blanc que de rouge, ce qui a amené à la situation suivante: en 1996, on importait 15 millions de litres de vin blanc pour la consommation indigène; en 2002, près de 25 millions de litres de vin blanc passent nos frontières. En dix ans, l'importation a augmenté de plus de 150 pour cent. Même si le commerce de vin blanc indigène détient encore les deux tiers du marché helvétique, la Suisse importe globalement 55 pour cent des vins qu'elle consomme et n'en exporte que 2 pour cent. Le dumping sur les vins blancs étrangers provoque une véritable distorsion de la concurrence. Les prix moyens de vin blanc en fût importé de moins de 13 pour cent d'alcool ont encore baissé de plus de 20 pour cent pour se situer aujourd'hui à 1.05 franc le litre. De plus, les habitudes des consommateurs changent. Il y a lieu de s'accommoder du goût, même versatile, du client. Par exemple, les jeunes recherchent aujourd'hui un registre plutôt affectif, ils recherchent du vin en barrique ou en assemblage.
Le Suisse ne considère pas son pays comme une terre viticole. Il apprécie, à tort à mon sens, le vin blanc indigène en tant que vin de bas de gamme. La consommation diminue, des excédents récurrents déstabilisent le marché et ternissent l'image de nos crus.
Le viticulteur constate que ses revenus fondent presque dans l'indifférence générale. L'endettement s'aggrave, le prix du vin et des vignes chute, les grandes surfaces dictent les prix et vampirisent les relations commerciales. Les banques se désengagent, privant le commerce de vin de liquidités pour s'acquitter des premiers versements de la récolte.
Dans certains cantons, dont le mien, le revenu viticole représente la moitié du revenu agricole. Les producteurs ont, Monsieur le Conseiller fédéral, le sentiment d'être abandonnés, la colère gronde, ils se sentent victimes d'une injustice, d'une inégalité de traitement: la Confédération semble agir selon deux poids et deux mesures. De surcroît, les cultures spéciales nécessitent davantage de main-d'oeuvre et cela est insuffisamment pris en compte. Même les vignes en terrasses, joyau du paysage, sont menacées par les friches. [PAGE 664]
Le fonds viticole de 35 millions de francs alimenté par les taxes à l'importation pourrait être utilisé pour renforcer les mesures d'accompagnement qui sont nécessaires pour la reconversion du vignoble, l'élimination des stocks ou pour d'autres mesures de soutien. La viticulture suisse est sur le point de réussir sa restructuration. Elle maîtrise la récolte, elle accélère le réencépagement, mais elle a besoin d'un dernier coup de pouce en pouvant utiliser le fonds viticole. Les représentants des cantons concernés ont fait valoir récemment leurs doléances. Conformément à l'article 2 alinéa 2 de la Constitution fédérale, la Confédération doit veiller à garantir notamment la prospérité commune et à assurer la cohésion nationale et sociale.
Merci, Monsieur le Chef du département, d'avoir déjà, dans votre réponse, répondu presque totalement à nos préoccupations. Il manque encore le dernier coup de pouce pour que ce secteur-là ne soit pas le parent pauvre de la manne agricole.