Hurni Baptiste · Ständerat · 2025-09-16
Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-09-16
Wortprotokoll
La raison d'être d'une stratégie de politique extérieure est d'anticiper les enjeux à venir et de se préparer à y répondre. Une gestion de crise ne doit pas ressembler à une succession d'actions désordonnées et désarticulées. Une stratégie à jour, c'est un plan d'action pour les cas d'urgence qui correspond à des lignes directrices discutées démocratiquement en amont. Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que la stratégie du Conseil fédéral, s'agissant de notre relation avec les États-Unis, mérite d'être, disons, débattue et discutée. En effet, lorsque le Conseil fédéral écrit dans son avis sur mon postulat que "la stratégie de politique extérieure 2024-2027 a fait ses preuves en tant que cadre de référence et reste globalement valable", nous nous permettons d'en douter un peu.
Alors, bien sûr, ce postulat est antérieur au coup de massue du 1er août 2025, même s'il y avait quelques signes avant-coureurs. Bien sûr, la phase actuelle est très difficile, et il faut remercier sincèrement le Conseil fédéral pour ses efforts nourris, qui, malheureusement, ne sont actuellement pas couronnés de succès. Néanmoins, le but de mon postulat est simplement une mise à jour du logiciel de la stratégie de politique extérieure s'agissant des États-Unis d'Amérique. Vous me direz sans doute, Monsieur le conseiller fédéral, que mes propositions de travail stratégique en cinq axes sont inutiles et que votre département travaille déjà sur ces questions. Par ailleurs, il est vrai qu'on peut se demander si, dans une crise telle que celle que nous vivons aujourd'hui, le temps n'est pas plutôt à l'action qu'à la rédaction d'une stratégie. Tout cela est vrai, j'en conviens, mais force est néanmoins de constater que la stratégie 2024-2027 comporte nombre d'assertions tombées totalement en désuétude depuis que Monsieur Trump est au pouvoir. Cette stratégie obsolète doit donc être mise à jour sur certains points et pas seulement en regard de la crise actuelle. S'il est un enseignement à tirer de ce que la Suisse se voit aujourd'hui imposer, c'est que ceux qui furent un partenaire de premier plan, les États-Unis, sont devenus un pays instable, sujet aux aigreurs d'estomac du président Trump, et que cette instabilité et cette absence totale de continuité doivent absolument être intégrées par la Suisse dans sa stratégie.
En effet, on ne peut que s'interroger sur les assertions suivantes du rapport sur la stratégie de politique extérieure 2024-2027 et se dire que nous ne pouvons pas en rester là. Par exemple, le Conseil fédéral plaide pour un rapprochement avec l'Union européenne et l'Otan et le formule ainsi[NB]: "le rôle de l'Otan en tant que point d'ancrage de la sécurité européenne s'est renforcé et l'organisation s'est élargie vers le Nord[NB]; les États-Unis demeurent le principal garant de la sécurité européenne". Est-ce toujours votre avis[NB]? Ce n'est en tout cas plus le mien. On nous dit encore que la Suisse "s'efforce d'assurer à la Genève internationale un positionnement orienté vers l'avenir." Très bien, c'est noble, mais la question est[NB]: comment[NB]? Ou alors, il est encore indiqué[NB]: "La Suisse entretient des échanges réguliers avec les États-Unis sur les questions de défense, de cybersécurité, d'économie et de finance, garantit des conditions équitables dans l'application des normes fiscales internationales et encourage, par l'intermédiaire de la diplomatie scientifique, la coopération dans les domaines de la formation, de la recherche et de l'innovation, notamment en matière de numérisation et de nouvelles technologies." Peut-on toujours fonder notre stratégie sur une assertion qui semble si éloignée de la réalité et de la vérité[NB]?
Tous ces éléments sont en effet affectés par la position états-unienne, hostile au commerce mondial, au multilatéralisme ou encore à l'imposition minimale de 15 pour cent de l'OCDE. Osons en débattre pour élaborer des réponses au-delà des clivages partisans.
Nous proposons donc, concrètement, de compléter le rapport Stratégie de politique extérieure 2024-2027 par une annexe, une sorte de protocole qui se concentrerait sur les influences des revirements états-uniens sur cinq points qui nous paraissent cardinaux[NB]: l'économie, l'accès à la technologie, la sécurité, le multilatéralisme et les valeurs démocratiques[NB]; cinq axes comprenant chacun plusieurs questions qui nécessitent autant de réponses et qui exigent surtout aujourd'hui une ligne directrice.
Par mon postulat, je prie donc le Conseil fédéral de concevoir une réflexion et non pas uniquement une réaction, certes nécessaire dans l'immédiat, aux défis qui se posent. En effet, on nous dit, en faisant référence à la toute fraîche structure de pilotage des relations Suisse-États-Unis, que le Conseil fédéral a déjà mis en place une structure telle que celle que nous appelons de nos voeux. Si je salue évidemment la volonté d'empoigner le problème, je ne peux que regretter encore une fois que ladite structure se concentre exclusivement sur les aspects commerciaux, certes prépondérants aujourd'hui, et se contente d'améliorer la réaction de la Suisse avant même de mettre à jour la vision qui est la nôtre[NB]; une drôle d'inversion des priorités.
Or, pour envisager de nouvelles perspectives, pour renouveler ensemble la voie de notre succès et de notre prospérité, nous devons travailler avec l'administration, pierre angulaire dans l'exécution d'une stratégie, et consulter largement experts, partis et, sur certains points, partenaires sociaux. Seul un projet de grande ampleur, tel que celui que je propose, permettra d'aboutir à des orientations substantielles.
Le problème est enfin aussi un problème d'opinion publique. Le Conseil fédéral ne dit rien du changement profond de paradigme que nous vivons, donnant par là l'impression d'être au mieux incapable de donner une réponse, au pire incapable de voir le besoin criant d'en donner une. Le risque est donc grand d'abîmer la confiance de la population en l'action politique. Pourtant, une ligne, Monsieur le conseiller fédéral, chers et chers collègues, il y en a une, du moins j'ose l'espérer. Il conviendrait aujourd'hui non seulement de la voir, mais peut-être de la communiquer, d'en débattre, de l'expliquer. Plus de transparence et plus de dialogue, voilà comment débattre sereinement de l'orientation internationale de notre pays, s'agissant de ce grand partenaire qui a, ma foi, changé si vite, avec son cortège de craintes, de risques, mais aussi de défis.
En ce sens-là, je vous demande d'accepter mon postulat.