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Clivaz Christophe · Nationalrat · 2025-06-18

Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2025-06-18

Wortprotokoll

Trois semaines après la catastrophe qui a englouti le village de Blatten, nous restons toujours sans voix devant la puissance des éléments naturels et en pensées solidaires avec les habitants qui ont perdu le fruit d'une vie entière. Grâce à un système de gestion des risques bien rodé et à l'évacuation préventive des habitants, le pire a pu être évité.

La rupture du glacier du Birch marque particulièrement les esprits, parce qu'elle a littéralement englouti un village tout entier. Cependant, elle ne doit pas cacher le fait que la Suisse connaît une recrudescence d'événements météorologiques extrêmes depuis le début du siècle. Rien que l'année dernière, on peut citer le Val Bavona au Tessin, Brienz dans le canton de Berne ou encore le Val Mesolcina dans les Grisons. Dans mon canton, 2024 a aussi été une année particulièrement marquée par les catastrophes naturelles : Vallée [PAGE 1189] de Saas, Haut Val de Bagnes, Val d'Anniviers, sans oublier, bien sûr, Sierre, où 140 personnes ont définitivement perdu leur logement. On entend souvent dire : "il y a toujours eu des catastrophes naturelles". C'est vrai, mais ceci ne doit pas nous aveugler sur le fait que la fréquence et l'intensité de ces catastrophes sont en nette augmentation du fait du réchauffement climatique - 3 degrés de plus, déjà, dans notre pays depuis la fin du XIXe siècle.

Je souhaite, et le groupe des Verts avec moi, que nous puissions continuer à vivre dans les vallées de montagne, car ces dernières font profondément partie de l'identité nationale. Toutefois, je ne veux pas raconter ici des histoires et cacher la réalité : si le climat continue à se réchauffer, cela deviendra de plus en plus difficile, car les mesures de prévention et de protection ne pourront pas être déployées partout, pour des raisons de faisabilité technique et des questions de coûts. Ce n'est d'ailleurs pas que la montagne qui est concernée, car les zones de plaine en Suisse sont et seront, elles aussi, de plus en plus touchées par les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations.

Alors, certes, la Confédération est active en matière de protection du climat et de transition énergétique. La loi sur le climat et l'innovation, la loi sur le CO2 ainsi que la loi sur l'énergie contiennent une série de mesures d'encouragement et d'incitations, mais celles-ci ne sont clairement pas suffisantes pour nous mener au zéro net d'ici 2050.

De plus, dans le cadre de son programme d'allègement budgétaire 2027, le Conseil fédéral prévoit des coupes importantes dans la protection du climat, par exemple en supprimant les subventions pour l'assainissement énergétique des bâtiments ou en réduisant les moyens pour l'électrification des bus de transports publics, pour les trains de nuit ou encore pour le trafic régional.

C'est exactement l'inverse qui est nécessaire : il faut engager davantage de moyens financiers à la fois pour nous adapter au dérèglement climatique et à l'augmentation des événements extrêmes, ainsi que pour réduire rapidement nos émissions de gaz à effet de serre. C'est exactement ce que vise l'initiative pour un fonds climat. Avec ce fonds, nous pourrons investir dans l'assainissement des bâtiments, le remplacement des chauffages, les liaisons ferroviaires internationales, les processus décarbonés dans l'industrie, le développement des énergies renouvelables, comme le solaire, la préservation de la biodiversité, qui nous permet d'augmenter notre résilience, et les puits de carbone naturels, qui stockent le CO2. Mais nous investissons aussi, ce faisant, dans davantage d'emplois durables et sûrs en soutenant les reconversions professionnelles nécessaires, afin que personne ne passe entre les mailles du filet social et afin que nous disposions des spécialistes nécessaires pour la transformation énergétique et climatique.

Si l'on agit maintenant et que l'objectif fixé dans l'Accord de Paris est respecté, les coûts des mesures de protection du climat seront nettement moins hauts que ceux de l'inaction. Le Conseil fédéral estime lui-même qu'un changement climatique non maîtrisé se traduirait par un recul du PIB de la Suisse de 4 pour cent en 2050 et que, en limitant le réchauffement global à 1,5 degré, les coûts du changement climatique ne représenteraient plus que 1,5 pour cent du PIB en 2050, soit une économie de 20 à 30 milliards de francs par an en 2050 ; c'est bien plus que ce que nous demandons par année avec le fonds climat. Dès lors, on comprend bien pourquoi ce fonds ne doit pas être soumis au frein à l'endettement et qu'il contribue en fait à une gestion saine de la dette sur le long terme.

L'absence de volonté des partis du centre et de la droite d'adopter un contre-projet à l'initiative pour un fonds climat montre malheureusement que ces partis considèrent que la situation est satisfaisante et qu'il n'est pas nécessaire d'agir davantage en matière de protection du climat. Et pourtant, fin 2023, nous étions seulement à moins 19,8 pour cent par rapport à 1990 de nos émissions de gaz à effet de serre, alors que notre objectif pour 2030 est déjà de moins 50 pour cent. Des investissements urgents sont donc nécessaires pour adapter nos villes, nos villages, nos infrastructures et nos modes de vie aux changements climatiques. Nous écoutons volontiers les scientifiques et les experts lorsqu'ils préviennent qu'il faut évacuer les zones dangereuses, comme à Blatten, mais nous avons beaucoup plus de peine à écouter les scientifiques et les experts, qui, depuis des années, nous préviennent des effets désastreux du dérèglement climatique, ou les scientifiques que nous avons auditionnés en commission et qui nous disent - même ceux qui sont de fervents défenseurs du frein à l'endettement - qu'en matière de climat il vaut la peine de faire une exception et qu'il est plus avantageux de s'endetter aujourd'hui que de devoir, dans 20 ans, payer beaucoup plus cher pour nous adapter aux conséquences du réchauffement climatique.

Je vous invite par conséquent à donner une perspective d'avenir à notre pays, en particulier à notre jeunesse, en soutenant la minorité Schlatter et en recommandant à la population de dire oui à cette initiative.