Amaudruz Céline · Nationalrat · 2025-12-10
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-12-10
Wortprotokoll
Quand on lit le titre de cette initiative, on a presque spontanément envie de voter "oui". Qui serait contre une alimentation sûre, contre une eau propre et contre des sols fertiles[NB]? Personne, dans cette salle[NB]; certainement pas les familles paysannes de notre pays qui se lèvent tôt et tous les matins pour nourrir la Suisse. Cependant, notre devoir n'est pas de voter sur un slogan, mais de regarder derrière l'emballage. Derrière ce titre séduisant, cette initiative cache un projet radical de transformation de notre agriculture et de nos habitudes alimentaires sous pilotage direct de la Confédération. On prétend augmenter en 10 ans le taux d'auto-approvisionnement net de 46 pour cent à au moins 70 pour cent.
Cela ne se décrète pas dans la Constitution comme on écrit une bonne intention sur un bulletin de voeux. Pour y arriver, même les initiants l'admettent, il faut changer en profondeur ce que nous produisons et ce que nous mangeons, en basculant massivement vers une alimentation surtout végétale. Concrètement, cela signifie moins d'élevage, moins de lait, moins de viande suisse, plus de prescriptions, plus de contraintes et plus de bureaucratie. On ne parle plus seulement de soutenir la production indigène[NB]: on commence à dire aux familles suisses ce qu'elles devraient mettre dans leur assiette et aux paysans ce qu'ils auraient encore le droit de produire.
Pour atteindre ces 70 pour cent, il faudrait de fait un quasi-diktat alimentaire décidé par l'État. Ce n'est pas une petite retouche de notre politique agricole[NB]: c'est un changement de société. Trois ans à peine après que le peuple a clairement [PAGE 2231] rejeté une initiative de même inspiration, revenir avec un texte remaquillé, c'est également peut-être un peu une forme de mépris pour la décision populaire, mais c'est quand même la démocratie.
J'aimerais rappeler une chose importante[NB]: la sécurité alimentaire est déjà inscrite dans notre Constitution à l'article 104a, qui a été accepté à près de 80 pour cent de la population. Cette base existe. Elle donne un mandat clair[NB]: préserver les terres agricoles, produire de manière adaptée aux conditions locales, garantir une agriculture et un secteur agroalimentaire fort. Notre tâche est d'appliquer cet article et pas d'empiler des exigences irréalistes qui affaibliraient précisément ceux qui nourrissent le pays.
Le Conseil fédéral l'a dit très clairement dans son message[NB]: les objectifs de cette initiative ne sont pas réalisables dans les délais fixés, sauf en acceptant une intervention massive de l'État, avec des coûts considérables et des effets imprévisibles sur la production. Autrement dit, on promet davantage de sécurité, mais on risque au contraire de fragiliser notre approvisionnement.
Nous devons refuser cette logique de mise sous tutelle verte de la population. Nous faisons confiance aux gens pour choisir librement leur alimentation. Nous faisons surtout confiance à nos paysans pour continuer à évoluer, à produire de manière toujours plus durable, sans qu'on leur impose par en haut un modèle unique et idéologique, qui ne respecte ni les réalités des exploitations ni la culture alimentaire de notre pays. Nous voulons une Suisse qui mange suisse - oui -, mais une Suisse qui mange libre[NB]; pas une Suisse où l'État écrit le menu, où la politique agricole devient un instrument de rééducation alimentaire.
Pour toutes ces raisons, par respect pour nos familles paysannes et pour la liberté des consommateurs, je vous invite à clairement recommander le rejet de cette initiative.