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Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2025-06-16

Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-16

Wortprotokoll

Je viens défendre la position de ma minorité, qui propose de donner suite aux deux initiatives des cantons du Tessin et du Valais, ce qui n'a pas été dit correctement par notre présidente.

Trente-et-unième : voici le rang de la Suisse - soit la dernière position - dans un classement des pays de l'OCDE effectué par l'Unicef en 2019 sur la politique en faveur des familles. Le 22 mai dernier, lors de notre séance de commission, la minorité que je représente avait espoir que le positionnement de la Suisse serait amélioré. Mais, à la fin de la journée, nous avions plutôt un oeil qui rit et un oeil qui pleure. Nous avons discuté de quatre initiatives de cantons qui visaient l'élaboration d'un projet d'acte législatif pour l'introduction d'un congé parental. Deux d'entre elles ont été soutenues et transmises à nouveau à la commission soeur du Conseil des États avec une petite subtilité, puisque la majorité de la commission avait déjà donné sa préférence à une solution axée sur la flexibilisation des congés maternité et paternité déjà existants, plutôt que sur leur extension. Pour le dire clairement, cela affaiblit donc le congé maternité actuel, ce qui constitue une attaque frontale à un congé que les femmes ont acquis de haute lutte.

Aujourd'hui, nous sommes amenés à prendre position sur deux initiatives, l'une déposée par le canton du Valais et l'autre par le canton du Tessin, à savoir les initiatives 24.305 et 24.311, qui visent l'introduction d'un congé parental avec les conditions suivantes.

Le congé parental est d'au moins 20 semaines au total. La part fixe de la mère ne doit pas être inférieure aux 14 semaines actuelles du congé maternité. La part fixe du père ou de l'autre parent doit représenter au moins 20 pour cent de l'ensemble du congé parental. Et enfin, les deux parents doivent pouvoir prendre leur congé parental de manière flexible.

Ces deux initiatives répondent à des critères justes, réalistes et nécessaires pour notre pays. Il ne s'agit pas d'un luxe, mais d'un investissement durable dans l'avenir de notre société, de nos familles et de notre économie. Le modèle actuel, avec 14 semaines pour la mère et 2 semaines seulement pour le père, est déséquilibré, dépassé et inadapté aux réalités contemporaines. Il perpétue des rôles traditionnels rigides et freine l'égalité entre femmes et hommes. Ce déséquilibre structurel dans le partage du congé parental, soit 87,5 pour cent pour la mère contre 12,5 pour cent pour l'autre parent, influe durablement sur la répartition des responsabilités familiales et professionnelles. Le congé parental est synonyme de nombreux bienfaits. Il offre à l'autre parent la possibilité de s'engager dans les premières semaines de vie de l'enfant. Il offre la possibilité aux mères de retourner rapidement travailler. Il favorise le développement plus précoce de la confiance entre l'enfant et son autre parent et, enfin, il sert l'égalité au sein du couple. C'est un geste fort pour l'égalité des chances, mais aussi une réponse à un besoin humain fondamental : celui d'accompagner ensemble les premiers pas d'un enfant. Ce projet n'est pas seulement éthique, il est aussi économiquement rationnel. En améliorant la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, un congé parental adéquat favorise le retour à l'emploi des mères, réduit les interruptions de carrière et, par conséquent, lutte contre les inégalités salariales. C'est aussi un moyen de mobiliser pleinement le potentiel de main-d'oeuvre qualifiée, un impératif alors que la Suisse fait face à une pénurie croissante de personnel dans de nombreux secteurs. Un congé parental rémunéré et paritaire a un coût, mais il est supportable. Il favorise la réinsertion professionnelle, ce qui génère des recettes fiscales supplémentaires. Des études montrent qu'une plus grande égalité est rentable sur le plan économique et qu'à moyen terme, les recettes fiscales et les recettes des assurances sociales dépasseront les dépenses.

Ces deux initiatives de cantons constituent la première étape d'une discussion plus générale. Comme nous le savons, une initiative populaire pour un congé familial est en cours de récolte de signatures. Elle a pour objectif un congé parental de 18 semaines pour chaque parent ; 36 semaines de congé familial, c'est une augmentation de 20 semaines par rapport à la situation actuelle. En comparaison, la solution que visent les initiatives des cantons du Tessin et du Valais semble un bon compromis.

Enfin, n'oublions pas que derrière les chiffres et les débats techniques, il y a des familles, des enfants et une société qui aspire à évoluer.

Au nom de ma minorité, je vous invite à donner suite à ces deux initiatives de cantons sur le congé parental.

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