Bendahan Samuel · Nationalrat · 2025-12-18
Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-12-18
Wortprotokoll
Cela fait quelques années que chaque fois qu'on ouvre les journaux, on découvre le nouveau scandale du jour pour l'armée[NB]: acquisition problématique, système qui ne fonctionne pas, délai non respecté. Bref, c'est tout le temps compliqué. On peut en citer quelques-uns et se demander[NB]: à quel moment juge-t-on qu'il est temps de se poser des questions là-dessus[NB]? Est-ce les drones à 300 millions de francs qui ne remplissent pas leurs missions, qui ne sont pas livrés à temps, qui ne voyagent pas en hiver[NB]? Est-ce le système de conduite C2 Air qui ne fonctionne pas non plus, qui a besoin d'une adaptation continue, le réseau de conduite de l'armée, le scandale absolument extrême des F-35 qui coûtent finalement plus cher - on devrait en avoir moins pour un prix individuel plus élevé -, l'absence de réflexion par rapport au réel risque de cybersécurité ou de sécurité pour notre pays[NB]? Est-ce le rapport qui dit que tout d'un coup, on se retrouve avec 9 des 22 projets de la Confédération qui ont d'énormes problèmes, les autres n'ayant que des problèmes normaux, mais quand même des problèmes[NB]? Il y a encore pire[NB]: le scandale "Inception", c'est-à-dire le scandale des chars Leopard à 60 millions de francs, puis le sur-scandale à l'intérieur du scandale, avec une dépense supplémentaire de 20 millions pour se demander si le premier scandale était problématique ou pas.
Tout cela dénote un fonctionnement extrêmement problématique, d'abord chez Ruag, mais aussi dans tout ce qui concerne les choix stratégiques et les acquisitions pour la défense de notre pays. Pour un sujet aussi sensible que la défense nationale, comment est-il possible qu'on ferme autant les yeux sur ce genre de problème[NB]? Jamais dans n'importe quel autre domaine de la fonction publique, il ne serait toléré autant d'erreurs, de dépassements budgétaires ou de fautes graves. Comme le dirait presque Cyrano de Bergerac, chacun de ces scandales serait suffisant seul pour demander une commission d'enquête parlementaire (CEP). Néanmoins, pour tous ces scandales à la fois, c'est fondamental que nous nous penchions enfin autour de la table pour analyser cela.
Nous demandons trois analyses fondamentales[NB]: la première pour comprendre Ruag, sa politique d'acquisition et de vérification des acquisitions, et pourquoi il y a systématiquement un déficit structurel dans le fonctionnement de cette entreprise et de tout ce qui y touche[NB]; la deuxième pour aborder la problématique générale d'acquisition de l'armement, à la Confédération et au DDPS, ainsi que dans les entreprises associées et pour comprendre pourquoi les prix sont toujours dépassés, pourquoi cela ne marche jamais, pourquoi on n'a jamais ce qu'on a commandé, pourquoi ces problèmes sont systématiquement présents[NB]; la troisième pour savoir si la conduite et la surveillance de la part du DDPS sont encore possibles et imaginables et ce que l'on doit faire pour réformer cela.
En réalité, ce qu'on vous propose, c'est un paquet[NB]: une CEP à la place de quinze CEP, parce qu'en vrai, il en faudrait quinze. Chacun de ces scandales permettrait de justifier que l'on s'y penche et que l'on se demande où passent ces milliards de francs. On vous propose un prix en bloc[NB]: une commission et une analyse structurelle pour expliquer pourquoi, quand on est dans n'importe quel autre domaine de l'État, cela fonctionne, mais dès qu'il s'agit de l'armée, il y a un problème. On pourrait supposer que c'est parce qu'idéologiquement, on ferme les yeux dès qu'il s'agit de la défense, parce que l'on veut dépenser de l'argent dans ce domaine ou[NB]soutenir[NB]ce[NB]secteur[NB]; peut-être que c'est pour une autre raison.
L'avantage d'une CEP est que tous les partis sont réunis autour de la table. On peut avoir un regard objectif et se poser la question[NB]: comment tolère-t-on, dans ce pays - ce pays qui fonctionne si bien et qui est l'emblème de l'horlogerie à l'échelle mondiale -, que l'on se retrouve avec autant de difficultés et de si graves difficultés, uniquement dans le domaine de l'armement[NB]? Même si l'on pense qu'il faut une défense nationale forte, même si l'on pense que l'armée est importante, alors la crédibilité et la confiance que l'on a dans l'institution de l'armée, dans le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, sont, elles aussi, fondamentales.
Lorsqu'on laisse s'enchaîner ce genre de situations, sans jamais accepter d'y avoir un oeil parlementaire, lorsqu'on tolère de tels déficits sans jamais se dire que l'on a peut-être tort et que l'on devrait y regarder de plus près, je pense que nous ne faisons pas du bien à notre sécurité[NB]; d'autant plus que, depuis le début de ces débats sur l'armée, on a encore accepté d'y jeter des millions et des millions de francs, voire des milliards et des milliards, alors qu'il y a des problèmes qui n'ont pas été résolus et sans faire de véritable analyse coût-bénéfice des problèmes sécuritaires de notre pays.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à donner suite à l'initiative parlementaire de notre groupe parlementaire, ainsi qu'à celle du groupe des Verts, pour instaurer une CEP et avoir la [PAGE 2477] possibilité de se retrouver autour d'une table, dans une commission, et d'analyser cela à tête reposée.