Tuosto Brenda · Nationalrat · 2025-06-19
Tuosto Brenda · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-19
Wortprotokoll
Ce sujet revêt une importance capitale pour les habitantes et les habitants de Suisse romande, mais également pour la connexion avec la Suisse alémanique et avec l'ensemble de la Suisse. Depuis des mois, les voyageuses et voyageurs romands subissent des désagréments hebdomadaires au cours de leurs trajets. On parle de milliers d'heures retardées pour des milliers de passagères et de passagers. On parle de personnes qui tentent de se rendre sur leur lieu de travail ou de formation, ou de s'engager dans la vie culturelle, associative ou sportive de leur région. Ce n'est pas une série d'incidents isolés que nous constatons : c'est une détérioration massive, une crise silencieuse du service public ferroviaire. Cette crise a un nom : Lausanne-Genève. Il est temps d'arrêter de traiter ces problèmes comme de simples désagréments passagers. Ce sont des atteintes répétées à des droits fondamentaux, ceux du droit à la mobilité, à la fiabilité des services publics, à l'égalité entre les régions et, au-delà, à l'accès équitable au développement économique entre l'ensemble et toutes les régions de Suisse. Cette ligne, qui est une colonne vertébrale de l'arc lémanique, supporte plus de 60[NB]000 passagers [PAGE 1222] par jour. Elle relie deux centres urbains, deux bassins économiques, deux cantons moteurs. Cependant, elle est vieille de plus de cent-soixante ans. Construite en 1860 - et non en 1960, comme cela est indiqué dans le développement de la motion ; peut-être que ce lapsus vient du déni concernant la vétusté de ce réseau -, elle est basée sur des fondations inadaptées au transport ferroviaire moderne, tant pour les voyageurs que pour les marchandises. Pourtant, la liaison Lausanne-Genève accueillera plus de 100[NB]000 passagers par jour d'ici 2030. Le résultat, aujourd'hui, c'est une ligne unique, saturée, fragile et dépendante d'un seul axe. Un aiguillage défaillant, un signal en panne, une interruption planifiée et c'est tout l'axe qui s'effondre, jusqu'en Suisse alémanique ; des dizaines de trains annulés pendant des heures, sans bus de remplacement, ou alors un bus pour septante passagers ; des passagers et des passagères abandonnés sur les quais, des retards en série et des correspondances qui s'effondrent. Le combo parfait pour rater sa journée de boulot, de stage, de match de volley, de présentation publique, d'interview ou même de session. À force de perturbations, les gens finissent par se dire, avec une certaine logique, "et si je prenais ma voiture, ou mieux, si je cherchais un job là où le train arrive à l'heure ?" - c'est le transfert modal tant attendu, version inversée, brutale, non planifiée, en direction de l'autoroute.
Heureusement, le peuple a dit non. Quelques exemples de la série des incidents. Le 22 août 2018 : accident à Rolle, dérangement de toute la ligne - c'était une interruption totale. Le 9 octobre 2023 : collision avec des animaux et suppression de tous les trains. Le 9 novembre 2023 : affaissement du terrain à Tolochenaz, qui a paralysé tout le trafic ferroviaire pendant plus de vingt-quatre heures, bloquant même les trains de marchandises de la Coop et de la Migros. En 2024, ce sont treize accidents qui ont bloqué la ligne pendant des heures. Depuis le début de l'année 2025, on est à plus d'une dizaine d'accidents survenus pendant les heures de pointe.
Lors d'un incident sur cet axe, les répercussions se font sentir jusqu'à Zurich. Afin d'éviter cet effet domino, les CFF décident parfois même d'interrompre totalement la circulation sur cet axe, afin de contenir les perturbations. Ces événements montrent une chose : notre réseau est trop fragile, et il est urgent d'agir. Nous avons besoin d'un réseau robuste, d'une alternative, d'une vraie redondance ferroviaire entre Lausanne et Genève. Pas dans dix ans : maintenant. C'est précisément ce que vise la motion de notre ancien collègue Roger Nordmann : un doublement complet de la ligne, une véritable infrastructure de rechange pour garantir la continuité du trafic - et ce n'est pas une lubie romande.
La motion de l'ancien conseiller aux États Olivier Français, reprenant exactement ces termes, a été approuvée par le Conseil national et également par le Conseil des États. Je retirerai donc la présente motion, car elle a été acceptée par les deux chambres. Je souhaiterais demander au Conseil fédéral d'en appliquer la décision sans délai ; qu'il nous renseigne sur l'état d'avancement de ce projet, de sa mise en oeuvre, et qu'il nous confirme que le projet "Transports '45" ne remettra pas en question cette infrastructure, qui est nécessaire pour l'ensemble de la Suisse. Ce n'est pas un projet à repousser ni une mesure de confort. Il s'agit d'une artère vitale pour l'ensemble de la Suisse sur le plan économique, que nous devons absolument soutenir aujourd'hui. Nous souhaitons donc rétablir cette confiance avec la Suisse romande et redonner à cette partie de territoire qui est la nôtre un réseau à la hauteur.