Broulis Pascal · Ständerat · 2025-09-22
Broulis Pascal · Ständerat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2025-09-22
Wortprotokoll
Je ne vais pas revenir sur tous les arguments qui ont été avancés. On a parlé de sport, d'information, de documentaires[NB]; on voit que la SSR est une entreprise très large, qui garantit cette notion de cohésion au niveau suisse. Tous ces arguments, je les soutiens pleinement.
Permettez-moi d'ajouter quelques mots sur un aspect qui me tient particulièrement à coeur[NB]: le rôle du service public dans la construction et la préservation de l'identité romande. En Suisse romande, nous nous identifions souvent d'abord comme Vaudois - d'ailleurs, Charles Ferdinand Ramuz a écrit sur ce sujet quand il était à Paris -, ensuite comme Valaisannes, comme Jurassiens ou comme Fribourgeoises. C'est la conséquence naturelle de notre fédéralisme. Pourtant, malgré cette diversité cantonale, nous partageons une identité commune, celle de Romandes et de Romands, d'ailleurs bien évoquée dans le livre de Georges Andrey en 2012, "La Suisse Romande. Une histoire à nulle autre pareille".
Ce processus pour devenir romand, la RTS y contribue grandement. Historiquement, la radio publique a été le premier média à relier les Romands entre eux, bien au-delà des frontières cantonales. Tandis que les journaux restaient centrés sur l'actualité locale, la radio, puis la télévision, dès 1954, ont permis de partager des émotions, des récits, des débats, des moments de vie transcendant les frontières cantonales. Elle a été et reste un ciment culturel de la Romandie.
Aujourd'hui encore, cette identité se forge en écoutant la radio, en regardant les émissions de la RTS, en consultant son site Internet. Cela va bien au-delà de l'information. C'est aussi l'humour, le fait de rire ensemble de nos spécificités[NB]; c'est aussi la langue, notre patrimoine linguistique vivant, que la RTS met en valeur. L'année passée, la RTS a réalisé un sondage de grande ampleur sur les expressions de nos régions. Le résultat est le "parlomètre romand", cette carte interactive qui recense les expressions de nos régions - qui dit "huitante" ou "quatre-vingts", "raisinets" ou "groseilles", "crousille" ou "tirelire". Autant de diversité dans un si petit pays, c'est impressionnant.
Ces nuances font notre richesse, notre fierté, elles méritent d'être préservées et mises en valeur. C'est exactement ce que fait la RTS, on peut le constater également à travers ses archives. Un bel exemple[NB]: en mai dernier, dans mon village d'origine, elle a organisé une projection intitulée "Mémoire(s) de Sainte-Croix", en partenariat avec le cinéma local. Ce moment a permis aux habitants de se rassembler autour d'un documentaire mêlant passé et présent, enrichi par les archives de la RTS[NB]; une occasion précieuse pour toute une communauté de renouer avec son histoire et de la partager. Or, l'identité romande, ce n'est pas que le passé. C'est aussi les traditions bien vivantes que la SSR met en lumière[NB]: la Fête des Vignerons, la Saint-Nicolas à Fribourg, les combats de reines en Valais, le cortège de l'Escalade à Genève, sans oublier les carnavals, les Brandons, l'absinthe et la Saint-Martin dans le Jura. Ces événements et ces coutumes sont autant de reflets de notre diversité culturelle. Cette diversité ne peut être diffusée et valorisée que si les moyens sont là. Je doute fortement que la SSR puisse maintenir ses activités dans nos régions avec la moitié du budget actuel. Le service public, c'est un pilier de notre cohésion, de notre culture, de notre démocratie. En tant que Romand, je suis convaincu qu'il mérite notre soutien.
Dernière anecdote[NB]: l'archéologie. Je préside à la destinée de l'archéologie suisse dans plusieurs pays, notamment en Grèce. La RTS a coproduit avec Arte un reportage, "Artémis, le temple perdu", qui a rencontré un succès incroyable à l'échelle internationale, avec des prix à la clé. Une nouvelle fois, cela montre que la RTS est capable de créer des partenariats au-delà de nos frontières cantonales, voire romandes.
Je voterai donc contre cette initiative, et je vous encourage à en faire de même et à suivre la commission en recommandant son rejet.