Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · 2025-12-15
Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-12-15
Wortprotokoll
Pour que la francophonie soit également représentée, permettez-moi d'ajouter quelques remarques critiques sur cette motion. Finalement, quel est le but de cette motion, qui se présente sous des dehors apaisants et lénifiants[NB]? C'est de maintenir cette distinction, qui est bien ancrée dans la société, d'une ligne nette entre une consommation sympathique, sociale et absolument sans risque pour la santé, voire bénéfique, et la consommation dangereuse, qui tout de suite évoque la surconsommation. Aujourd'hui, ce que l'on voit, ce que la recherche médicale et les études scientifiques de cette dernière décennie nous montrent, c'est que cette distinction nette n'existe tout simplement pas, et qu'il n'y a aucun cas de figure ou presque aucun cas de figure où l'alcool amène un bénéfice pour la santé.
Alors oui, nous ne sommes pas des scientifiques et nous sommes donc obligés de nous fonder sur des études, et l'étude que vous citez de la revue de référence "The Lancet" a été publiée en 2018 et a bénéficié d'une étude de suivi publiée en 2022. Vous dites que l'étude de suivi fait état d'éventuels bénéfices, mais ce sont des bénéfices uniquement pour les personnes de plus de 40 ans, uniquement pour les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2 et uniquement en l'absence de toute forte consommation ponctuelle. Or une forte consommation ponctuelle est définie comme cinq boissons par soirée une fois par mois. Je crois que si on est réaliste, beaucoup d'entre nous dépassent cette limite relativement basse de cinq boissons en une soirée une fois par mois. Cette étude de suivi a aussi établi - le texte de la motion ne l'indique pas - qu'il n'y avait aucun seuil montrant que les risques de cancer ne sont pas présents, y compris à partir d'une consommation très faible. Simplement pour préciser les choses.
De plus, concernant cette étude Unati que la motion demande d'attendre, alors oui, comme vous l'avez dit, en n'étant pas scientifique, comment pouvons-nous présumer qu'une seule étude qui est menée, là aussi, sur un groupe de personnes de 50 à 75 ans - qui n'est donc pas du tout représentative de l'ensemble de la population - qui sont situées dans un seul pays, l'Espagne, prouvera et amènera des connaissances différentes par rapport à la quantité d'autres études qui ont été produites[NB]? En outre, le corps médical nous dit, depuis dix ans maintenant - c'est connu - que dès le premier verre, il faut compter avec un risque sur la santé.
De plus, a minima pour des considérations de politique financière, nous devrions veiller à poser un regard objectif sur les coûts liés à la consommation d'alcool. Les coûts sociaux liés à l'alcool s'élèvent à 2,8 milliards de francs par année. Ce sont des coûts évidemment supportés par les pouvoirs publics en matière de prévention notamment, mais aussi par l'économie. C'est le poste principal de ces coûts, sous forme de perte de productivité.
Vous avez dit que ce n'était pas très marrant pour la branche concernée - et je le conçois - d'avoir ces résultats, mais les conséquences sanitaires et sociales de l'alcool ne sont pas marrantes non plus pour les personnes qui les subissent. Je rappelle que l'alcool est intrinsèquement lié aux violences, et surtout aux violences domestiques, mais aussi aux violences dans l'espace public. Ce qui n'est pas très marrant non plus, c'est, en soirée, que les personnes qui se résolvent ou qui décident de ne pas boire un verre, de subir systématiquement, - moi cela m'arrive rarement, car j'avoue que je consomme pas mal d'alcool en soirée - quand elles essaient de refuser un verre, de se faire traiter de casseuses d'ambiance. Il faut admettre que la consommation d'alcool bénéficie encore d'une image fortement positive.
Il ne s'agit pas du tout d'interdire la consommation d'alcool ou de prôner une tolérance zéro. Il s'agit simplement de reconnaître les évidences scientifiques, de ne pas se voiler la face et d'éviter de perpétuer des croyances que les bases scientifiques les plus récentes infirment, ce qui contribue à ralentir les mesures de prévention auxquelles nous consacrons quand même d'importants moyens publics, et à renforcer, envers et contre tout, l'image encore très majoritairement positive de l'alcool. Et enfin, accessoirement, de nous conformer au mandat que nous donne l'article 105 de notre Constitution de tenir compte des effets nocifs de la consommation d'alcool.
Comme vous l'avez compris, je vous invite également à rejeter la motion, même si, comme l'a dit ma préopinante, je ne me fais pas d'illusion sur l'issue de ce vote.