Lexipedia

Poggia Mauro · Ständerat · 2025-09-08

Poggia Mauro · Ständerat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-09-08

Wortprotokoll

Je m'exprimerai sur les deux premières invites de la motion de notre collègue Sommaruga, qui ne concerne d'ailleurs pas directement le département qui est ici représenté. Je prie M.[NB]le Conseiller fédéral de m'en excuser. Ces deux premières invites sont des questions de bon sens. Je m'étonne d'ailleurs qu'il faille les exprimer et que l'on ait face à nous une opposition, tant elles expriment ce que doit faire la Suisse dans son rôle international. On parle ici d'humanité, on parle ici de droit international, de justice internationale, d'équité. On parle tout simplement de vie, de mort, de dignité. La Suisse est certainement un petit pays, mais c'est un petit pays qui compte sur le plan international. La Suisse a un rayonnement. La Suisse est écoutée lorsqu'elle s'exprime, certainement pas par les grands de ce monde, qui nous considèrent comme une portion congrue, mais certainement par tous les autres pays. En matière de droit international et en matière de droit humanitaire, nous sommes un phare dans ce monde. Du moins avions-nous la prétention de l'être jusqu'à dernièrement, lorsque nous nous sommes malheureusement effacés devant la force qui a pris le pas sur le droit.

En ce qui concerne la première invite, elle est tout à fait naturelle, elle demande à la Suisse, dépositaire des conventions de Genève, de faire le travail, de faire en sorte que les parties se parlent, que le droit humanitaire soit préservé, que l'on ouvre des couloirs humanitaires pour entrer à Gaza. Et qu'est-ce que je lis[NB]? Je lis que le Conseil fédéral est bouleversé, que le Conseil fédéral est alarmé, que le Conseil fédéral condamne. Nous attendons bien plus que cela de notre Conseil fédéral. Les conventions de Genève appartiennent à la Suisse. Nous en sommes les dépositaires. Nous sommes ici pour rappeler non seulement ce qu'elles contiennent, mais aussi pour faire en sorte que l'ensemble des signataires, et Israël en fait partie, les respecte. Que faisons-nous dans ce sens[NB]? Il faut que l'ONU nous demande d'organiser une réunion, et, trop contents qu'elle ne puisse pas s'organiser parce qu'Israël vient nous dire que de toute façon elle n'est pas prête à discuter, nous faisons un pas en arrière. Est-ce que c'est cela, le rôle de la Suisse, sur le plan international[NB]?

On nous dit que nous cédons à la propagande du Hamas lorsque nous soutenons ces motions. Je vous dirai simplement une chose[NB]: ouvrez les frontières de Gaza aux journalistes internationaux. Laissez-les entrer[NB]! Nous aurons une vision claire et objective de la situation. Comment peut-on dire à la fois "vous n'irez pas voir ce qui se passe, c'est nous qui vous disons ce qui s'y passe" et "si vous dites le contraire, vous êtes victimes de la propagande"[NB]? Non, non[NB]: on nous dit qu'il n'y a pas de famine et que le Hamas est à l'origine de cette famine. Le Hamas a certainement une grande part de responsabilité. Je ne reviens pas sur les actes du 7 octobre, qui sont des crimes, que nous avons condamnés. Nous avons d'ailleurs placé le Hamas sur la liste des organisations terroristes[NB]; il ne s'agit pas de revenir là-dessus.

Cependant, ce que vise la première invite de la motion de notre collègue Sommaruga, c'est d'oeuvrer pour la libération des otages, qui sont d'ailleurs des otages des deux côtés et pas seulement du côté de Gaza. Que fait la Suisse pour cela[NB]? Pas grand-chose. Lorsque le Conseil fédéral donne son avis sur cette motion, il ne parle jamais d'Israël seul, il parle toujours de toutes les parties au conflit. Concernant les entraves à l'aide humanitaire, que dit le Conseil fédéral[NB]? "Qu'elles soient du fait d'Israël ou du Hamas". On met tout le monde dans le même panier. De cette façon, on ne peut pas faire fi des rapports internationaux, des rapports des organisations internationales et des organisations non gouvernementales, qui nous parlent de cette atteinte grave et fondamentale aux droits humanitaires. Selon les sources israéliennes, plus de 80 pour cent des victimes sont des victimes civiles. Or, les civils, selon l'article 59 de la quatrième Convention de Genève, doivent être préservés. Il y a un devoir de l'Etat occupant de les préserver.

Cette première invite doit donc être soutenue, parce que l'on ne peut pas faire autre chose en tant que Suisse, en tant que berceau du droit humanitaire, que de la soutenir.

Le deuxième chiffre vise à reprendre les sanctions de l'Union européenne contre les colons extrémistes violents. Lorsqu'il s'agissait de reprendre les sanctions de l'Union européenne contre la Russie, on l'a fait et on l'a fait savoir très fort. Sans doute avec raison, mais ce n'est pas le propos en ce moment. Ici, on considère que ce sont des sanctions thématiques. Alors que l'on m'explique ce que sont des sanctions thématiques qui n'ont pas à être prises. Voilà une notion qui est construite de toutes pièces pour cacher finalement cette couardise soudainement helvétique consistant à ne pas prendre position dans ce conflit.

On décide, nous dit-on, à l'aune de considérations d'ordre juridique et relevant de la politique extérieure et des affaires économiques extérieures. En d'autres termes, c'est à géométrie variable[NB]: lorsqu'on considère que c'est bien, on reprend, lorsqu'on considère que c'est moins bien, on ne reprend pas.

Ici, nous avons affaire à des colons israéliens. Vous aurez d'ailleurs remarqué dans les termes la banalisation. Colons israéliens, on le dit comme si c'était un fait accompli, un constat. Si vous disiez colons en associant ce mot à une autre nationalité, il y aurait une levée de boucliers. Ici, ce sont des personnes violentes qui tuent, frappent, chassent, expulsent, et nous regardons tout cela. Il y a des sanctions, certes, balbutiées par l'Union européenne, mais aussi par les États-Unis - M.[NB]Sommaruga l'a rappelé -, et nous ne les reprenons pas. Nous devons reprendre ces sanctions[NB]! C'est la moindre des choses.

Nous parlerons bientôt de la question de savoir ce qu'il faut faire pour que la Palestine soit véritablement sauvegardée. Je dois dire que j'ai des hésitations et j'en ai eu passablement. Or, aujourd'hui, si l'on ne fait rien, si la Suisse ne fait rien avec le rôle qu'elle a dans le monde, nous aurons bientôt une Gaza-Riviera, parce que c'est ce qui est en train de se faire sous nos yeux.

Alors voilà, pourquoi je considère que les chiffres 1 et 2 doivent être fortement soutenus. Pour le reste, je m'abstiendrai.

Poggia Mauro · Ständerat · 2025-09-08 | Lexipedia | Lexipedia